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CHAPITRE II

GRECS <«

INTRODUCTION

La Grèce se divisait en petites républiques- distinctes, amoncelées sur un étroit espace (2). Les deux principales

(4) Nous ne considérons l'art militaire chez les Grecs que dans les siècles historiques. — Aux temps héroïques, l’art militaire comme la civilisation commençait à sa, développer, a Les Grecs, dit Maizehot (Cours de lactique, tome 1er, p, 29), combattaient dès lors sur les mêmes principes qu’ils ont suivis dans les siècles postérieurs, s Pendant la guerre de Troie, la marine était plus nombreuse et composée de bâtiments plus forts que pendant la guerre médiquc. A la même époque, l’infanterie, pourvue d’armes défensives, était bien disciplinée. Mais, du XIIe siècle à la fin du VIe, pendant le moyen âge où la Grèce fut plongée par suite de la conquête des Thessaliens, Arnéens et Dorions, l’art militaire déclina comme tous les autres arts : les conquérants seuls allèrent à la guerre d’une manière continue, et, comme ils étaient riches et possédaient des chevaux, on les appelait chemliers. — Ce nom de chevaliers reparaît même dans les siècles historiques , mais il n’est plus donné qu’à des corps d’élite. Voyez Précis d'histoire ancienne, par MM. Poirbox et Cjlyx, 3* édit., p. 224. Consultez, sur l’art militaire des Grecs aux temps héroïques, De l'Origine dee lois, des arte et dee eciencet , par Goguet , époque II, livre T; , Histoire de l art militaire grec (en allemand), par iitJSTOW et Kochlt, publiée à Aurait en 4852, livre l,r, A.

(2) Une particularité du sol de la Grèce peut, suivant un jeune savant, expliquer en partie ces singulières agglomérations. * La disposition des montagnes de cette contrée, écrit M. Albert Gaudrï, est en forme de réseau. Les chaînes, en se joignant entre elles, y ont ieoli plusieurs plaines qui sont de-

étaient Sparte et Athènes. Les Spartiates, supérieurs en puissance, obtinrent, lors de la guerre médique, le commandement des Ilellènes armés pour la défense commune. Après l’expulsion des Perses, les Athéniens, devenus redoutables sur mer, balancèrent l’influence des Spartiates, et les Grecs se partagèrent entre les deux peuples rivaux. Les Spartiates ménageaient leurs alliés et n’en exigeaient pas de tributs : les Athéniens, au contraire, leur dictaient des lois et leur imposaient des tribus pécuniaires (1). Cette différence dans la manière d’agir envers les alliés caractérise Athènes et Sparte.

Sparte, ville toute ronde (2), composée de bourgades mal bâties, sans maisons contiguës, n’offrait nullement l'aspect d’une ville puissante. Lcsparliculiersetlc trésor public restaient également sans argent, sans revenus, tellement que Sparte ne pouvait entretenir de marine, et se voyait obligée dans les moments de guerre d’en improviser : aussi n’eut-elle jamais de bons marins, dit Thucydide, car « la marine est un art comme un autre et veut être l’objet d’une étude exclusive (3). » Les Spartiates étaient aussi sobres que pauvres, austères dans leurs mœftrs, pleins de respect et d’obéissance pour la loi. « Artisans de guerre, suppôts de Mars, ils ne savaient, Us n’apprenaient autre chose qu’à obéir

venues chacune le rentre d’un peupla... I.cs montagnes qui entouraient ces chaîne* formaient des barrières presque inacretsiblrs à uno armée, et quelques soldats énergiques suffisaient pour les défendre contre des troupes nombreuses. Ces montagnes étaient généralement stérilet , elles no tentaient pus la cupidité des cultivateurs, ot elles mettaient entre les terres arables des intervalles assez grands pour que des discussions no pussent être soulevées sur les limites. ■ (Uns mission géologique en Grèce. — Reçue des Deux- Mondes , 1 *T août 1857.)

(1) Tiicctbidb, livre 1", cliap. <8 et 19.

(2) Poi.tbb, livre v, cbap. 5.

(3) Tjigcydidk, livre i*r, chap. 142.

GRECS

•à leurs chefs et vaincre les ennemis (1). Leur style était « court et sentencieux (2), » leur politique mystérieuse et perfide : ils se gardaient de faire connaître la force de leurs armées (3), et pour triompher tout moyen leur paraissait bon, et légitime (4). ' *

Athènes aimait le luxe et les jouissances. Reine de l’esprit et de l'art, l’école de la üellade pour les formes aimables et les heureuses dispositions de ses citoyens, cette ville était bâtie avec goût, et, à la seule inspection de ses monuments, on l’aurait jugée beaucoup plus puissante qu’elle ne l’était en effet (5). Les Athéniens combattaient avec bravoure, mais ils avaient compris que l’argent est le nerf de la guerre (6) : aussi s’occupaient-ils sérieusement de leurs finances et s’attacliaient-ils à payer exactement leurs troupes. De là le tribut qu’ils imposaient à leurs alliés et qui rapportait pour l’ordinaire 600 talents (3,300,000 francs) par an (7). Malheureusement l’administration des revenus publics ne fut pas toujours aussi bonne chez les Athéniens; ils étaient spirituels, légers, et trop souvent, par la suite, les fonds destinés aux besoins de la guerre furent appliqués à l'entretien des théâtres.

Peuples courageux et puissants, les Athéniens et les Lacédémoniens étaient dignes d’être rivaux et de sc disputer

( I ) Plutarque, Comparaison de Lycurgue et de .Vu ma, traduction Pikbrok, tome Ier, p. 171 .

(2) Polyen , livre II, chap. 1".

(3) Thdctdidk, livre v, chap. 68.

(4) Gooüet, troisième époque, livre v, cliap. 2, art, 2.

(5) TnccTDiDE, livre 1er, chap. 10, et livre il, chap. 41’.

(6) Ce n’est pa» l’nvis de Machiavel ; voyez sos Discours sur Tilt-Lire , livre il, chap. 10. a De bons soldats, y dit-il, ont bientôt trouvé de l'or. » Toutefois l’argent reste incontestablement un des nerfs de la guerre.

(7) Thucydide, livre ii, chap. 13.

la souveraineté de la Grèce : et d’ailleurs, en beaucoup de circonstances, « les Lacédémoniens se montrèrent de tous les peuples celui qu’Athènes devait préférer d’avoir pour adversaire : d’un caractère opposé -à celui des Athéniens, lenls contre des esprits vifs, craintifs vis-à-vis d’hommes entreprenants (1). » C’est principalement chez ces deux peuples que nous étudierons l’art militaire greç (2). Celte étude est intéressante, car c’est uniquement à cet art que la Grèce dut de pouvoir vaincre les innombrables armées de Xerxès, où les hommes se comptaient par millions (3).

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