‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 66 sur 127 · SARRASINS · texte numérisé non relu

SARRASINS

Les Sarrasins ou Arabes, ces sectateurs de Mahomet dont les conquêtes en Asie, en Afrique, en Europe grandirent si rapidement, inventèrent, dit-on, les tournois. Ce fait, vrai ou faux , prouve toujours qu’ils devaient porter des pièces défensives; et, en effet, on les Voit à la bataille de Tours, luttant contre les Francs de Charles Martel, avec des cottes * rembourrées et piquées. Us couvraient aussi de plaques d’argent leurs baudriers et même leurs chevaux , mais de manière à rester agiles, prestes, à pouvoir exécuter le caracol (1). Bien mener un cheval constituait leur principale habileté individuelle ; ils excellaient aussi à lancer des traits L’épée , la lance courte et l’arc étaient au reste leurs seules armes offensives; sous ce rapport, comme sous celui des machines et des fortifications , ils se maintenaient dans un état d’infériorité, ce qui s’explique d’autant moins que, sans posséder l’esprit d’invention , ils savaient imiter.

Leur discipline restait solidement fendue sous l’influence d’un mélange habile de générosité et de justice (2) envers les services des guerriers. Leur courage brillant, plus brillant que les talents de leurs chefs, s’animait par l’espoir du

(4} Nous dirions aujourd'hui la fanlatia.

(2) Le calife Omar, après la prise de Ctésiphon (632), ordonna da découper ùn magnifique tapis de soie et en distribua les lambeaux à ses frères.

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butin (1) et le désir d’étendre leur religion. On rapporte des premiers d'entre eux qu’ils versaient des larmes lorsqu'ils ne pouvaient se trouver à un combat. Leur activité .était grande et atteignait au diapason de leur dicton : « Nous nous reposerons dans l'autre monde. »

Une bataille sarrasine se composait d’une série d’escarmouches, de duels, et demeurait souvent indécise. Ce peuple ne combattait pas en ligne compacte d’infanterie, mais sur deux lignes mouvantes et s’éparpillant, l'une d’archers, qui engageait l’action, l’autre de cavalerie, qui l’achevait. Il avait donc fort à faire , malgré son assez grande profondeur,

contre les troupes serrées,' au pied ferme et au bras pesant,

surtout au milieu d’une plaine unie. ’. '

Les défauts des Sarrasins consistaient à s’engourdir au froid et à la pluie, à s’endormir facilement, à ne pas se rallier (2). On a attribué ce dernier défaut à leur ignorance dans la lactique.

Le long turban ne leur était pas aussi inutile que nos habitudes occidentales nous incitent à le penser : au siège du château d’Alep (638 de notre ère), celte coiffure déroulée facilita l’escalade.

Pour effrayer les chevaux de leurs adversaires, ils produisaient un grand bruit de cymbales; l’aspect et l’odeur des chameaux chargés de leurs bagages ajoutait dans le même but à l’effet de ce bruit.

Les Sarrasins, qui envahirent le midi de la Fronce du vm* au x* siècle, adoptèrent par imitation le bouclier, la cuirasse et la longue lance , recrutèrent en partie leurs bandes parmi

(1 ) Le chof en prélevait le cinquième : tout le reste appartenait aux soldats et ie cavalier recevait le double du fantassin.

(2) L’empereur Litox , Institution xvm.

CONCLUSION

les habitants , sait volontaires , soit captifs, et construisirent sur notre sol plusieurs tours d’observation nommées rebaths (1).

* CONCLUSION

Le coup d’œil que nous venons de jeter sur les usages militaires de plusieurs peuples barbares a dû saisir le lecteur par sa diversité même, et pourtant un lien commun, une fdière philosophique unit ces tableaux , dont le cadre paraîtra peut-être trop étroit , malgré nos efforts pour y faire entrer tout ce qu’H est utile de connaître. Ils font tous en effet toucher du doigt que l’art militaire a sensiblement déchu de ce qu'il était sous les Romains. Plus d’organisation guerrière puissante, entendue ; plus de tactique d’ensemble, aux masses de différentes armes, aussi^ mobiles que les individus; plus de discipline ; plus d’administration militaire ; plus de cet art et de cette industrie qui permettent d’employer des machines et d’attaquer ou de défendre des places; rien, ou presque rien de ce qui donne la victoire aux nations civilisées. Ainsi , les barbares ont réussi avec un art imparfait ; leur valeur, leur multitude et la décadence militaire chez les Romains ne me paraissent pas suffire à l’explication de ce résultat, et j’ajouterai deux- causes :

1° Leur vigueur. Si ce n’est la vigueur même du corps, qui ne peut s’appliquer à tous, du moins la vigueur ou.plutôt la rudesse des mœurs; c’est là bien certainement la sève qui les anime et renverse des adversaires efféminés, quitte à se corrompre ensuite au contact.

(1) location * il i Sarratint en France, pnr M. Rrwaod, do l Institut , 1836, p. 252, 239, 256 et 295/

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2° leur habileté stratégique. Circonstance singulière et pourtant vraie dans son ensemble, les barbares possèdent l’entente de la stratégie > et se conforment dans leurs invasions aux règles fondamentales de cette science des conquérants. Cela tient à la simplicité native de la stratégie, à la perpétuité, de ses règles au travers des temps, des âges du monde (1).

Les barbares, vainqueurs du monde romain, ont-ils repris

in extenso les traditions militaires des vaincus, ou bien se

sont-ils faits les créateurs d’une organisation particulière et d'usages nouveaux? C’est ce qui nous reste à examiner.

(t ) Reportez-vons au chap. 2 (Période barbare) de mon Mémoire tur le Parallélisme des progris de la civilisation et de l’art militaire.

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