MODIFICATIONS IMPÉRIALES
« Carthage détruite , a dit Un écrivain du siècle dernier, enveloppa sous ses ruines les vertus de ses vainqueurs (3). » Les vertus guerrières ne furent pas exceptées; de cette époque date pour elles une décadence que les guerrès civiles rendirent sensible. Au milieu des désordres funestes engendrés par ces guerres, le soldat, plus fier de son titre de légionnaire que de sa qualité de Romain, préféra son général à la patrie, son intérêt à l’intérêt public. Un mot de César à ses troupes révoltées en est la preuve. « Citoyens, leur ditil en les haranguant, et ce titre, l’orgueil de leurs pères (4), » employé au lieu de camarades, leur.fit croire qu’ils étaient licenciés et les apaisa. ’ • *
Ce fut avec les vétérans de César qu’Octave vainquit Antoine; ce fut avec les vainqueurs d’Antoine, devenus mutins et exigeants, qu’il lui fallut former les légions qui
(1) Guischardt, Mémoire» critique», tomo II, p. 479.
(2) Plutarque, Vie de Paul-Émile ; Tite-Live, xliv, 33.
(3) Türfin, Histoire du gouvernement de» ancienne» république», p. 374.
(4) Carriok-Nibas, Htfttire de l'art militaire, tomo I,r, p. 272.
devaient défendre l'empire dont il était le fondateur. Examinons comment s’y prit ce grand politique.
Il rendit les légions permanentes et laissa définitivement tomber en désuétude l’obligation d’avoir servi militairement un certain nombre d’années pour être apte aux emplois civils; dès lors la guerre devint un métier. Le prince y trouva l'avantage d'avoir toujours des forces sous, la main, .mais ces forces n’eurent plus l’énergie morale des légions, uniquement composées de citoyens; l'appât seul des récompenses et surtout des gratifications les guidait à l’ennemi.
Il distribua ses troupes, dont l'eiïectif total, y compris les auxiliaires, montait à plus de 400,000 hommes, sur les frontières et dans les provinces les moins fidèles. Il leur conserva la paie journalière de 10 as (0 franc 49) fixée par César, et en exigea un serment annuel de fidélité à sa personne (1). Il lit plusieurs règlements pour maintenir la discipline (â), limiter le nombre et l’étendue des congés, et assurer aux vétérans une somme d’argent à leur sortie du service.
Auguste rendit aussi permanentes les cohortes prétoriennes; sous la république ces cohortes étaient au compte du général qui voulait avoir une garde (3). Il donna aux prétoriens une paie de 2 deniers (4) [1 franc 58] par jour, les forma de 9 ou 10 cohortes de 1,000 hommes (dont 3 seulement résidaient à Rome), n’exigea d’eux que 16 ans de service au
(1) Ce serment se renouvelait tous les ans au I" janvier.
(2) En haranguant les troupes. Auguste ne so servit jamais de l'appellotif camarades ; il disait simplement soldats, comme du temps de la république. Il refusa aux soldats lu permission d’exercer lei' arts mécaniques, même pour son usage personnel. (Lisez Uigest., leg. xii, 1 .)
(3) Quelques généraux seulement entretinrent des troupes prétoriennes : César n’en n'avait pas. Voyez Goischardt, Mémoires critiques, tome II, p. 1 S7, et Encyclopédie méthodique , Art militaire, tome III, p. 151 .
(4) Sous Auguste le denier ne vaut plus que 79 centimes : auparavant il valait 82 centimes. Il descendit, sous les empereurs, jusqu’à 70 centimes.
ROMAINS
lieu de 20, nomma pour les commander 2 chevaliers qui portèrent le titre de préfets du prétoire, et leur confia la garde de sa personne. . .. t.
Ces diverses dispositions répondaient admirablement à la prudente usurpation du fondateur de l’empire ; elles créaient une force armée permanente et une garde dévouée, mais elles alarmaient peu le public : l’armée était aux frontières et un tiers seulement de la garde résidait à Rome !
Les successeurs d’Auguste s’écartèrent de ces sages principes, qui, tout en dissimulant les forces réelles du nouveau pouvoir, servaient aussi à contenir l’impérieuse licepce des gens de guerre.
Tibère appela auprès de lui le corps entier des prétoriens :
« Démarche fatale, s’écrie Gibbon, démarche fatalo qui décidait du sort de l’univers, et faisait disparaître jusqu’à l’ombre de la liberté ; » démarche impolilique ! « Des serviteurs si redoutables, toujours nécessaires au despotisme, lui deviennent souvent funestes (1). » •
Claude, proclamé par eux, leur lit distribuer 15,000 sesterces (2) [2,902 fr. 50 c.] par tête ; et, dès lors, « ils exigèrent ces présents comme un droit légitime à l’avénement de chaque nottvel empereur. »
Vers la fin de la république, outre les officiers, chaque légion était placée sous les ordres, d’un lieutenant du général nommé légat. Ce titre subsista pendant la domination d’Auguste et de Tibère. « Sous les empereurs suivants, ces officiers furent appelés préfets. Il y avait aussi -un préfet du • camp qui en avait la direction avec la police, et un intendant
(1) Gibbon, Décadence, tomo Ier, p. 63, édition du Panthéon littéraire.
(2) 4 «cstcrccs faisaient 4 denier.
des machines (1). L’officier supérieur qui lut placé à la tête de chaque cohorte prit aussi le nom de préfet de cohorte.
Agrippa, après la soumission des Cimméricns (19 ans depuis J.-C.), ayant refusé le triomphe, « cet exemple d’adroite modestie passa en loi : les généraux ne reçurent plus que les ornements triomphants et la gloire militaire devint exclusivement le mérite impérial [imperatoria virlus] (2). »
Les élections de Néron, Galba, Othon confirmèrent la puissance politique des prétoriens ; mais leur mollesse se ' manifesta lorsqu’ils combattirent pour Othon contre Vitellius.
Domitien, polir s’attacher les troupes, augmenta la paie d’un quart (3).
Adrien mêla dans les cohortes la cavalerie avec l’infanterie, modifia la disposition des camps et essaya d’en bannir le luxe. Avant lui, les prétoriens occupaient dans le campement la place des extraordinaires, mais les formes du camp consulaire étaient conservées. Adrien les changea : il allongea les côtés et divisa, dans le sens du front, le camp en trois parties, la prétenture , le prétoire et la retenture , ce qui donna deux rues principales parallèles au front, au lieu d’une, et six portes au lieu de quatre. La répartition intérieure des troupes fut aussi modifiée : par mesure de prudence, les légions campèrent tout autour du parapet, de manière à englober les troupes prétoriennes, étrangères et irrégulières placées au centre (4).
(4) Tactique de Maizekoï, tome I", p. 404.
• (2) Ed. De mont, Précis de l'histoire des empereurs romains , 5e édition,
(3) A 40 espar jour, l'année étant fie 360 jours, la Solde montait par an à 3,600 ns ou 225 deniers, le denier valant 4 6 as : Domitien la portai 300 deniers par an.
(4) Consultez, sur les camps romains nu temps des empereurs , la Bibliothèque historique et militaire, loip; II, p. 54, 62, 309 et 310.
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Septime Sévère cassa les prétoriens qui avaient assassiné Pertinax et vendn l’empire à Dklius Julianus; mais il en créa de nouveaux dont le nombre fut porté à 50,000, les combla de largesses et toléra leurs désordres.
Son (ils Caracalla , dans sa manie d’imiter en tout Alexandre le Grand, voulut avoir une phalange macédonienne:
«11 forma un corps de 16,000 hommes, tous nés dans la & Macédoine, disciplinés et armés à la façon des anciens Ma-fxT' cédoniens; et commandés par des officiers qui portoient les noms de ceux qui avoienl servi sous Alexandre. Il menoit partout avec lui grand nombre d’éléphants, pour représenter les conquérants des Indes, Alexandre et Racchus (1). » Alexandre Sévère , qui essaya , par ses exhortations et son exemple , de ranimer l’ardeur guerrière et de rétablir la discipline, créa aussi deux corps de vétérans : les chrysaspides et les argyraspides, et une phalange de six légions (2). Tous ces essais rétrogrades furent promptement abandonnés.
Déjà la coutume s’était introduite « de s’exempter du service en substituant un autre à sa place (3) ; » et cette coutume, en amenant des vendus sous les drapeaux , contribua puissamment au relâchement de la discipline.
Un nouvel abus s’introduisit vers le temps de Gordien le jeune : on enrôla (les enfants quj , sans Taire aucun service, reçurent la ration militaire (4).
Aurélien , par de cruels châtiments , ramena les légions à une vie frugale cl à une obéissance sans bornes , et il dut à
(1) (’UKVIBB, Histoire des empereurs romains, in-1 2 , tome IX, p. 321. —
Voyez Histoire militaire der éléphants, p. 376.
(2) C’est-à-dire un corps formé do six légions rangées en phalange.
» (3) Lebeau, 1 1* mémoire suris légion, dnrfs 1e tomo XXXV* des Mémoires de l'Académie des inscriptions, p. 221 .
(i) Encyclopédie méthodique, Art militairo, tomo III, p. 173.
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HISTOIRE DE L.’ART DE LA GlERRE.
ces sages réformes les succès de son règne; mais en ne domptait plus les Gotlis, les llérules, les Scythes que poulies incorporer dans les légions (1). Le maintien de la discipline devenait de jour en jour plus difficile; et d'ailleurs, il était peut-être , à cette époque , d’une bonne politique de ne pas se montrer trop sévère. Je m’explique. Les premiers empercurs semblaient ignorer « que la raison d’État veut qu’on S> promène les troupes (2) ; » ils laissaient à perpétuité le6 lé- , gions dans les mêmes cantonnements (3), et l'hisloire cite le luxe des cantonnements de Rome et les délices de ceux d’A,ntiochc (4). Les armées étaient devenues une puissance; elles faisaient et défaisaient les empereurs (5) ; les gratifications nombreuses qui accompagnaient chaque élection, jointes au pillage des peuples^ étaient une source inépuisable de richesses. De ces deux faits ressortent les deux principaux motifs qui, en ces temps de décadence, attiraient encore sous les drapeaux : l’assurance de vivre sédentaire et l’espoir de s’enrichir; l’ambition ne venait qu'en troisième ligne. Pour ne pas trop dépeupler les légions et retarder, autant que possible , la nécessité do recourir à la valeur des barbares que quelques empereurs avaient déjà eu l'imprudence de prendre à leur solde , il fallait donc soigneusement éviter : 1° la transplantation des légions; 2° le rétablissement
(4 J Maizeroy, Préface Je sa traduction des Inilituliant de iempsreur Léon, 4770, P. 16.
(2) Ou nos , Histoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, édition de 4 7 42, tome I", p. 7S.
(3) L'inconvénient de cette mesure se lit sentir dés le commencement de
l'empire. — Voyez A. Tuierry , Histoire des Gaulois, 3* édition, 1 845, tome }U, p. 329. et 368. . ^
(4) Ou alla jusqu’à distribuer des rations de parfums.
(5) D’Auguste n Théodore, la moitié des empereurs parvinrent à l'empire
pur l'élection militaire. " • ^
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(le Y ancienne discipline ; 3° tout changement au mode d'avancement.
Dioclétien , et après lui Constantin , ne comprirent pas ces nécessités politiques de leur époque , et commencèrent par opérer, au profit du palais , puissance jusqu’alors inconnue aux Romains, une révolution militaire funeste. « Tout fut perdu sous le rapport militaire, s’écrie- Carrion-Nisas (1), quand on aima mieux être domestique du prince que primipile ou tribun de cohorte; et tout fut bien plus perdu encore quand le moindre habitué du palais devint, à son gré et d’emblée, primipile ou tribun de cohorte, sans avoir jamais porté ni l’épée ni le bouclier !... Lorsque Dioclétien et Constantin, établissant et consolidant la puissance du palais, forcèrent en même temps les légions à l’obéissance, les armées n’étant plus en état de déposer les empereurs, de piller les peuples et de se faire donner des gratifications, le sort du soldat ne fut plus envié (comme il l’était sous l’empire avant cette époque), personne ne voulut plift porter les armes; ainsi l’empire, dont les richesses s’épuisaient, manqua également de bras pour le défendre. »
Dioclétien diminua le nombre des. prétoriens et leur substitua deux légions d’Illy rîe , fortes chacune de 6,000 hommes, et célèbres par leur adresse à lancer les dards chargés de plomb, adresse qui leur avait fait donner le nom de martiobarbules. Ces légions , sous le nom de joviens et A'bercu liens (2), firent le service de gardes impériales.
Justement alarmé de la puissance sans bornes déléguée par l’imprudence de ses prédécesseurs aux hauts fonction-
(t) Hietoire de C art militaire, tome 1" , p. 300 et 301 .
(2) Joviue était le surnom pris par Dioclétien, et Htrculius le .surnom pris ; par son collègue Maximum.
naires de l'empire, Constantin sépara pour toujours le pouvoir civil du pouvoir militaire : le pouvoir civil fut exercé par quatre préfets, le pouvoir militaire par deux généralissimes portant le titre de maître de la cavalerie et de maître de l’infanterie. « Un tel partage de l'administration assura la tranquillité du monarque, mais il relécha le nerf de l’État (1). » Ce prince fit plusieurs lois pour empêcher les fils de vétérans de jouir des privilèges de leurs pères sans embrasser le parti des armes; il ne lit pas quitter aux légions les garnisons intérieures où les guerres les avaient placées et laissa ainsi les frontières dégarnies , ce qui eut lç double inconvénient d’énerver les légions cantonnées au centre de l’empire , dites troupes palatines, et de porter à la désertion les troupes' gardes des frontières que décourageaient d’humiliantes réflexions; il attaqua la constitution des troupes légionnaires et fit probablement descendre jusqu'à 1,000 à 1,500 hommes l’effectif des légions, réduction qui permit à ses successeurs « de satisfaire, leur vanité par le plaisir illusoire de commander à 133 légions (2). »
Constantin cassa et anéantit à jamais les cohortes prétoriennes dont il dispersa les débris, et donna le premier L’exemple d'avoir en permanence un corjis d’etrangers sous ses 'drapeaux, mesure funeste qui ne fut peut-être dans sa première pensée qu’un contre-poids à l’insubordination des troupes romaines, car la plupart des réformes du premier empereur, chrétien n’eurent d’autre but que la stabilité de sa dynastie. D’ailleurs, à défaut d'autre remède, cette admission des barbares dans les armées devenait de jour en jour plus nécessaire, car c’était à peine si I on pouvait recruter
(1) Gibbon, Dhaitnct , tome I", p. 373.
(2) Gibbon, Uicadmct, tome 1er, p. 374.
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des soldats; les jeunes Romains se mutilaient pour gagner une dispense, et, malgré les peines les plus sévères, les fils de vétérans refusaient de servir. L’esprit militaire, dont il faut faire remonter la décadence à la longue paix et au gouvernement uniforme des Antonins, n’existait plus, et toute l’ambition des meilleurs soldats se bornait à obtenir une place dans les protecteurs , troupe d’élite de la gaéde de l’empereur. Les protecteurs étaient sous les ordres des comtes des domestiques qui avaient succédé aux préfets du ^prétoire. .
Constantin fit placer une croix sur le casque de ses soldats et adopta pour principal étendard le labarum dont la hampe, surmontée d'une couronne d’or renfermant les initiales du nom du Christ, était croisée par une traverse d’où pendait une pièce d’étoffe ornée de son portrait et de ceux de ses fils. La garde du labarum était confiée à 50 garde# braves et fidèles.
Cette acceptation du symbole de la croix ne fit pas quitter les symboles antérieurs. Depuis Constantin chaque légion . eut deux enseignes, l’une surmontée d’un aigle et l’autre d’une haute croix, .« Les autres enseignes principales continuèrent d’être les portraits des empereurs; elles contenaient seulement un nouveau médaillon , où était gravé le monogramme de la religion chrétienne (1). » Ces portraits, devenus depuis l’empire, comme l’aigle et le monogramme S. P. Q. R., symboles du peuple romain, variaient suivant les légions, chaque enseigne portant , outre le portrait de l’empereur régnant, le portrait de l’empereur sous lequel le corps avait été institué. Ces portraits firent donner aux porte-enseignes le nom d 'imaginifères.
(1) Ueseton, Commentaire tu r let enteignet , p. 38, 39. *
160 ÜISTOIRE DE l’art DE U G t' ERRE.
Je dois mentionner ici l'introduction d'une cavalerie pesante empruntée depuis peu par les Romains aux Orientaux.
« Les chevaux de cette cavalerie , aussi bien que les hommes, étaient revêtus d’une armure çomplète dont les joints s'adaptaient' merveilleusement aux mouvements du corps (1). » Dans les plaines de Turin (312 depuis J.-C.), les principales forces que les lieutenants de Maxence opposèrent à Constantin consistaient en cavalerie de cette espèce.
Les Romains, après Constantin, prirent le dragon pour enseigne, par imitation des Partbes, Daces et Germains, * contre lesquels ils venuient de combattre. « Ce dragon en figure et servant d'enseigne étoil coloré de pourpre et orné de pierreries-, il pendoit à une pique dorée, sa gueule étoit ouverte, et, le vent y entrant, cela le faisoit siffler comme s’il eût été un animal réel, et il étoit d’une construction si légère et flexible qu’il floltoil en onde comme aurait fait un véritable serpent (2). »
Par ses talents militaires, sa bravoure personnelle et sa sobriété, Julien, s’il avait régné plus longtemps, eût pu ranimer les dernières étincelles de l’esprit militaire et léguer • à ses successeurs des légions qui n’eussent point tremblé devant les Golhs (3).
C’est à la fin du règne de Théodosc qu’il faut fixer l’abandon définitif de l’armure défensive et des armes pesantes. Les soldats de ces temps de décadence , redoutant la fatigue déporter le casque, la cuirasse, l’épée etlepilum, s’expo-
(4) Gibbon, Décadence, édition du Panthéon littéraire, tome Ier, p. 252.
(2) P KNF.TON, Commentaire «ur les enseignes, p. 49 et 50.
(3) Théodose fut obligé d'bnbitucr ses légions à l'idée de pouvoir vaincre les Gotha , par une suite d'engagements partiels où il se ménageait l’avantage, imitant ainsi l’bahilcté de Marius en présence des Cimbres, et la temporisation de Kabius devant Aùuibal.