S 5. HUNS
Anmiien Marcellin (1) nous a dépeint .les Huns.
La tète forte, les yeux creux , la face déprimée et le crâne allongé dès l’enfance par des bandelettes comprimantes, pour que le casque tint mieux; le haut du corps trapu et large; en un mot, des bêtes à deux pieds, 'voilà, suivant son expression, leur portrait physique. Le poète Sidoine Apollinaire ajoute que les Huns ont peu de ventre, qu’ils sont petits à picfd et grands à cheval.
Ce trait d’imagination a sa portée : il nous indique et nous grossit une qualité distincte de ces guerriers féroces, la qualité d’être d'excellents cavaliers. Ces guerriers forment une nation dont l’existence se passe à cheval , chacun d’eux commerçant, mangeant, dormant sur-sa monture, qui est petite, laide, mais agile et infatigable ; leur intention de vivre comme cavaliers est jnème telle qu’ils se chaussent maladroitement et se rendent incapables de marcher.
Une tunique de lin, portée jusqu’à ce qu’elle tombe eu lambeaux , et une casaque de peaux de rats, jetée par dessus, voilà leur habillement.
Peuple errant, ils transportent leurs familles dans des chariots, ne construisent aucune cabane, mangent des racines crues, de la viande mortifiée sous l’assiette du cavalier. Avec ce systèmej ils sont essentiellement propres à effectuer une invasion.
Inhabiles dans les sièges et les attaques de retranchements, comme tous les peuples barbares, ils ne combattent pas non
• (t) xVxi, i.
plus avec ordre : se précipiter sur l’adversaire, tout renverser sur leur passage, ou céder pour se disperser et revenir ensuite, voilà leur tactiques S’ils sont battus, ils se réfugient dans l’enceinte formée par leurs chariots; leur adresse, leur promptitude à lancer les flèches leur est alors d’un grand secours.*
Ils luttent souvent l’épée à la main, fis portent un filet que leur habileté à le lancer rend très redoutable, filet. avec lequel ils font, dans les déroutes et du haut de leurs chevaux, la chasse aux soldats, surtout aux officiais (1)., piège mobile et enveloppant dont la main la plus libre et la plus sùée a peine à se débarrasser en Je tranchant avec le poignard.
Leurs armées sont nombreuses, puisque le fameux Attila réunit 500,000 hommes pour envahir la Gaule (2). Ce monarque traverse le Rhin sur des ponts improvisés, au moyen de barques grossières, et agit dans cette campagne en général parfaitement, renseigné sur le pays où il jette la guerre; l’immensité de son pouvoir commence à lui fournir des moyens qui n’appartiennent ordinairement qu’aux chefs militaires des nations civilisées.
Un auteur militaire italien (1) a écrit que les succès des
(4) Consultez ; lliitnire d'Attila et de en successeurs, par A mû 11!'.’ TmtURY,
4856, tume I", p. 340.
(2) Au milieu <tu v" siècle. ,
(3) Ou hommes du nord; ce nom leur fut donné h leur installation en France. Ils sont, comme on sait, d’origine dnnoiso ou norvégienne.
(4) Luigi lîtANCII , De la science militaire considérée dans les rapporte arec les autres sciences et arec le système social, Discours ni.
224 HISTOIRE HE L’àRT DK LA GUERRE.
Normands ne pouvaient s’expliquer, sous le rapport de la science, par aucime supériorité, militaire . lia les doivent, en effet, à une adresse sauvage qui avait laissé toute leur vigueur intacte. Ils les doivent aussi à leur habileté sur mer; ce sont, avant tout, des pirates qui exécutent ces audacieuses expéditions maritimes dont- le tableau nous a été savamment retracé par M. Depping. Lancés non pas uniquement sur de faibles barques, comme on l’a répété avec trop de complaisance, mais sur des bâtiments gros peut-être comme nos chasse-marées (1), ils débarquent souvent avec des chevaux et par bandes sur une côte fertile, et remontent au besoin les rivières à l’aide de leurs plus légères embarcations. lis choisissent alors une île, la fortifient, en font une place de dépôt et de'refüge, et, sous la protection de cet abri, rayonnent et pillent dans divers sens. Rarement ils se maintiennent dans une ville. •
, Les Normands ont donc, quand on les considère au point de vue militaire, l’esprit aventurier. En outre, leur caractère est énergique, violent, opiniâtre; leur bravoure se ressent de leur genre de vie et monte au niveau des tempêtes; leur orgueil les détourne de sacrifier aux dieux; et, pour vaincre leurs ennemis, ils n’ont foi qu’en leurs armes, qu’en leurs forces.
•Une de leurs lois déclaré qu’on peut, sans lâcheté, fuir devant quatre ennemis ; mais que le brave attaquera un adversaire seul, se défendra contre deux, ne cédera pas ù trois.
ils forment ensemble, pour le combat, des fraternités qui subsistent jusqu’à la mort. Leurs rois possèdent pour gardes . des compagnons dévoués nommés champions, et signalés à
(1) Archéologie natale, par M. Jal, 4840, tome Ier, p. 434.
l’attention publique par une foule de succès dans des duels, dans des expéditions.
Leur armement consiste en une armure de mailles et un bouclier comme pièces défensives; en une épée.et une hache comme pièces offensives, ou, du moins, ce sont les seules armes que je trouve indiquées avec certitude.
Le bouclier dénote qu’ils combattaient à pied; et, en
effet, on les voit parfois attendre passivement le choc, ce * »
que des fautassius seuls peuvent faire. 11s luttaient aussi à. cheval pour piller plus rapidement et plus sûrement. Alors, s’ils n’avaient pu en amener, ils se montaient, aussitôt leur débarquement, sur des chevaux enlevés dans le pays, et de marins se faisaient cavaliers , disent les chroniques (1).
Les Normands recouraient à la ruse : on les voit, par exemple, faire sonner à grand renfort de trompettes et frapper sur leurs boucliers pour donner à croire à l’arrivée et à la coopération d’un grand renfort.
Ils avaient une fierté égale à leur audace et entretenue par la terreur qu’ils inspiraient (2). J’en rencontre une trace singulière. A l’entrevue où Charles le Simple céda Ia Normandie à leur premier duc (Roll ou Robert)* celui-ci ne voulut pas baiser les pieds du roi , suivant l’étiquette, mais fit avancer, pour le remplacer dans cctto formalité, un de ses gens, qui se courba sans plier le genou et leva très-haut le pied royal pour le porter à scs lèvres, « dé façon que
(1) Expression citéo d’nprés Angustin Tihebrt, Uitloin de la congu/te de l'Angleterre par les Normande, livra h, édition grand in-1 8, do t846, tome I”, p. 11)0.
(2) A furore Normannorum libéra no» , Domine, ajoutaient alors les habitants de plusieurs des provinces françaises à leurs litanies.
Clmrles donna du dos en terre, et sa chute fut accompagnée d’une grande risée (1). » ...
§ 7. HONGROIS (ï).
Ce peuple, le troisième ban de la race hunnique, épouvanta l’Europe (3) autant que les guerriers d’Attila.
Petits, vifs, de figure basanée, difforme, cicatrisée, au fond de laquelle brillent des yeux perçants, tels sont les Hongrois au physique. Au moral, ils sont cruels, féroces, égorgent tous ceux qu’ils rencontrent, boivent le sang de leurs ennemis, avalent comme remède leur cœur découpé en morceaux ; véritables fléaux pour les pays qu'ils attaquaient, ils existent encore aujourd’hui dans les traditions populaires, et, déguisés sous le nom d '-ogres, servent d’épouvantail pour les enfants.
Les Hongrois se font raser la tête , dans le but de ne donner aucune prise à leurs adversaires.
Ils vivent , ils combattent à cheval ; habillés de peaux de bêtes fauves, ils portent un arc de corne et lancent avec dextérité des flèches énormes. Leur lutte est un éparpillement : accourir avec vitesse, décocher leur flèche, s’enfuir rapidement pour attirer dans urte embuscade , voilà leur tactique habituelle, qui présente quelque analogie avec celle des Parthes et des Numides.
(1) Hittoirt générale de Normandie, par DU Moclix, Rouen, 4634, chez
Osmont, in-folio, p. 23. '
(2) Dübsieüx , Etsai historique sur les inrations des Hongrois en Europe et spécialement en France, p. 4 6 et 47. Cet excellent travnil a été couronné par l'Institut (Académie des inscriptions) en 4839.
(3) Au xe siècle.