INFANTERIE
Certains valets des gendarmes et des paysans enlevés au travail de la terre formaient l’infanterie féodale.
Jusqu'au xiv' siècle cette infanterie paraît avoir été complètement dépourvue d’armes défensives , ce qui l’exposait aux plus grands dangers vis-à-vis de cavaliers bardés.
En outre, ses armes offensives comprenaient toujours avec l’épée, soit un arc, soit une arbalète, soit une fronde, soit même une massue ; or, toutes ces armes, principalement les deux premières , exigent par leur configuration , leur mé-
(1) Par exemple, les Anglais et les Suisses.
canisme , leur mouvement , une ordonnance à intervalles et sur un seul rang, ou au moins à rangs fort éloignés. Ainsi , l'armement de l’époque interdisait à l’mfanterie la formation serrée, qui seule lui eût permis de lutter avec succès contre la cavalerie, et par dos mouvements tactiques et par un grand nombre de projectiles partant d’un front restreint.
Dès lors l’infanterie , réduite à combattre en éparpillement , ne pouvait plus remplir que des fonctions secondaires. Elle escarmouchait par exemple au début de l’action , soit sur le front, soit sur les flancs. Pendant la bataille elle relevait les seigneurs jetés à terre et les replaçait en selle ; elle se jetait sur les chevaliers ennemis désarçonnés, et, recherchant soigneusement les défauts et les interruptions de leur armure (1), les achevait sans pitié à coups de poignard, ou les assommait si l’armure n’offrait aucune prise. Pour préparer la chute de ces derniers, elle essayait, diUm, de les atteindre au moyen de longs crochets ou de gaffes, sur lesquels elle tirait ensuite avec force (2), ou bien elle visait à tuer les chevaux ou à leur couper les jarrets. A la fin de l’action, elle complétait la déroute en se précipitant sur une année démoralisée et en pillant le camp de l’adversaire. Si on était vaincu , elle devenait quelquefois un obstacle et périssait presque entière, livrée sans défense aux coups de chevaliers victorieux et invulnérables (3).- • .
Cette exiguité de rôle fit promptement tomber l’infanterie
(1) Les fantassins tentaient souvent d’âter le casque et de blesser «a visage. • .
(2) Ceci rappelle le Franc attachant son Aon g nu bout d'une corde et s’en servant en guise de harpon pour désarmer son ennemi , ou l’amener luiméme (en tirant A deux) par sou armure ou son vêtement.
(3) An combat de Brenntville (4 1 19), dit Ohderic Vital, il n’y eut dans, la mêlée que 3 chevaliers de tués sur 900 environ qui y prirent part.
en discrédit, et le mépris des seigneurs à Son égard devint tel qu’au milieu du xrv*. siècle, à Crdcy, le roi de France, impatienté de ce qu’elle n’avançait pas à son désir, cria’ furieux à sa noblesse de se ruer dessus et de la tuer. Ce fait terrible est le plus saillant parmi plusieurs autres de môme espèce.
L’infanterie se releva dans les croisades; en Asie, en Afrique , le recrutement des armées chrétiennes se trouvait presque tari : chaque homme devint précieux , et le fantassin , dont forcément on s’occupa , ne tarda pas à s’améliorer et à se faire apprécier.
En môme temps les tommunes françaises et lombardes, de création récente, levèrent des troupes composées presque exclusivement de gens de pied. Ces troupes communales, armées encore de l’arc (t) et de l’arbalète , ne s’éloignant jamais à plus de quarante jours de marche de leur ville, combattant fréquemment entremêlées aux escadrons de gendarmes , parvinrent néanmoins à lutter avantageusement contre les seigneurs bardés, et cela pour deux raisons : parce qu’elles avaient intérêt à combattre, assurant ainsi par leur épée leurs libertés et leurs biens ; parce qu’elles restaient sous la direction unique, permanente, d’un chef spécial, et obtenaient de la sorte un ensemble, une habitude d’agir fort rares à cette époque. .
Le3 soldats de ces communes portaient en France le nom de sergents (servientes), ce qui montre qu’il ne faut pas toujours prendre ce terme dans le sens d’un grade (2) , ni conclure que les relations de bataille oubliaient de mentionner
(t) En Franco surtout : les milices lômhardes comportaient peu d'archers, elles avaient généralement un casque, un bouclier (quelquefois des brassards et des cuissards) et une épée.
. (2) Même un jtm' siècle. " ■ .
les pertes en fantassins lorsqu’elles parlaient seulement des chevaliers, sergents et autres gentilshommes tués.
L’infanterie féodale continua d’exister concurremment . avec l’infanterie communale. Vis-à-vis de ces deux infanteries, la France employa encore, vers la fin du xn" siècle, des bandes d’aventuriers formées de soldats appartenant à des nations diverses et peu disciplinâmes : Louis VII en eut jusqu’à 20,000 à sa solde.
Pour mettre quelque unité parmi tous ces gens de pied , Louis IX leur donna en 1226 un chef général, sous le titre de grand maître des arbalétriers.
Mais déjà ceux qui combattaient à pied voulaient avoir un chef dans les mêmes conditions qu’eux. « Vous estes à cheval pour vous enfuir quand vous vouldrez, » crient les siens au sire de Joinville, qui se voit obligé de mettre pied à terre pour les encourager (1). Et pourtant il faudra encore deux siècles et demi avant que les chevaliers consentent à prendre le commandement d’une troupe de fantassins.
L’achèvement de la renaissance de l’infanterie par les efforts des archère anglais et des piquiers suisses , par l’introduction surtout des armes à feu de main , date du xiv* siècle, et ne doit nous occuper que dans le chapitre suivant.
L’expression route (plusieurs écrivent rouf] , qui signifiait une agrégation, un corps de troupes, s’appliquait à l’infanterie comme- à la gendarmerie. 11 y avait des routiers à pied et des routiers à cheval, que. l’on doit considérer comme des aventuriers; mais le mot route se disait d’autres troupes que les routiers, par exemple des gendarmes (grosses routes de gens d'armes ), et des fantassins recevant paie du roi ( routes de soudoyers).
(t) Joinville , Histoire de ia.nl Loyt , édition Petitot, p. 30C.
Fit-
JL
UlSTOIRt DE (j’&RT DE LA GUERRE.