RUSES DE GUERRE, CRUAUTÉS
Les ruses étaient une partie essentielle de la guerre chez les anciens ; les historiens en rapportent plus aux capitaines romainsqu’aux capitaines grecs; Carrion-Nisas explique ainsi cette différence : « L’ordonnance des armées grecques qui étaient, pour ainsi dire, tout d’une pièce, cet ensemble qui faisait leur force , celte obligation de chercher toujours pour leur campement, pour leur champ de bataille, pour leur marche môme , les terrains les plus unis , les plus exempts d'obstacles, ces conditions, ces nécessités neutralisaient d’avance tout ce qui favorise le stratagème, l’agilité, la mobilité, la facilité de se rompre, de faire dqs détachements, de dérober les marches, de cacher ou de feindro les mouvements, etc., etc. (2). »
Les Romains se laissèrent d’abord facilement tromper par les stratagèmes de leurs adversaires, comme l’indiquent l’affront des fourches caudines et les succès d’Annibal ; mais,
•« lorsqu’ils commencèrent à devenir plus habiles, ils les imitèrent et renchérirent même sur eux, sans pourtant cesser de trouver ^ dire à ce que les autres avaient pratiqué avant eux (3). »
(t) Tacite, Annula, livre n, ehnp. <7.
(2) llisloirr de l'art mililairf, tome I". p. 238.
(3) Folard.
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Voici quelques-uns de leurs stratagèmes :
« Les Romains assiégés dans le Capitole , et se voyant
pressés par la, faim, jetèrent du pain par dessus les mu-
railles pour faire croire aux Gaulois qu’ils eu avaient de teste (1).»
« Minutais Rufus, prêt à combattre une grande multitude de barbares, prescrivit ci son frère, lorsqu’il le verrait * attaché au combat, de se montrer tout à coup d’un autre côté avec quelque cavalerie, et de faire sonner toutes ses trompettes; cette manœuvre ayant été exécutée , le son qui retentissait dans les collines, fit croire que c’était un grand secours qui arrivait aux Romains , et les ennemis prirent la fuite (2). »,
« Seipion l’Africain, ayant devant lui le camp de Syphax et celui des Carthaginois, mit le feu la nuit à celui de Syphax qui était le plus facile à brûler, et, plaçant. une embuscade, défit les Carthaginois qui accouraient pour le secourir, tandis que, d’un autre côté, il faisait main basse sur les Numides qui fuyaient (3). » Les einbirscadcs étaient en effet un stratagème très-usité : au combat d’Aix, où Maj'ius défit les Teutons (102 avant J.-C.), il fit prendre les barbares à dos par une embuscade de 3,000 hommes, eacliée dans des creux et ravins couverts de bois (4).
« Sylla , pendant la guerre des alliés, se trouvant enfermé en un lieu désavantageux, fit une suspension d’armes, comme pour traiter de sa reddition, et ayant fait durer longtemps le pourparler, se sauva la nuit avec tout le ba-
(1) Feontis, livre ni, cliap, 15.
(2) Krontin, livre il, cliap. 4.
(3) Fuqstih, livre n, chap. 5.
(4) Voyez RocquAMCOCRT , ('dort d'nrl rl d'hitloire mililatres, tome I”, >
gage et les machines de guerre, parce que les passages étaient mal gardés; il avait eu la précaution de laisser un trompette avec ordre de sonner les quatre veilles de la nuit, comme s’il eût été dans son camp (1).»
Les Romains étaient perfides et cruels : perfides, lorsque l’intérêt de leur domination l’exigeait, comme le prouve l’histoire de toutes leurs guerres, et surtout leur conduite
avec Carthage dans la troisième guerre punique; cruels, souvent par système et sans but, comme il résulte de cet aveu de Polybe (2), dans sa relation du siège de Carthage la Neuve : « Quand Scipion crut qu’il était entré assez de soldats dans la ville , il en détacha la plus grande partie contre les habitants, comme les Romains ont coutume de faire lorsqu’ils prennent une ville d’assaut , avec ordre de tuer tous ceux qu’ils rencontreraient , de ne faire quartier à personne, et de ne point penser à piller que le signal n’en fût donné. Je pense Qu'ils ne se portent à ces excès que pour inspirer la terreur du nom romain, et que c’est pour cela que souvent, dans les prises de villes, non-seulement ifs passent les hommes au fil de l’épée, mais encore coupent en deux les chiens et mettent en pièces les au très animaux ; coutume qu’ils observèrent surtout ici, à cause du grand nombre d’animaux qu’ils avaient pris. »
Ajoutons à cet extrait de Polybe les cruautés de César contre les Gaulois : notamment, dans sa troisième campagne, la vente des Venètes (3) et, dans sa huitième campagne, la mutilation des défenseurs d’Uxellodunum (4), auxquels il fit
(1) Fbontis , livro i"r, cliap. 5.
(2) Livre x, fragment 2.
(3) Bibliothèque historique et militaire, tome II, p. 220.
(4) Ville d'Aquitaine dont on ignore la poaition précise. , /
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trancher les mains, « rigueur abominable que rien ne peut justifier (1).
Voici un dernier fait rapporté par Frontin (2), et qui appartient au règne de Néron (vers 59 de notre ère),: « Domitius Corbuion, assiégeant Tigranoccrte , et les ennemis s’opiniâtrant à se défendre, il lit couper la tête à un grand d’entre eux qu’il tenait prisonnier, et la fit lancer dans la « ville au moyen d’une machine; il arriva, par hasard, qu’elle tomba au milieu de l'assemblée où l’on tenait conseil ; cet
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événement donna une telle épouvante qu’il fut résolu qu’on se rendrait. » „ ' *
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Nous avons vu que les Grecs employèrent peu la fortification de campagne ; c’est le contraire pour les Romains, qui la perfectionnèrent beaucoup. Nos détails sur leur castramétation (§ 21) justifient déj,à cette assertion , mais nous pouvons la 'justifier encore mieux.
Ne les rencontrons-nous pas dans l’histoire construisant un fort pour protéger un ,pont jeté sur le Tésin (3), et se couvrant sur le champ de bataille soit par un rempart de bagages (4), soit par des tranchées et des pieux (5), soit par des retranchements (6) ? N’apercevons-nous pas chez eux l’usage de plusieurs rangées d’abattis aux branches entrela-
(1) Bibliothèque historique et militaire, tome II, p. 561 .
(2) Livre n, chap. 9. ( ■ ’
(3) Tite-Livb, xxi, 45.-, • ' *
* (4) Tite-Lite, xxr, 36. ,
(5) Comme Sylla à Orchomène». Cotisa 'tez Plutarque, Vie de Sy lia.
(6) César, Guerre des Gaules, il, 8.
* cées (1), l’usage (les trous de loup plus étroits par le haut (|ue par le bas (2) et creusés en quinconce, l’usage enGn de ehausse-trapes longues parfois d’un pied ? N’avons-nous pas l’exemple de Jules César, qui prime ses compatriotes sous le rapport de l'emploi pratique de la fortification passagère comme sous tous les autres? César qui , débarqué en Afrique 7' avec 3,000 fantassins et 150 cavalière seulement, s'appuie à la ville de Ruspina, la prend polir front, tire deux branches jusqu’à la mer et jusqn’au port, puis attend tranquillement ses renforts, enferme dans des lignes que n’osent forcer ses nombreux et habiles adversaires ! César qui, entouré d’eau et affamé dans son camp, près de la Sègre, en Espagne, soigne et détourne , par de gigantesques coupures, cette rivière débordée, rétablit^ ainsi un gué gonflé, le franchit avec son armée cl s’échappe ! César enfin qui , aux environs de Dyrrachium, enveloppe le grand Pompée dans des lignes dont le circuit embrasse six lieues de tour (3) !"
Ces lignes, comme les autres lignes de circonvallation, comme les retranchements et les divers travaux de fortification passagère exécutés par les Romains, offrent deux particularités bonnes à mettre cn lumière : leurs quartiers sont indépendants et fortifiés séparément, ce qui rend les surprises moins funestes et permet une retraite successive; les ouvrages saillants, extérieurs, revêtent généralement la
(1 ) Guibchardt, Mémoire! militaire». tomo 1", clinp. 16. .
(2) CésAB, Guerre des Gaule i, vu, 73. L’empereur Léon (Institution xtv/ leur donne trois pieds de profondeur comme César, mais un (?) seulement de diamètres il les nomme yppocloete». On les appelait souvent H/to (lis), parce que pris de trois en trois ils donnaient la figure de cette fleur.
(3) J'ai donné quelques détails sur les travaux de fortification passagère de Jules César, .en silhouettant ce guerrier en tète du tome II de mes Portrait» militaire».
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forme circûlaire fl) qui, dans le tir, supprime les angles * privés de projectiles, ou, suivant l’expression moderne, les angles morts. . . -
Les Romains exécutaient promptement, et sans qu’ils leur pesassent, leurs colossaux retrancliemerits ; cette rapidité, cette facilité s’expliquent quand on songe que près-' que tous leurs officiers en connaissaient les travaux, étaient plus oa moins ingénieurs, quahd on songe aussi que les légionnaires avaient l’habitude de remuer la terre et appréciaienti’utilité d’un abri que leurs longues piques défendaient à merveille.
Quant aux villes, pour les mettre à l'abri d’un coup de main, nous voyons, quand on est pressé, leur jeter comme • ceinture un fossé, jusqu’à trois fossés môme, et une ligne de paljssade ; c’est encore là de la fortification passagère.
En fait de fortification permanente, il faut distinguer chez les Romains trois époques diverses : celle de leur début, celle de la plénitude de leur puissance, celle de leur décadence; dans la première ils usent à peine des forteresses, dans la seconde ils possèdent de bonnes places fortes , dans la troisième places e( forts se multiplient démesurément sur la surface de leur empire. ModQfauieu (2) supprime .à tort la seconde époque : ni l’histoire, ni môme la marche progressive de Vesprit humain rte sautent ainsi à pieds joints.
tlans les premiers siècles de leur existence comme nation, les Romains font plus consister la force de leurs frontières en leurs armées qu’en fortifications; ils fortifient pourtant
leurs villes. Sous .les successeurs dollomulus une muraille
(l ) Par exemple l’ouvrngo nommé clavicule. Voyez ci-dessus , p. 148, la figure d’un camp consulaire. • .
(2) Grandeur et décadence dee Romaine , cliap. 20.
de plus de 4 lieues de pourtour (1) embrasse les sept collines de Home; une citadelle, le Capitole, formant un carré de 200 pieds de côté, pourvue d’épaisses murailles, s’élève au milieu de la ville sur un rocher inaccessible de trois côtés, domine la cité , ne peut être réduite que par la famine (2). A Tarante, la citadelle, située dans une espèce de presqu’île, repose en grande partie sur de hauts rochers baignés par la mer, et a pour la défendre du côté de la ville un mur et un fossé profond (3). A Locres, deux citadelles, aux murailles d’une élévation prodigieuse, s’élèvent «à peu de distance l’une de l’autre (4). Les citadelles antiques, on le sait, étaient grandioses, assez vastes pour recevoir toute la population, quand l’cnnenu avait forcé l’enceinte principale.
Comment les Romains entendaient-ils l’art de fortifier au plus fort de leur puissance ? Nous possédons aujourd’hui, pour répondre à cette question, un exemple sans réplique, non pas un exemple emprunté aux descriptions des écrivains, mais un exemple existant encore sous le sable et que des fouilles intelligentes mettent successivement au jour (5) : c’est la ville de Pompeies,dont la fondation remonte, dit-on, à üerçule , ensevelie vers le commencement de l’ère chrétienne par un tremblement de terre et une éruption du Yésùve. Voici la description de cette place romaine :
Postée au carrefour de trois routes et à l’embouchure d’qne rivière, assise sur une éminence, tracée suivant la
(1) La pourtour de 1a muraille élevée par Auréllcn et Probus mesurait à peu pris le doubla.
(2) En 390 , les Gaulois parviennent néanmoins à escalader cette citadelle, et ils la surprenaient snus.les cris des oies sacrées.
(3) Tite Livb, xxv, 4t.
(4) TiteLive, xxix, 6. . .
(5) Depuis 4799 : sa découverte date de 4755. ■
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forme elliptique, Pompeies a pour enceinte deux murs distants de 4 mètres environ; l’intervalle entre ces deux murs est rempli de terre jusqu’à hauteur du terre-plein ; au-dessus du terre-plein chaque mur s’élève également (1) et se trouve découpé en espèces d’embrasures ; peut être plaçait-on pendant le siège uft toit s’appuyant sur ces deux surélévations et destiné à former abri pour les défenseurs (2) ? Le flanquement de l’enceinte se produit par des tours dont l’étage supérieur est au niveau du terre-plein , mais qui forment saillie en totalité ou en partie; ces tours s’éloignent moyennement (3) l’une de l’autre de 80“ environ si elles occupent des points de brisure, de 300“ et plus si elles existent sur une portion rectiligne de l’enceinte, et dénotent par conséquent une certaine entente de l’emploi pratique du terrain. L’enceinte offre quatre portes, rentrées vers l’intérieur et précédées, pour la plupart, d’une cour entourée de murs (espèce, de tambour), à laquelle on arrive et de laquelle on sort par un étroit corridor sis aussi entre deux solides murailles.
Je prie le lecteur de remarquer la forme affectée par l’enceinte de I'ompeies : c’est une ellipse , presque une cireonférencè, il n’y a là ni angles aigus, ni angles très-saillants; Vitruve recommande en effet de les éviter comine favorisant l’attaque et entravant la défense. Quand le terrain obligeait
(1) Jolt de Maizerot montre dans plusieurs places « l’avantimir moins élevé que l’autre dont les défenses devaient le dominer. Quelque fois même il n’était, dit-il qu’à hauteur d'appui, non Compris les créneaux; c’est ce que nous Avons .appelé depuis fanssc-braie. s (Traduction des Inetitutione de l'empereur Léon, <770, note de la p. 26 du tome II.)
(2) C’est l’avis de M. le major Louis Blessox. J’emprunte Ce» détails au § 9 de son Etquiate historique de l'art de la fortification permanente , p. 27 et suivantes de ma traduction.
(3) Vitruve (iv, 5) indique la portée de l’arc comme mesure exacte de
l’écartement de deux tours. . *
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UlSTOfRF. DE t’ART DE I.A GUERRE.
à l'adoption d’angles pareils, et forçait de renoncer à des pans coupés qui les eussent rendus obtus, on fortifiait par une tour le sommet de chacun de ces angles à la fois si prononcés et si étranglés. Yégèce veut que lesdites (ours se flanquent réciproquement, afin que l’assiégeant soit pris, dans scs dernières approches, à la fois « de front, de flanc et presque en queue (1). » Dpns ce but, on y pratiquait des embrasures, non-seulement à la plate-forme et alors souvent avec mâchicoulis, mais aussi dans les parties basses; on tirait par ces dernières de petites machines. >2*
Constantinople devint résidence impériale l’an 330 de notre ère; on peut donc à peine ranger ce qui la concerne dans la période de puissance des Romains, d'autant plus qu’elle ne fut entourée de fortifications (2) solides et régulières que sous le dernier des Théodoses, en 413.
» La fortification romaine de la décadence se développe à partir du vi* siècle de notre ère. Auparavant, l'empire n’ayant plus <jue deux points vulnérables, le Rhin (3) ét l'Euphrate, les maîtres du monde avaient déjà bridé ces deux fleuves par une série, de camps retranchés, véritables forteresses. Sons Justinien, les précautions deviennent bien autres, mais il le fallait pour reculer de neuf siècles encore la chute définitive des dominateurs du monde. Cet empereur célèbre, qu’imiteront scs successeurs, ne se contente pas de doubler la force des remparts de Constantinople, il étale 8U places de guerre depuis Belgrade jusqu’à KEuxin , depuis le confluent de la Save jusqu a l’embouchure du Danube ; il élève ou ré-
(I) Institutions militaires, lV, 3.
(3) Ln poaition militaire de celte capitale cet admirable, (nais son chois appartient aux ürccs, qui la fondèrent à une époque reculée sous le nom de Byzance. t # , ,
(3) Drusus avait placé sur ce fleuve 40 fortins. (Florcs, ni, 43 )
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pare 600 forts ou postes militaires et de refuge, d'ails cinq provinces: la Racie, l’Épire, la Thessalie, la Macédoine, la Thrace;*il ferme mieux le défilé des Thermopyles ; il répare les murailles de Corinthe, Athènes, Platée; il renforce la longue muraille de la Chersonèse de Thrace(l); il construit une muraille semblable, en Crimée pour la protection de la colonie qui habite cette presqu'île; enfin il fortifie la place de Dara, non loin de Nisibis et du Tigre, lui donnant une double muraille assez épaisse pour contenir les logements de la garnison , lui donnant aussi des tours-réduit de 1 00 pieds ,(29“ 50) de haut, un ouvrage extérieur détaché, en forme de demi-lune, et des fossés à manœuvres d’eau. Ce dernier détail nous montre une fortification assez raffinée, et presque moderne; les premiers retracent la multiplication des forteresse# et des lignes retranchées, entassées soit à l’intérieur, soit sur les frontières, pour cacher la faiblesse de l’empire, pour dissimuler plutôt l’amoindrissement du soldat romain.
. * § 20. MACUINES DE GUERRE.
« On peut assurer, remarque Maizeroy (2), que les Romains ne perfectionnèrent leur mécanique .guerrière que sur les modèles qu’ils tirèrerit des Grecs (3). » Nous pour- / rions borner à ces lignes nos indications sur les machines romaines, en ajoutant avec le même écrivain : «que les
(1) Cette muraille , épaisse de 20 pieds (Sm 90) avec fossés et tours, était
presque entièrement l’ouvrage de l’empereur Auastase. * '
(2) Traité sur l'art det siégé» et .'es machina da anciens, p. 218.
(3) M. Duke a U de la Malle prétend au contraire (p.. 30 du Discours préliminaire de sa Poliorcetique des ancien») que les Romains ont devancé les Orees dans l’art de la poliorcétique ; mais ce volume ne contient pas les preuves d’une semblable assertion.
Humains égaleront bientôt leurs maîtres, s'ils ne les surpassèrent. » Insistons pourtant. .
Les Humains obtinrent de leurs machines une admirable justesse de tir. Hirlius nous montre l’une d’elles, placée sur les remparts de Lébéda, atteignant un officier de cavalerie à la tète de sa troupe et le renversant (1)'; plus loin, il signale(2), à propos du siège de Tebala-Véja, une tour de bois fendue depuis sa base jusqu’au troisième étage par le grand nombre de traits décochés contre elle, et il est permis de croire que parmi ces traits il y en avait de lancés par des machines.
Ces machines pouvaient en effet « vomir une grêle de javelines; » l’expression appartient à Tacite (3) : elles le pouvaient d’autant plus qu’elles étaient en grand nombre, en nombre tel qu’amasser ou traîner un pareil matériel à la suite d’une armée nous effrayerait aujourd’hui. Scipion ne trouva-t-il pas dans Carthagène 401 catapultes et 75 batistes, dont un tiers de grandes dimensions? Pour assiéger Jérusalem, les Romains ne mirent-ils pas en usage 300 catapultes et 40 balistes? Arrien ne menait-il pas Hn attirail complet de catapultes contre les AJanes ?
Nous venons de nommer les catapultes et les balistes; c’étaient les principales machines de jet utilisées par les Romains, qui recouraient du reste à toutes les machines connues des Grecs, cl en outre au mtiscule , galerie de charpente à claire-voie, qui permettait d'approcher de la muraille après le comblement du fossé (4) ; certaines de ces
(t) Guerre d'Afrique, cliap. 29. — Pbocopk rapporte un fait semblable. ( Guerre dee Gothe, i, 23.)
(2) Go erre d'Espagne , chap. 23.
(3) Annales , Il , 20.
(4) Au liège d’Urbin, Bélisaire parvint à cheminer à couvert sous des galeries d’osier.
batistes projetaient, avec une force prodigieuse, des poutrelles de 12 pieds de long (3“ 54), garnies de pointes de fer aux deux extrémités (1).
La bataille d'Aseulum.(474 avant J.-C.) montre chez les Romains l’emploi de chars :2) de guerre armés de longues fourches et de pointes de fer, traînés par des chevaux bardés, montés par des soldats tenant des projectiles incendiaires; cet emploi, fort rare chez eux, avait pour destination de causer de l’effroi aux éléphants de Pyrrhus. Ils combattaient, encore ces lourds adversaires par des carrobaüstes , embusquées de manière à jeter de gros traits sur leur peau rugueuse, avant le début de l’action même, lorsque leur immobilité les rendait plus faciles à atteindre; ils les combattaient surtout, ne l’oublions pas, eu cherchant à détruire ce genre de combattants à sa source, et en exigeant qu’on les leur livrât à chaque traité de paix; pour eux, ils ncJeur témoignèrent jamais grande confiance, cl s’en servirent à peine pendant 80 ans ,200 à 1 20 avant J.-C.) qu’ils figurèrent dans leurs années.
Toutes les machines romaines étaient redoutables dans leur tir, même en rase campagne. On les voit sur les champs de bataille, où elles parurent à 'partir d'Auguste , généralement postées de manière à pouvoir tirer librement, sans être arrêtées par les obstacles. Comment se garantissait-on de leurs ravages? En se précipitant dessus pour couper leurs cordages et briser leurs ressorts. Celte manoeuvre d’attaqne s’exécutait plutôt par ruse que d’ensemble; de la manière que nous voyons, par exemple, au combat nocturne entre les soldats de Primus et de Yilcliius sousr Crémone
• (i) Ckhak, Guerre civile, u, 4.
(S) M. Miciikli.t (Hùtoiri tomainr, Rapabliqne, 1831, tome lir, p. 171) dit un char ; il y en avait plusieurs. 't "
(an 69 de J.-C.), deux légionnaires de Primas se couvrir de leurs boucliers, s’approcher d’une machine placée sur la chaussée, et la démonter en coupant ses cordages, mais périr aussitôt victimes de leur dévouement (1).