CHAPITRE VI
INTRODUCTION
Avant la bataille de Vouglé (507), où il vainquit Alaric et ses Wisigolhs, le roi des Francs, Clovis, se trouvait embarrassé parce que la Vienne coulait entre lui et ses ennemis; alors, raconte Grégoire de Tours, une biche de haute taille s’élança dans la rivière et la franchit sans perdre pied à la vue de toute l’armée, qui ne tarda pas à profiter du gué dont l’existence venait de lui être Tévélée.
Au moment de livrer une bataille imminente (574), mais qu’un traité de paix rend aussitôt inutile, le roi d’Austrasie, • Sighebert, invite son frère et adversaire Cliilpéric à choisir le lieu de l’action , et lui propose de l’arrêter d’un commun accord. Le même fait se reproduit à propos de la bataille de Viney (dans le Carabrésis), livrée le 21 mars 717, et cette fois la fixation du lieu et de l'heure de la lutte se détermine d’un commun accord.
Ces deux faits nous dévoilent une grande candeur au point de vue de la science de la guerre ; ainsi Clovis, ce monarque
232 niSTOIRE DE l’art de la guerre.
vif et rusé, se met, suivant la chronique, patiemment en prières et implore le secours divin au lieu de taire reconnaître la rivière par quelques nageurs; ainsi le roi Sighcbert abandonne volontairement les avantages qu’il pouvait tirer d'un champ de bataille étudié et d’une attaque rapide, inattendue; mais ils nous montrent surtout les traditions miraculeuses se mêlant à une certaine tendance généreuse, chevaleresque ; sous ce rapport , ils nous font assister à la fois à une barbarie , à une jeunesse de peuple subsistant encore , et à un adoucissement de mœurs , à un commencement de politesse qui ne ressemble guère à la rudesse dont nous parlions à la fin du chapitre précédent; ce spectacle est caractéristique , et peint au mieux la situation sociale du moyen âge, non-seulement à son début, mais encore en son plein et entier développement.
La période du moyen âge, militairement parlant, embrasse presque tout le xvi” siècle et court jusqu’au roi de France Henri IV; mais nous n’avons à le considérer ici qu’antérienrement à la poudre de guerre, dont l’usage produit effet dans les premières années du xiv* siècle ; c’est dire suffisamment qu’en prenant pour son origine l’installation des peuples barbares sur les terres de la domination romaine, nous devons en ce sixième chapitre la conduire jusqu’à la
fin des croisades.
L’installation des peuples barbares semble annoncer un résultat prochain, celui de' leur fusion avec la population au milieu de laquelle ils se sont implantés; de cette fusion des vainqueurs et des vaincus sortiront des nationalités nouvelles et vivaces. Ce résultat s’est produit , la barbarie disparaissant au contact d’une civilisation, elle qui se retrempait et humait de l’énergie au milieu des bouleversements et des débris.
Des écrivains, adonnés à l’induction, ont voulu partir de là pour deviner les penchants innés de chaque nation fusionnée, et les ont souvent composés en proportion égale des penchants des vainqueurs et des penchants des vaincus; établi de la sorte, le calcul est trop simple; la question demeure en effet d’autant plus complexe qu’une série de causes curieuses à rechercher et à élucider mit indubitablement l’influence tantôt du côté des vainqueurs, tantôt du côté des vaincus.
Je n’en veux qu’un exemple : la nation française provient du mélange des Francs et des Gaulois, peuples guerriers et célèbres, le premier par son infanterie, le second par sa cavalerie ; elle n’eut pas cependant à son début autant de cavalière que de fantassins, proportion qui fut atteinte sous Charlemagne, bientôt le nombre des cavaliers s’accrut et dépassa celui des hommes de pied ; or, revirement digne d’attention, ce furent justement les Francs qui adoptèrent alors exclusivement le mode de combattre à cheval ; mais
cela tient à une modification essentielle dans la constitution
de la société , à la création d’un nouvel ordre politique sur lequel il est nécessaire de nous arrêter un instant.
Pour exposer cette transformation, nous resterofis dans l’exemple que nous venons de choisir, chez les Francs et dans la Gaule; les Francs, en effet, ont leur histoire liée k celle de toutes les peuplades germaniques ; ils ont formé des débris de leur empire les principaux États européens ; ils ont été en Europe (1) les promoteurs du système de la féodalité.
(1) Je die à dessein en Europe : ln féodalité avait déjà dominé partiellement en Asie, sous les rois parthcs, et ou la retrouve, nu xi® siècle, chez les Turcs seldjoukides, maîtres de la Perse et do la Mésopotamie. Consultez : De l'Art militaire chez lei Arabes au moyen Age , par M. Kkinauu , de lTqstitut, dans le Journal asiatique , 4848, n« 9.
Conquérants de la Gaule, les Francs paraissent y avoir pris les maisons et les terres qui leur convenaient, en avoir formé des lots et les avoir tirées au sort à l'instar de tout butin, car il ne subsiste aucune trace d’un partage régulier entre eux. Devenus propriétaires, ils regardèrent leurs biens, leurs alleux, comme aussi indépendants que leurs personnes, et ne voulurent les assujettir à aucune obligation ; la société pouvait s’annuler dans cet isolement de l’individu possesseur, agissant encore en membre volontaire d’une tribu, cl astreint au service militaire uniquement au titre de Franc cl de compagnon du chef ; Charlemagne le comprit et mit un impôt de guerre (814) sur toute propriété, à raison d’un guerrier pour trois manoirs; cet impôt n’était qu’un palliatif, et le système de la propriété allodiale, à peine corrigé , disparut assez promptement devant le système de la propriété bénéficiaire, «seul capable, à ce degré de civilisation, de former d’un grand territoire un État, et de la masse des propriétaires une société (1). » Charles Martel avait jeté les bases de ce, nouveau système, en concédant, dès 739, des bénéfices avec stipulation expresse de l’obligation du service militaire pour sa personne.
Cette obligation était formelle ; le refus de l’accomplir entraînait la perte du bénéfice; le retard à se rendre au lieu de la convocation amenait une punition d’autant de jours d’abstinence de vin et de viande qu’il y avait eu de jours de . retard.
Le souverain-ne fut pas seul à distribuer des bénéfices ; les chefs de bande à l’origine , les grands propriétaires plus
(1) M. Gcizot, Eeeaie sur i'hiitoire de France Des Institutions politiques en France sons les Mérovingiens et les Carlovingiens, chap. i", g lot, 6e édit., 1844, p. 70 et 73.
tard, en accordèrent aussi, sous condition de la môme obligation , de la même fidélité. Dès que le nombre des bénéficiaires devint considérable, les possesseurs d’alleux se trouvèrent isolés, sans appui, exposés aux coups des propriétaires puissants appuyés déjà sur d’inaccessibles châteaux forts; ils durent se recommander , dans la plupart des cas et surtout hors des villes, au plus voisin de ces seigneurs et lui donner leurs terres, qu’ils reçurent aussitôt de lui à titre de bénéfice ou de fief. La société se trouvait dès lors organisée au moyen de chaînons successifs, chaînons purement moraux il est vrai, et parfois peu solides, notamment dans le haut de l’échelle , mais enfin il y avait société et la féodalité restait constituée; reposant uniquement sur la possession de la terre, elle différait des constitutions politiques anciennes.
Une différence analogue se produit dans l’ordre militaire, et l’organisation des armées change entièrement de face.
L’armée d’un pays, l’armée royale, car le roi fut toujours en droit le chef, obéi ou non, des troupes recrutées dans toute la circonscription nationale; cette armée, dis-je, se compose dès lors, au point de vue des levées, de plusieurs parties essentielles à distinguer :
1° Des troupes formées dans les domaines du roi , lui appartenant comme seigneur direct , commandées par des officiers ou gentilshommes qu’il désigne.
2° Du restant des hommes libres, possesseurs de terres allodiales, mais n’ayant ni bénéfice^, ni fiefe, conduits à la guerre par le comte , c’est-à-dire par le magistrat militaire et civil préposé au gouvernement de la province ou de la cité, soit par l’autorité royale, soit quelquefois par l’option populaire. Les sous-ordres du comte s'appellent vicaires ou centeniers; on voit par ce dernier nom que la réunion des hommes libres se fractionnait par centaines, fractionnement
qui se retrouve dans les ordonnances des rois francs dès la (in du vi* siècle.
3° Des contingents amenés par les feudataires et vassaux directs de la couronne, les contingents de ces grands vassaux (1) se formant eux-mêmes de la réunion des troupes de combattants conduites et commandées par les vassaux de chacun d’eux , qui n’étaient que des petits vassaux. Quand un grand vassal exerçait dans la maison du roi un emploi qui l’empêchait de mener son contingent, le comte royal en prenait-le commandement. Les évêques ou abbés finirent par se faire remplacer à la tête des troupes par des avoués (2) ; tout porte à croire que les veuves agissaient de même quand elles figuraient sur les rôles de feudataires, en raison de leurs possessions (3).
Ainsi, nulle homogénéité dans l’armée dont le chef (le roi) n’a réellement autorité que sur la première partie, c’està-dire sur les soldats levés dans ses domaines particuliers ; car les comtes qui commandent les hommes libres ne tardent pas à profiter de la faiblesse des successeurs de Charlemagne pour se transformer en propriétaires héréditaires, et, quant
aux grands vassaux, ils traitent avec lui d’égal à égal (4);
(1) Pluîiours de ce* grands vassaux portaient le simple titre de comte, pnr exemple le comte do Flandre et le comte de Toulouse : il no faut pas pour cela les confondre avec les comtes royaux ou élus, chefs militaires des hommes libres, car ils étaient souverains et reconnaissaient à peine la suzeraineté du roi; Cest le cas-, du reste, do rappeler que primitivement les titres nobiliaires, loin d’Stre classés hiérarchiquement comme plus tard , n’impliquaient rien à l’avance et ne limitaient nullement la puissance.
(2) Parfois même des abbés obtinrent du souverain l'exemption du service militaire pour'lours hommes.
(3) Montesquieu, Etprit det loit. xxx, 47. — Daniel, llitloirt de la milice françaiee , tome 1er, p. 72.
(i) « Qui t'a donc fait comte ? écrit Hugues Capet an comte de Périgord , qu'il n’ose nttnquer, tout en voyant avec peine ses agrandissements jusqu’A Tours (990; : — Qui l’a fait roi ? répond fièrement l'interpelle. ■ Plusieurs
LE MOYEN AGE AVANT L’iiSACB DE LA POUDRE. 237
ce manque d’homogénéité doit saper évidemment et la discipline et la lactique, résultat sur lequel nous reviendrons.
A ces trois parties ou classes de combattants nous pouvons ajouter :
4® Les mercenaires. Les grands vassaux poussèrent à l'emploi des troupes étrangères soldées, qu’ils redoutaient % moins que les troupes d’hommes libres, qui contenaient en germe , malgré l’usurpation des comtes, les futures milices . communales, fatales à leur pouvoir par l’esprit d'indépendance qu’elles créaient et entretenaient. — En outre, les monarquçs, pour se maintenir sur le trône, se voyaient quelquefois obligés de recourir à des soldats enrôlés en tous pays à prix d’argent, comme le fit en 1137 le roi d’Angleterre Étienne de Blois, qui recruta surtout parmi les Flamands et les Bretons.
Si les armées féodales diffèrent des armées antiques, et principalement des armées romaines, par leur recrutement et par la manière dont s’y exerce le commandement, elles offrent aussi cette singularité qu’elles ne sont pas réunies pour la durée de la guerre, mais bien pour un temps limité convenu à l’avance, et auquel il faut subordonner la conchiite des opérations. L’obligation du service féodal se borne généralement à trois mois, et l’ancien usage veut que chacun soit pourvu de vivres {jour ce laps de temps; Hugues Capet, . à son avènement, le réduit à quarante jours pour complaire à ceux qui l’ont mis sur le pavois ; au delà de ce terme, le service devient volontaire. I)e là deux tendances : celle des grands vassaux , qui désirent faire diminuer encore le temps du service obligatoire et le restreindre au cas d’invasion du
siècles après , lo connétable comte d’Horeford adresse une réponse aussi Hère nu roi d'Angloterre Édouard I".
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i Jtidilaiiid • i, ,àa.«n ,.v,
pays; celle des monarques, qui cherchent à augmenter la durée de ce service, à la porter à deux mois, comme le fit saint Louis, à quatre mois, comme le fit momentanément Philippe le Bel après la défaite de Courlray.
Observons qu’au moyen âge c’est le fief qui donne le droit aux armes, et cela doit être, puisque chaque possesseur de terre a besoin de veiller à la conservation de son bien, à la défense de son territoire ; là réside une question d’intérêt général. Les seigneurs naissent donc guerriers. Comment combattront-ils ? comment feront-üs combattre leur entourage? Évidemment à cheval, pour être mieux vus des leurs, pour pouvoir se joindre au chef de l’armée et ne pas lui paraître inférieur. Les chevaux sont chers (1), car les bouleversements occasionnés par les invasions et les conquêtes des peuples barbares ont appauvri les pays et entravé les produits de l’agriculture ; raison de plus : montés, entourés de cavaliers, ils prouveront mieux leur puissance, et leurs richesses. D’ailleurs, à cheval, surtout en se couvrant, eux et leurs chevaux , d’armes défensives de la trempe la plus fine, que leur prix excessif interdit anx pauvres gens, ils se distingueront des masses, se mettront hors ligne, hors d’atteinte même, et, tout en étant à même de bien combattre l’ennemi , tiendront mieux en respect de toute manière les populations qui leur sont soumises.
Le cheval devient , pour ces motifs, l’auxiliaire obligé du guerrier noble (2) et de sa suite ; bientôt même le dédain atteint les combattants, gens de pied ; personne ne s’en occupe plus, et sous l’empire de ces idées d’engouement , por-
(<) Il y en eut de payés jusqu’à un talent.
(2) Sauf en Angleterre. Dans ce paya, à la fin du xt* siècle, un guerrier accompli n’était pas nécessairement un cavalier.
tant le germe de leur perte dans leur exagération même, la
cavalerie se multiplie, compose le fond principal des années.
L’accessoire dans l’usage linit souvent par primer; c’est ici le cas, et l’expression de chevalier remplace rapidement celle de seigneur. Tous les chevaliers se considèrent comme solidaires, et l’idée d’une corporation surgit; cette corporation, c’est la chevalerie { 1), qui fut pleinement constituée au xi* siècle. , . .
L’idée première, c’est que, pour en faire partie, pour porter le titre de chevalier, il ne suffit pas d’être né dans une famille puissante et riche, il faut encore se montrer digne de ce titre et l’ obtenir; il faut l’obtenir par des qualités guerrières et morales, et de là l’émulation au sein même du privilège. Nul ne peut, en effet, prétendre à la dignité de chevalier, s’il ne fait ses preuves, c’est-à-dire s’il ne prouve :
1° La noblesse de sa naissance. Il s’agit ici d’une gentilhommcric de nom et d’armes, autrement dit, suivant du Cange, d’une noblesse à quatre quartiers : deux générations du côté paternel, deux générations du côté maternel. On était sévère sur celle condition, surtout en France, et il n’y avait que le souverain (roi ou empereur) qui put y déroger en faveur d’un vilain distingué par son courage et ses exploits.
2° L'âge de 2 i ans. Cet âge était exigé pour que l’on eût servi avant de devenir chevalier ; plusieurs exemples montrent
(I) On a exagéré, h notre avis, eD présentant la chevalerie comme uniquement créée pour protéger la religion, les femmes et les opprimés : elle out aussi uno destination militaire , certes la mieux observée de toutes, et nous devons l'envisager ici principalement sous ce point de vue. M. Ozanam {Civilisation chef les Francs, chap. 8) ne trouve d’ailleurs rien de chrétien dans la féodalité : a L’Eglise, dit- il, ne pouvait consacrer le principe païen de l’inégalité des races; elle ne condamna pas l'aristocrutie militaire, elle la supporta, o
HISTOtnE DE l’art DE LA GUERRE.
que la dispense de celle condition s’accordait exceptionnellement, surtout aux jeunes princes.
3° Son courage et son adresse dans te maniement des armes. On débutait ordinairement (1) par être page dès l’âge de 7 ans chez quelque seigneur; à 14 ans on devenait écuyer (2). C’est alors qu’on soignait les armes, les chevaux, qu’on s’exerçait â toutes sortes de jeux et de simulacres guerriers qui donnaient l’adresse et la vigueur ; on accompagnait son maître au combat; on portait son armure; on la lui mellail; puis, placé derrière lui, on lui passait un cheval frais, on parait les coups qui lui étaient portés, on recevait ses prisonniers. La vie de l’écuyer se passait presque en public, au milieu de ses compagnons, et c’était à lui à se faire par son épée la réputation de valeur et d'habileté nécessaire pour être admis à réclamer la chevalerie. Cette épée, il en connaissait l’importance dès sa sortie de pages , puisqu’elle lui était à ce moment remise bénite par un prêtre, en présence de son père et de sa mère agenouillés devant l’autel, un cierge en main.
La chevalerie se conférait en grande cérémonie (3). Celte cérémonie avait une partie religieuse , une partie militaire. V ciller dans une église ou une chapelle, avec ses parrains et un prêtre; jeûner, se confesser, communier; purifier son corps par un bain et la prise d’habits blancs; écouter l'explication dos articles de foi et de morale enseignés par le
(4) On pouvait devenir chevalier sans avoir été page et écuyer.
(2) 11 s'agit ici de l'écuyer luicvinf et non de l'écuyer fit (fi , c’est-à-dire ayant fief de haubert : ce dernier, que nous devons considérer en ces pages rapides comme une exception , combattait à l'instar d'un ehevalieV et commandait parfois à de plus grands seigneurs que lui. (Exemple t Enguerand de Iioumonvitle , à la défense de Soissons, 4414.)
(3) Tout chevalier pouvait la conférer, meme à un ennemi, mémo au milieu d'uu combat. La fraternité d'armes pouvait aussi exister entre deux ebe-
LE MOYEN AGE AVANT l’lSAGE DE LA POUDRE. 24 t
christianisme ; se présenter à l’autel , entendre la messe et recevoir son épée bénite par le prêtre officiant, tels sont les actes successifs de la partie religieuse. La partie militaire est aussi imposante. Le seigneur qui va octroyer la chevalerie se trouve dons la grande salle ou la cour de son château, assis au milieu d’une brillante réunion. Le novice arrive lentement , recueilli , l’épée pendue au cou comme à l’église; il s’agenouille : « Pourquoi souhaites-tu la chevalerie ? lui demande-t-on. Est-ce pour jouir de la richesse et du repos?
— Non, répond-il modestement. .le la veux pour maintenir la religion et honorer’ la chevalerie. » Et il prête un serment en vingt-huit articles. Les assistants l 'adoubent aussitôt des éperons, du haubert, de l’armure, de l’épée. « Au nom de Dieu, de saint Michel, de saint Georges, je le fais donc chevalier; sois preux, hardi, loyal, » prononce alors le seigneur en donnant à celui qu’d reçoit l’ accolade (trois coups d’épée sur le cou) ou la paulmée (un léger coup de la paume de la main sur la joue). A ces mots, des chevaliers s’approchent, le coiffent du heaume, lui remettent l’écu (bouclier), la lance; on lui amène son cheval ; il s’élance, caracole, fait parade, chevauche dans toute la ville et jette largesses au peuple ; il est chevalier et doit désormais, suivant le langage pittoresque du temps, férir haut et parler bas !
A la guerre , la veille des armes se passait dans une tranchée ou dans une mine; la réception s’abrégeait et le candidat présentait son épée par la garde à celui qui devait l’armer.
Fait singulier, on armait plutôt la veille d’une bataille que
valiers île nations différentes, mai» le serment qui la constituait se trouvait dénoué par la déclaration d’hostilités d'une de cas uaUons h l'autre.
HISTOIRE DE I’aRT DE LA Gl'ERRE.
le lendemain (1), ce qui renversé toutes nos idées sur le système des récompenses. Brantôme cherche à nous l’expliquer : on redoutait que le sort des armes ne tirât de ce monde le chef qui vous avait promis l’accolade, ou ne vous en tirât vous-même, sans le souvenir glorieux pour vous et vos héritiers d’avoir été chevalier. Et il ajoute, pour montrer combien les idées se modifièrent ensuite à ce sujet : « Aujourd’huy, cette petite usance de ceremonie d'ambition ne se pratique gueres plus: car ou mourant vaillamment là, ou survivant ayant très-bien fait, l’on est. aussi honorablement créé comme si cette ceremonie s’y fust solemnisée, et possible encore mieux (2). v En effet, de son temps, la chevalerie se conférait après l’action, témoins François 1", armé par Bayard le soir de la bataille de Marignan (1515); Montluc, reçu par le duc d'Enghien après la journée de Cérisolles (1544); Tavannes, fait clievalier à la suite de la bataille de llenty (1554); mais ces exemples s’éloignent déjà d’un siècle et demi de la période qui nous occupe.
On distinguait deux espèces de chevaliers : les chevaliers bamicrcts, assez puissants poyr mener avec eux plusieurs gendarmes, plusieurs lances, et qui portaient à leur propre lance une bannière ou drapeau carré; les bas-chevaliers ou bacheliers, qui ne portaient qu’une Cornette à pointe, en forme de banderole. Ces formes distinctives des drapeaux se reproduisaient dans certains détails des demeures seigneuriales, notamment dans les girouettes qui les surmontaient.
Les chevaliers se distinguaient encore entre eux par des sigues et ornements particuliers, symboliques de leurs
(1) On lo fit mPme quelquefois sans qne 1a bataille qui semblait imminente eût lieu. (Voyez KkousàHt, cliap. Î3.)
(2) Vif» du hommti illuttru tl grand j oapilaintt fronçait, Charles VIII.
LE MOTO AGE AVANT I.’ USAGE DE LA POl'DRE. 243
exploits ou de leur origine , placés sur leur écu , leur cotte d’armes, leur bannière Ou leur pennon, et qui , réduits depuis en nombre et en étendue, sont devenus les armoiries.
Malgré ces distinctions, il régnait parmi les chevaliers un esprit d’égalité qui faisait merveille dans certaines circonstances en produisant chez tous la même envie de se signaler par des exploits, mais qui devenait nuisible là où il fallait. de l’obéissance, de la prudence même, et déjà pointe ici un des inconvénients de la chevalerie , sous le rapport militaire.
Cette institution offre d’autres inconvénients.
Elle est plus. propre à la défensive qu'à l’offensive. Cette qualité procède chez elle de l’organisation féodale, en vertu de laquelle chaque point d’un territoire a toujours un chef militaire désigné dans le seigneur ou son héritier, et des soldats permanents dans les vassaux ou les tils dos vassaux de ce seigneur. Sur place, ce système est une hydre sans cesse renaissante, d’autant plus puissant que l’intérêt le pousse à agir, et qui semble avoir été posté en connaisseur pour résister aux nouvelles invasions barbares, dont il ne veut plus, après en avoir profité. Loin de la terre qui sert d’appui à son influence, à sa domination, la force de l’ensemble, de l'organisation lui manque et est remplacée par la force individuelle toujours limitée. Aussi , sauf quelques exceptions comme la conquête de la Sicile, de l’Angleterre, de Constantinople par les Normands et les Français, les grandes expéditions. exécutées par des armées de chevaliers ont-elles été frappées d’insuccès.
La chevalerie produit des armées encombrées de chevaux, de valets, d’accessoires de toute espèce, peu propres à combattre dans des pays montagneux et pauvres; ces armées vivent en grands seigneurs et, malgré leur multitude, ne
244 HISTOIRE DE L’ART DF. LA Gl'ERRE.
contiennent qu’un petit nombre de véritables combattants, qui veulent des luttes au grand jour et où ils puissent acquérir du renom. Sous de semblables conditions, au rebours des principes les plus simples, la guerre devient difficile à mener.
Avec elle, avec la mode de porter des armures, de manier des armes pesantes, de se défier et de lutter deux par deux, en façon de duel, même au milieu des mêlées les plus considérables, l’influence de la force corporelle grandit outre mesure et éclipse celle de la science militaire. Godefroy de Bouillon doit à cette force une partie de son autorité : on sait qu’il fendait un Turc en deux, d’un seul coup d’épée, et ■Guillaume de Tyr rapporte qu'il décapita un jour deux chameaux de suite aux yeux d’un Arabe étonné. Bayard, Crillon lui doivent leur brillante renommée, que l’on comprend à peine aujourd’hui, malgré cette remarque, car ils n’ont jamais commandé en chef une armée.
En dépit de ses inconvénients, la chevalerie possédait, comme institution militaire, un avantage de premier ordre : elle formait une récompense honorable et peu coûteuse à celui quMa conférait. « Au moyen d'un simple baiser donné publiquement par un commandant à un guerrier de son commandement qui venait de se distinguer ou qui avait servi longtemps, a dit un écrivain du dernier siècle (1), ce guerrier se tenait satisfait de ses services, tels longs qu’ils fussent. » Cêt avantage de la chevalerie féodale a survécu à la disparition des chevaliers eux-mêmes, et subsiste encore aujourd’hui dans les ordres de chevalerie des différents États de l’Europe. t '
La chevalerie a eu deux conséquences qui nous inté-
(1) Beneton DE MokaNGE, Hitloîrt de la guerre, avec de i ré jlexiont »ur l'origine et lit progrh de cet art , in-1 2, 1 7i1 , p. 286.
» LE MOYEN ACE AVANT L’tSAGE DE LA POUDRE. 245
ressent : son apogée a enfanté les croisades, sa décadence a donné naissance aux milices des communes.
Les croisades appartiennent à toutes les nations catholiques de la communion latine(l),'mais la France y brille au premier rang. Expéditions entreprises d’enthousiasme , au cri mille fois répété de Dieu le veut ! elles montrent la force irrésistible d’une épée soutenue par la foi populaire ; elles prouvent malheureusement aussi combien l’art dé la guerre se trouvait alors mal compris, mal appliqué', et leurs résul- . tats directs (2) restent tellement minimes que le militaire, regretterait d’y voir dépenser tant d’efforts, s'il n’admettait . cette pensée consolante que la Providence a réservé , pour l’abnégation et le courage des croisés, une récompense plus haute que les avantages mondains : la récompense céleste qu’ils ambitionnaient.
Au point de vue politique , les croisades amenèrent l’amoindrissement des chevaliers; forcés, pour subvenir aux dépenses énormes cnlrainées par ces guerres lointaines, de vendre à leurs vassaux une partie de leurs terres ou de leurs droits, ils n’eurent plus bientôt la même puissance. Le monarque profita de leur éloignement , de l’indépendance nouvelle de plusieurs vassaui, pour traiter avec certaines villes, leur accorder liberté et franchise, leur assurer sa protection, sous condition formelle de payer un impôt et de mettre sur pied une milice répondant à son appel. Ce mouvement d’affranchissement commença, dit-on, en Lombardie, et s’é- • lendit en Allemagne et en France; il créa des communes.
(1) Et non-do la communion grecque, où, dit IIallam (tome III, p. 262],
« l'on u'avnit pas honte d'exiger qno le soldat qui versait le sang de scs ennemis dans une guerre natlounle se purih&t par une pénitence canonique. »
(2) U u de ces résultats est d’avoir dopnu l’habitude de la réunion de grandes niasses.
Chaque commune arma moyennement 500 combattants. Il faut voir dans ces milices communales le premier essai de troupes permanentes (1), quoiqu’elles ne soient pas entièrement à la dévotion du roi et ne soient astreintes qu’à (bipasser d’une certaiue distance les limites de la commune, essai qui clôt les efforts tentés, avant l’invention de la poudre, par l’art de la guerre pour sortir du sein des langes où l’avait plongé la féodalité.
Après cet aperçu rapide (2) sur l’ensemble des transformations subies, par les choses militaires dans la première partie du moyen âge , il est temps d’aborder les détails. Commesçons par ceux qui concernent la cayalerie et l’infanterie.
11 existait au moyen âgé deux espèces de cavalerie : la cavalerie bardée et la grosse cavalerie; les seigneurs, les chevalière formaient la première , leur suite composait la seconde.
Dans la cavalerie bardée; le cavalier et le cheval portaient
le plus de pièces défensives possible. Le cavalier on chevalier, le gendarme ou homme d’armes, suivant le nom que l’on voudra adopter, avait une armure fme et coûteuse, sou-
(1) J .os communes appartiennent comme institution aux xic, xn*, xiu« siècles , tandis que les premières compagnies de gendarmerie , celles ducs à Charles V, ne furent créées qu’en <373 par la célèbre ordonnance de Vinccnnes , imitée depuis par Charles VII , en 1 4(5.
(2) On nons permettra d’indiquer ici deux do nos écrits dont la lecture peut compléter cet aperçu ou du moins l’éclairer d’un Jour nouveau, ce sont: t 0 Mémoires sur la formation de l'armée française , depuis l'Origine de la monarchie jusqu'à nos temps, manuscrit qui a obtenu la première récompense nu concours ouvert sur «o sujet par l'Académie des Sciences morales et [>oli — tiques (séance du <1 février 1860), chap. I" ; chap. 2, section 1 chap 8, g 1 et 2 ; — 2« le Mémoire intitulé : Parallélisme des progrès de la civilisation et de l’art militaire, chap. 3.
vent fabriquée à l’étranger (1). Cette armure comprenait une cuirasse (3) jetée par dessus le haubert (chemise de mailles
de fer). La cuirasse se complétait par le hausse-col (2), qui • entourait le cou, par
les épaulières(4 )} qui cavalier bardb.
Couvraientles épaules, par les brassards (5) , qui garantissaient les bras, par les gantelets (6), qui défendaient les poignets et les mains. Au-dessous de la cuirasse venaient les tasse t tes (7) sur le bas-ventre , les cuissards (8) sur les cuis-, ses, [^genouillères (9) aux genoux, les grèves (to) le long des jambes. Par dessous le haubert, il y avait un vêlement de cuir (bourré d’étoupes) nommé gamboison, et par dessus la cuirasse une espèce de jupe brodée, dite sage. Nous.devons
encore compter dans l’armure le casque ou heaume (1), muni d une grille se levant à volonté et surmonté souvent d un cimier pour être vu de plus loin. Toutes les pièces de
(t) A Milan, par exemple.
l’armare so joignaient tellement que le chevalier se trouvait « impénétrablcmenl couvert ». Citons comme dernière arme défensive le bouclier (/cm), tantôt rond et dit alors rondelle , tantôt ovale ou moitié d’ovale, fait de bois couvert de cuir et quelquefois de métal.
Le cheval du chevalier était couvert , c’est-à-dire vôtu d’une couverture de cuir ou de mailles de fer; plus tard, cette couverture se réduisit à des pièces de fer protégeant la tète et le poitrail, et à des pièces de cuir garnissant les flancs. La pièce de tète, ordinairement en acier ou en cuivre, se nommait le chamfram et portait souvent sur le devant une pointe assez longue, dangereuse à l’ennemi en cas de choc; les seigneurs riches et puisants en avaient de magnifiques, garnis d'or et mémo de pierreries. Le cheval couvert était un destrier ou grand cheval qui servait exclusivement pour les jours de bataille ou de tournoi; en route, un courtaud ou palefroi (1) suffisait au chevalier qui ne revêtait pas alors son armure (2).
Le chevalier avait pour armes offensives la lance de 1 f pieds de long et l’épée ; outre ces deux fidèles agents , il employait la masse d’armes {3) ou la hache à un ou deux tranchants, et le poignard, dit aussi dague de miséricorde. La lance se brisait presque toujours après le premier choc ; le poignard servait après l’épée , dans la lutte corps à corps.
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(1) Tou* les clievnux du chevalier étaient milles : pour lui , monter une jument, c’eût été déroger. Les Arabes du désert no pensent pas ainsi : ch es eux la jument forme la monture préférée du guerrier, parco qu’elle est plus sobre, no hennit pas et peut uriner sans s'arrêter. (Voyez /es Chevaux du Sahara du général Dumas, chap. de l'Étalon.)
(2) Ainsi plusieurs des portraits en piod do sairtt Louis aux croisades nous le représentent vêtu seulement du haubert et le bouclier; suspendu uu cou.
■X (3) Les seigneurs ecclésiastiques utilisaient de préférence la masse pour assommer les ennemis et no pas répandre leur sang, croyant do la sorte mieux observer les prescriptions d’humanité émunant de l’Église.
Parmi les différentes armes qüe nous venons de citer, les une* étaient d’usage exclusivement noble et interdites aux paysans : par exemple, le heaume , l’épée , la lance. Com- . battre à visage découvert, lutter avec un bâtou, dénotait un vilain ; et de là , plus que du fait lui-même , le sens injurieux attribué par l’opinion publique à un coup de bâton supporté, à un soufflet reçu; ce sens s’est conservé jusqu’à' nos jours, en dépit de notre fierté moderne d'innovateurs, tant certaines idées possèdent une persistance vivace.
L’interdiction de ces armes subsistait, mais amoindrie , pour les combattants qui assistaient la chevalerie, comme nous allons le voir :
Ainsi, l’écuyer suivant, qui ne tenait pas un fief de haubert, ne portait ni l’armure à haubert, ni la lance; il avait, par dessus le gamboison, un simple corselet en mailles de fer à la place du haubert, un pjastron d’acier sans accessoires (comme brassards, etc.), en remplacement de la cuirasse , un chapeau de fer au lieu du heaume ; ce chapeau ressemblait à celui que le chevalier, retiré de la mêlée, mettait momentanément pour reprendre haleine (1); armé d’une épée et d’une dague (plus tard coutil/e), babillé de gris brun, il jouissait, par privilège sur le reste de la suite, du droit de porter dé l’argent sur ses vêlements et à ses éperons (2) ; il montait soit un cheval couvert, soit un cheval non couvert; à cet égard, nulle obligation, et d’après les données historiques nul usage constant.
Les archers qui accompagnaient le chevalier manquaient de grosses pièces défensives; montés sur des courtauds, ils
(t ) Daniel, Histoire de la milice française, tome I,r, p. 389.
(2) L’or était réservé aux chevaliers.
250 HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl ERRE.
portaient un petit casque et des gantelets de mailles ; leur non) indique l'arme offensive dont ils se servaient (1).
Dans la première partie du moyen âge, les chevaliers combattaient, en France et dans presque toute l’Europe, sur un seul rang ; cette formation en /{aie répondait à leurs idées d’égalité parfaite et permettait à chacun de se distinguer. Se précipitant sur un ennemi , la lance en arrêt , ils cherchaient, par la force du choc, à le désarçonner, visant à la poitrine et aux joints de l’armure, principalement sous les bras qui se trouvaient lovés (2) ; une fois plus près de leur adversaire, ils saisissaient l’épée et engageaient une lutte dans laquelle les défauts du casque (3) et de la cuirasse restaient leur point de rnire. Soulever l’adversaire elle jeter à terre formait parfois aussi le but de leurs efforts ; c’est qu’en effet , démonté, le chevalier, même en supposant qu’il n’eût pas souffert de sa chute, n’était plus, en raison de la lourdeur de son armure, qu’une masse inerte, incapable de se mouvoir, incapable même de se relever sans aide, et facile à faire passer de vie à trépas..
Les compagnons de chaque chevalier se tenaient derrière lui; leur ensemble donnait une seconde ligne de bataille , moins propre au choc que la première ; en avant figuraient les écuyers. 11 ne parait pas que cette seconde ligne ait jamais chargé en masse l’ennemi ; sans doute , des
(1 ) Le préjugé féodal ne voulait dans la lyivalerio-quo des hommes nobles et , tout en admettant l’aide de ces archers . les considérait encore comme de {^infanterie A cheval, ce qni s’appliquait à fortiori aux cavaliers bourgeois on
sergents.
(2) On garantit bientôt par une pièce nouvelle de l’armure, dite le gousset, le vide de l’aisselle produit par l’élévation du bras.
(3) La visière était le seul défaut d’un casque bien attaché et intact. — Un chef d'armée la levait pnrfois au milieu de la lutte pour se faire reconnaître et mieux rallier les siens.
LE MOYEN AGE' AVANT l’ USAGE DE LA POUDRE. 251
écuyers devaient s’avancer pour remplacer leurs maîtres, mais c’était l’exception , et il y avait pour les écuyers et les archers, un rôle spécial, celui d’aider leurs maîtres à combattre. L’histoire enseigne d’ailleurs que, la ligne des chevaliers une fois rompue, tout était à peu près perdu.
L’éfcuyer conduisait le destrier, portait les armes doubles (1), habillait et armait le chevalier. 11 fallait une certaine habileté relativement à l’entretien (2) et à la mise en usage de l’armure, ensemble compliqué où le moindre crochet manquant ou non agrafé pouvait devenir une cause de gcnc ou de danger. Pendant l’action, U demeurait spectateur attentif et, si son maître vidait les arçons, courait à lui, le dégageait des pieds des chevaux, le relevait, le remettait en selle , ou lui prodiguait les soins que réclamait son état ; pour remplir cette fin de son rôle, il pouvait être obligé d’user de son épée. Si, au contraire, le combat tournait heureusement, l’écuyer gardait les prisonniers faits par le chevalier.
Les archers avaient pour mission d’escarmoucher, surtout avant le combat; dans ce but, au lieu de rester derrière les écuyers, il se répandaient souvent sur les flancs de la ligne formée par les chevaliers. Après l’action, ils étaient employés à la poursuite, s’opposaient au ralliement des vaincus , achevaient les gendarmes ennemis tombés à terre.
Oh le voit, parmi la cavalerie féodale, le gros du fardeau
(1) Ordinairement la lance et le bouclier, le chevalier ne gardnnt en marche que son apte.
(i) Le général Iïabmn (Dictionnaire de (’armee, p. 2053) va jusqu’il dire que ■ l’écuyor devait apparemment se faire suivre d’une petite forge portative ou d’un petit attirail de serrurier pour remédier aux fréqnents désordres des parties si compliquées d’un pareil costume ». Le propos est exagéré : le Uni des armures les préservait de dégradations continuelles, d’autant plus qu’on ne les mettait que pour l'action.
252 ' Histoire de l’art de la guerre.
de la lutte tombait sur les chevaliers. Tant qu’ils eurent en tête d’autres chevaliers , ils restèrent dans leur milieu et tout se passa bien, mais quand leurs adversaire^ (1) possédèrent une bonne infanterie, et cela bien avant eux, ils furent dans la nécessité de se faire eux-mémes fantassins par instant, rôle auquel leur lourdeur, môme modifiée , les rendait parfaitement impropres; cette transformation caractéristique appartient an surplus à la seconde moitié du moyen âge, à celle qui fera l’objet du chapitre suivant.
La cavalerie légère réussissait mieux à combattre à pied ; les premier coups de la bataille de Bouvines le démontrent: 1 50 cavaliers soissonnais y soiit envoyés contre les gendarmes flamands qui, dédaignant une si faible attaque, ne bougent pas et tirent aux chevaux; démontés, ces cavaliers non bardés luttent encore avec furie , et il faut des efforts extraordinaires pour les repousser.