‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 7 sur 127 · PERSES. V · texte numérisé non relu

PERSES. V

signe de soumission la terre et l'eau ; en cas de refus, il déclarait la guerre.

Les Perses n’eurent dans l’origine que de l’infanterie rangée en gros bataillons de 24 à '30 hommes de profondeur, et armée uniquement d’armes offensives.

Mais, sous Cyrus l’aîné, l’art de la guerre reçut chez ce peuple de notables perfectionnements. Ce prince créa en effet un corps de cavalerie dont l’effectif varia entre le cinquième et le sixième de l’effectif de son infanterie; il introduisit l’usage des armes défensives , « afin que ses soldats pussent combattre de près sans crainte, et non-seulement de loin comme avec l’arc et le javelot (1) » ; il réduisit à la bataille de Thymbrée (544 avant J.-C.) la profondeur de ses troupes à 12 rangs; il parvint enfin, par une discipline sévère (2), une vie frugale et des exercices fréquents, à rendre les Perses de. véritables guerriers. '

Cyrus améliora aussi la construction des chars de guerre qui faisaient une partie importante des armées perses, et barda le conducteur du char comme le guerrier qui le montait. Il n’employa que 300 chars à la bataille de Thymbrée : une partie de ces chars, traînés par des boeufs, portait des tours crénelées de 5” de haut, où pouvaient tenir 20 archers (3). - .

-Des coureurs qui faisaient la découverte , la cavalerie, les chariots de guerre, quelques pelotons de pionniers, le bagage, puis l’infanterie, — le tout marchant en plaine sur un

(< ) Xesopiiok , Cyroptdit , n, 1.

(2) Un écrjvain a vu dans le modo do condamnation d’Orontas, seigneur qui voulut trahir Cyrus le jeune, l’origine réelle des conseils de guerre répressifs : il est probnble que cette origine remonte plus bout et se trouve mémo antérieure à Cyrus l’atné.

(3) XÉ.soi’MON, Cyroptdit, vi, t.

grand front qui se resserrait au passage des défilés, — tel était l’ordre de marche de Cyrus se rendant à la bataille de Thymbrée.

Cyrus mit au jour trois grands principes de l’art de la guerre : entretenir des troupes permanentes, tomber à l’improviste sur l’ennemi , profiter de la victoire.

Le service militaire cessait en Perse à 50 ans ; il commençait à 27, mais dès 17 ans on était astreint à tous les exercices militaires.

On distinguait deux espèces de troupes royales r celles qui occupaient le pays plat, et celles qui formaient la garnison des châteaux et lieux fortifiés; ces deux espèces de troupes, partagées, suivant le système décimal, en corps de 10, 100, 1,000 et 10,000 hommes, étaient passées une fois par an en revue par le roi. Le commandement des troupes restait indépendant du gouvernement civil , et les circonscriptions des divisions militaires différaient de celles des satrapies.

L’étendard royal de Perse consistait en une pique surmontée d’un aigle d’or déployant ses ailes; il se plaçait au centre de la première ligne. C’était aussi dans le combat la place du roi (1), qui faisait donner le signal par des trompettes au son desquelles répondait un long cri des troupes. A la bataille de Thymbrée, l’infanterie pesante, rangée sur plusienrs lignes, était au centre, la cavalerie aux ailes, les chars en avant du front et sur les flancs ; l’infanterie légère derrière le corps da bataille , et plus en arrière encore , sur chaque aile, une petite réserve.

(1) oC'Ml, dit XÉHOPno», le poste ordinaire de tons les généraux des Barbares. Ils croient qu’étant des deux côtés entourés do leurs troupes, ils y sont plus en sûreté, et qu’il ne faut k leur armée quo la moitié du temps pour recevoir leurs ordres, s’ils en ont & donner. » [lit Irai te des Dix mille , livre Ier, traduction la Luzeksk.)

l ‘ERSES.

Après Cyr us, les Perses se corrompirent, commencèrent à prendre à leur solde des mercenaires hyrcaniens ou grecs, et se formèrent de nouveau « en gros corps comme les Lydiens et les Babyloniens qu’ils avaient vaincus (1). » La cavalerie devint la principale force de leurs armées (2) ; clic se couvrit, hommes et chevaux, de fer et d’airain, et, trop alourdie par ses armures, eut de la peine à résister aux cavaleries plus légères (3) ; elle s’accoutuma, en outre, à entraver ses chevaux pendant la nuit , usage pernicieux qui la rendait presque inutile en cas d’aleile (4). Le corps d’élite, nommé les Immortels ; et formé d’infanterie et de cavalerie, fut toujours bien entretenu, bien arme; mais los autres corps, et surtout ceux d’infanterie, levés à la hâte par les satrapes suivant les besoins, manquaient de discipline et d’expérience ; ils ne valaient que par le nombre. En outre, la Perse restait ouverte de tous côtés, et ses frontières sans défense ; ceci explique les incroyables succès de quelques poignées de Grecs, et la conquête de ce pays par Alexandre le Grand.

Malgré cette décadence militaire, causée par l’inobservation des maximes de Cyrus l’aîné , les Perses étaient cependant des adversaires redoutables par leur courage. Au passage des Thermopylcs, à la bataille de Platée, ils ne le, cédèrent guère aux Grecs soit en force, soit en audace (5) ; mais, armés de piques trop courtes (6) et de boucliers fragiles

(1) Malzeroy, Cour» de tactique, tome 1er, p. ».

(2) Barthélémy, Voyage d'Anachanie, Introduction, partie II®, section î.

(3) Armer, Expt’dilione d'Alexandre , il , 5.

(4) XÉN'oi'HON, Retraite det Dix mille, livre lit.

(5) Hérodote, ix, 64.

(6) Hérodote , vu , 24 4 .

HISTOIRE DE L’ART DE LA (Kl ERRE.

construits en osier, embarrassés par un habit long (1), n'ayant d’ailleurs ni l’habileté, ni la prudence dejeurs ennemis (2), ils devaient , malgré leur armure , nécessairement succomber.

Les Perses n’avaient point de places fortes; peuple guerrier, ils ne songeaient pas à se couvrir par des fortifications, mais ils s’entendaient à faire les sièges, et exécutaient devant les villes assiégées, grâce è leurs innombrables armées, de gigantesques travaux ; ils allaient même jusqu’à détourner les fleuves et à dessécher la mer. — Au siège de Babylone, Cyrus l’aîné, ayant détourné l’Euphrate, fit entrer ses troupes dans la ville par le lit du fleuve desséché (3). — En I^gypte, le Perse Mégabaze, assiégeant dans l’ile Prosopitide les Hellènes qui s’y étaient réfugiés après avoir été chassés par lui de Memphis, parvint, au bout de 18 mois, à dessécher le bras du fleuve et à passer à pied dans Pile, dont il se rendit maître (4).

(1) Hérodote , îx, 62.

(2) Hérodote, ix, 61.

(3) XÉNOPHON, Cyropéiie, vil, 5.

(4) TurcxDiDE, i, 109.

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