‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 74 sur 127 · MACHINES DE GUERRE · texte numérisé non relu

MACHINES DE GUERRE

L’histoire montre au vie siècle le roi des Francs, Clovis, après sa victoire sur Syagrius, prenant les machines de jet du vaincu et attirant des ingénieurs romains à son service ; elle montre aussi les Oslrogoths et les Lombards agissant de môme en Italie. Bientôt les machines conquises s’usèrent et il fallut les remplacer; dans cette création deux modifications s’introduisirent : la complication de la mécanique et le gigantesque des proportions. Dans ces nouvelles machines, l’élasticité nécessaire pour le jet se produisait au moyen de poids fixes ou mobiles, et il fallait un nombre considérable de ces poids pour obtenir une faible portée et un tir lent.

C’est assez dire que les machines de jet de la première portion du moyen âge sont inférieures à celles de l’antiquité, quoique restant de la même espèce. Croirait-on, à lire cette assertion, qu’à la fin du xi* siècle (en 1086) un pont fut jeté sur le détroit de Gibraltar, entre l’Afrique et 4

(1 ) Reportez-vous a Y Histoire de la commune de Vetelay. .

l’Espagne (1), par le conquérant Juzef-ben-Tax(in ?. . . Le fut-il réellement, ou les historiens arabes en imposent-ils? Peu importe , car la citation même nous prouve un fait souvent répété, à savoir que les Arabes s’entendaient mieux aux arts mécaniques que les peuples barbares, origine des nations chrétiennes qui firent les croisades.

Les machines de jet qui nous occupent sont pour la plupart des engins à verge ou couillards, qu’on les nomme soit biffa , soit /ripantes, soit trébuchets; elles jettent avec une cuiller ou une fronde (2), suivant une courbe et par un jeu de bascule, des pierres arrondies ou des poutres; elles sont quelquefois, surtout à l'intérieur des villes, aidées dans ce tir par des arcs gigantesques dressés à demeure sur le rempart ; ces arcs , ou plutôt ces arbalètes à tour, lancent horizontalement, par im tir rasant, des pierres rondes, des traits à pointes de fer, ou des flèches incendiaires (3).

On utilise, en outre, dans les sièges plusieurs autres machines dont l’emploi correspond au caractère chicanier de la fortification de cette période, et a pour but d'affaiblir et d'arracher un à un tous les avantages alors inhérents à la défense ; ce sont :

1° Les griffes. Mues à la main ou par le mécanisme d'une

(1) \Vai.8ix Esteuhazy. De la domination turque dont l'ancienne régence d'Alger. 1840. p. 65. — L’historien espagnol, Antonio Coudé, ne parle pas Je ce préteudu pont au chap. 45 do la 3r partie de son Ihtloria de la dominacion de lot Arabes en Espana , chapitre qui truite de la première venue de Y uref en Espagne.

(2) I.a fronde donnait une portée presque double de celle obtenue avec

la cuiller ou cuilleron. Ce résultat a été vérifié expérimentalement par le général Dufour. (J/émoirr sur l'artillerie des ancien» et du moyen Age, 1X40 , V • •

(3) Le prince Louis-Napoléon Bonaparte (Éludes eur l'artillerie, tome 11, p. 26 a 37) a beaucoup élucidé la questiou déliento et difficile de l’emploi des machines de jet au moyen fige.

LE MOYEN AGE AVANT LESAGE DE Ur POCDRE. 285

grue, elles vont saisir les pierres d’un rempart pour contribuer à sa démolition , ou enlever un ennemi au milieu des siens.

2° Les échelles d'assaut. Il s’agit d’échelles pliables, soit en chaînons de fer, soit en chaînons de bois, soit en corde, pourvues à une de leurs extrémités de crochets solides ; elles se lançaient à bras ou au moyen d’une machine dans un mâchicoulis, dans une embrasure et s’y cramponnaient ; leur légèreté permettait, au besoin, une fois monté, de les tirer à soi et de les pendre à l’intérieur, pour pouvoir descendre là où l’adversaire ne se trouvait pas en force ; quelques-unes étaient disposées pour laisser monter deux hommes de front (1).

3° La perche à grimper , pourvue de sandales mobiles pour la pose du pied , tandis que l’on tient le mât avec les mains.

Indiquons aussi les muscules , espèces de tortues qui permettent d’approcher à couvert d’une porte pour la saper, d’un brèche pour monter à l’assaut, d’un fossé pour y former un pont; elles sont garnies de peaux à leur partie supérieure et admettent les formes les plus bizarres, par exemple, celle d’une tête de souris avec fentes pour tirer au dehors des dards ou des flèches. L’art de les manœuvrer est assez difficile, et on y parvient, en général, au moyen d’une corde accrochée dans les créneaux ou les ouvertures de la muraille, et que raccourcit successivement un cabestan mis en action par des chevaux ou des hommes cachés à l’intérieur: un jeu de moufles remplace souvent le cabestan.

Quant aux tours d’approche , que l’on poussait au besoin

(1) M. Rlf.sson décrit fort bien ce* échelles. Consultez son ouvrage intitulé : Gachichte du Brlayrruntkrirges oder ier o/fniins Difulig ungen, Berlin,

jusque sur le comblement du fossé , elles glissaient sur le terrain et avançaient à la manière des muscules : si elles

avaient un pont destiné à s’abattre sur le rempart, ce pont abattu, elles offraient ensuite une face aussi lisse, aussi parfaite qu’à l’ordinaire, comme Guillaume de Tyr le rapporte de celles employées au siège de Jérusalem (1099).

Les ordres de chevalerie, entre autres l’ordre Teutonique, confiaient la construction et l’emploi de leurs machines de guerre à leur grand commandeur, c’est-à-dire à leur dignitaire le plus élevé après le grand maître ; on voit la haute importance qu’ils attachaient à ce service militaire spécial.

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