‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 69 sur 127 · ENSEIGNES · texte numérisé non relu

ENSEIGNES

Chaque bachelier portait un pennon, chaque chevalier banneret une bannière. La bannière abritait donc de trois à cinq pennons environ; elle se plantait sur une éminence, près du lieu où la troupe combattait. Pennons et bannières étaient en soie et aux armes de ceux à qui ils appartenaient.

Aü-dessus de la bannière figure. l’étendard d’un comte ou d’un seigneur assez élevé en puissance pour compter des bannercts parmi scs vassaux.

La bannière d’une commune , sous laquelle marchaient tous les habitants d’une ville et de sa Banlieue, peut s'assimiler à cet étendard , puisqu’elle guidait une troupe beaucoup plus nombreuse qu'une bannière féodale. Les villes libres de l’Italie, principalement celles de Lombardie, plaçaient leur bannière , attachée à une haute hampe, sur un char ( caroccio ), que défendait en. plein champ de bataille l’élite de l’arméè. .. • '

L’étendard du prince suzerain dominait tous les autres:

En France, l’étendard royal fut d’abord l’oriflamme, bannière primitive de l’abbaye de Saint-Denis, et de couleur écarlate. Plus tard on voit l’oriflamme accompagnée , puis remplacée par la bannière royale, de couleur blanche et semée de fleurs de lis d’or. A la bataille de Bouvines, le chevalier qui portait cette bannière, dès l’instant où Philippe-Auguste fut blessé et désarçonné , eut la présence d’esprit de l’élever et de l’abaisser plusieurs fois pour indiquer le danger que courait le roi.

‘ En Allemagne , presque toutes les bannières devaient se plier et s’abaisser devant la bannière impériale , portée par

LE MOYEN AGE AVANT l’l'SAGE DE LA POUDRE. 257

le prince de l’empire le plus élevé en dignité. L’emblème impérial consistait primitivement dans un ange; à partir de Frédéric 1er, il devint un aigle, non peint en image, mais . sculpté , aigle d’or, tenant un dragon dans ses serres, et placé parfois sur un carrocio (1).

L’histoire ne mentionne pas d’exercices d’ensemble pour la troupe, c’est-à-dire d’évolutions tactiques-, avant le règne de Louis XI, et ce fait montre encore combien l’individualisme dominait dans les luttes delà première moitié du moyen âge. Mais elle donne des détails précis sur les tournois , sur les joiites, dont l’origine appartient^ la France.

On s’y exerçait en général à armes courtoises ou émoussées; on y faisait briller son adresse à donner un coup de lance ou d’épée, à. esquiver ou parer un semblable coup, tout en se maintenant bien à cheval et en portant l’armure avec élégance.

Quelquefois, le duel était à outrance et allait jusqu'à la mort, ou au ipoins Y aveu du vaincu. On vit même, dans les passes dH armes , plusieurs chevaliers , associés pour la lutte, combattre bénévolement et par amour de la gloire contre un nombre égal d’adversaires installés derrière un ouvrage de fortification passagère.

Les Arabes s’exerçaient non-seulement à l’emploi delà lance, mais encore au tir des flèches étant à cheval et em-

(1 ) A la bataille de Bouvines, par exemple, sous l'empereur Olhon IV (de Brunswick).

258 HISTOIRE DE l'aRT DE LA GLERKE.

portés au galop le plus prompt. On reconnaît en eux un peuple éminemment cavalier, mettant presque en pratique ce propos exagéré, mais caractéristique, de l’un de leurs écrivains : « L’art de manier la bride du cheval forme les vingt-trois vingt-quatrièmes de 1 art de la guerre. »

§ t). BUTIN, SOLDE.

Les Francs avaient pour coutume de partager le butin entre tous les combattants et de s’en remettre au sort pour la répartition. Cette coutume se maintint longtemps parmi eux; deux faits vont nous servir a le démontier.

J’emprunte le premier à Grégoire de Tours. L ai mée de Clovis venait de piller en armes une église et d’enlever, entre autres objets sacrés, un vase de toute beauté. L’évêque réclame ce vase. Le roi des Francs promet de le restituer, s il lüi échoit en partage. Arrivé à Soissons, il le demande en effet à ses troupes avant distribution et hors part ; chacun d’acquiescer, les uns par condescendance, les autres par crainte, lorsqu’ un soldat plus osé s’avance, frappe le 'ase de sa hache d’armes, le brise et dit fermement au monarque : « Tu n’auras rien ici que par le sort (1). »

Je dre le second de l 'Histoire de saint Loys, par Joinville. En 1249, maître de Damiette, le roi de France fait rassembler le butin, en distrait les vivres et les munitions de guerre,

puis donue mission à Jean de Valcri de procéder au partage

(I) L’histoire du vase de Soissons B été reléguée parmi les tables par la critique de l’Allemagne moderne : mais M. O/.anam (î' note du cliap. 8 de sa Citilitalion chez la Francs ) semble la défendre ; c'est pourquoi je la maintiens ici.

du reste entre tes troupes; ce gentilhomme champenois lui répond en refusant cette mission : « On a toujours observé anciennement de laisser un tiers du butin à celui qui commandait et de-partager tout le reste en commun (1). Jejic scais point corriger mes pères et mes aines. S’il vous plaist me remettre les deqx parts de froment, orge, riz et autres choses qu’avez retenues, très-volontiers les disperserai aux pèlerins pour la gloire de Dieu ; autrement, ne vous déplaise, l’offre ne prendrai point. » Saint Louis ne cède point en cette circonstance, et les vivres et munitions restent acquis à l’État ; mais la protestation du chevalier de Valeri marque combien l’usage de l’égalité du partage du butin entier subsiste vivace sous un roi autrement assis dans son autorité que Clovis.

Même usage à cet égard chez les infidèles que chez les chrétiens, à la seule différence que le prince prélève le cinquième et que le cavalier reçoit le double du fantassin; telle est la prescription de Mahomet, qui veut d’ailleurs que toutes les prises soient mises en commun.

Cet usage, celui même du butin autorisé ne cédèrent qu’à l’introduction d’une solde permanente, et on le conçoit laci- Icment. L’institution de cette solde appartient à peine à la première partie du moyen âge. Pliilippe-Àuguste eut le pre? micr en France des troupes d’aventuriers régulièrement soldés; malheureusement on ne possède aucun document précis et circonstancié sur la paie qu’il leur octroyait. Une ordonnance de Philippe le Hardi, datée de 1271, c’est-à-dire de la seconde année du règne de ce fils et successeur de saint

(1) Cela fut fait à la prise de Constantinople par les croisés : dans le partage du butin , chaque chevalier reçut alors le double d’un sergent h cheval , et chaque sergent A cheval le double d’un sergent A pied j un Chevalier fut pendu pour avoir pris plus que sa part.

260 niSTOIRE DE l’art de la guerre.

Louis, fixe la solde des troupes féodales destinées à l’expédition contre le comte de Foix de la manière suivante (1) :

Chevalier hanneret

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