CONSTITUTION MILITAIRE
Dans les républiques grecques, l’assemblée du peuple décidait la guerre en dernier ressort ; une fois celte question vidée, on mettait l’armée sur pied d’après les principes suivants :
A dix-huit ans les Athéniens étaient enrôlés dans la milice et s’engageaient par serment à sacrifier leur vie pour la défense de la patrie. Pendant deux ans, üs ne sortaient pas de
(1) Thucydide , livre viu , clinp. 96. Voyez aussi livre i", chap. 70. a On n’anrait pas plus tiré parti d’un Athénien on l'ennuyant que d’un Lacédémonien en le divertissant. • (Montesquieu, Esprit des lois, livre xix, chap. 7.)
(2) « Les lois et usages militaires des autres républiques et colonies grecques nous sont peu connus. Kn général , elles imitaient plus ou moins ou les Athéniens ou leur métropole ; quant h Lacédémone, on l’admirait plus qu’on ne pouvait l’imiter. » (Encyclopédie méthodique, Art militaire, tome III, p. 170, première colonne.)
(3) Voyez Hïkodote, livre vu . §S 60 et 1 8ü. Xerxès comprit, au passage des Thcrmopyles, qu'il avait beaucoup d’hommes, mais peu de soldais. — Le territoire de la Grèce n'était que la cent quinzième partie de celui de l’empire perse.
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rAttique(l), mais à vingt ans ils renouvelaient leur serment, et, devenus citoyens, étaient incorporés dans les armées. On était apte au service jusqu’à soixante ans (2). Lors de6 levées, tous les citoyens en âge de porter les armes devaient, sous peine d’infamie, se présenter au tribunal qu’on élevait sur la place du marché ; on les appelait à haute voix et on notait ceux que le général choisissait. Quelquefois on lirait au sort ceux qui ■devaient être enrôlés. « Ce n’est, dit Barthélemydans la relation du voyage du jeune Anacharsis (3), que dans les besoins pressants qu’on fait marcher les esclaves, les étrangers établis dans l’Attique, et les citoyens les plus pauvres. On les enrôle très-rarement, parce qu’ils n’ont pas fait Le serment de défendre la patrie, ou parce qu’ils n’ont aucun intérêt à la défendre ; la loi n'en a confié le soin qu’aux citoyens qui possèdent quelque bien, et les plus riches servent comme simples soldats. 11 arrive de là que la perte d’une bataille, en affaiblissant les premières classes des citoyens, suffit pour donner à la dernière une supériorité qui altère la forme du gouvernement. » — Athènes contenait 20,000 citoyens ; elle était divisée en dix tribus. Chaque tribu fournissait 1,000 hommes et 120 chevaux, ainsi qu’un général nommé stratège et un laxiarque, élus chaque année
(4) a C'était l’usage des Athéniens d'entretenir toujours dans leur ville et dans leur territoire uu grand nombre de troupes pour s'opposer aux invasions de l'étranger. » (TuHl'lN, Histoire du goucememenl des anciennes républiques , p. <30.)
(2) Maizkrot, dans son Cours de lactique (<783, tome Iw. p. 36) * dit seulement jusqu'à 45 ans, et quelques autours (C'arrion-KisaS, Histoire de l'art militaire, tome 1er, p. 103 ; Ciriacy . Histoire de l'art militaire che: les anciens, p. 18 de ma traduction) jusqu'à 40 ans : c’est qu’ils no donnent que la durée du service à l’extérieur. En général, au-delà de 40 uns, on n'était plus astreint qu'à la défense du territoire de l'Attiquc : cette obligation durait jusqu’à 60 nus. Ceux qui briguaient les premiers grades prenaient toujours part aux expéditions.
(3) Cliap. 40.
HISTOIRE DK L’ART DF, LA CIF.RRE.
par le peuple : le taxiarque réunissait les- fonctions de chef d’état-major et d'intendant (1). On procédait aussi tons les ans à l’élection de deux généraux nommés hipparques et de dix -chefs .nommés phylarques pour commander la cavalerie (2). Le même citoyen pouvait être réélu plusieurs fois de suite.
Les Spartiates, chez qui les vertus guerrières passaient avant toutes les autres, servaient de vingt à soixante ans, mais à chaque levée la limite supérieure d’âge était fixée. Cette limite une fois proclamée par le héraut, tous les citoyens qui ne l’avaient pas atteinte étaient obligés de se présenter et on les répartissait dans les différentes armes. La république se partageant en cinq tribus, chaque tribu fournissait un corps de milice nommé mora (3) ; il y avait en outre le corps des scirites (4), soldats d’élite qui décidaient souvent de la victoire (5). La ville de Sparte ne contenait environ que 9,000 citoyens, mais, en appelant à son aide les
(4) Suivant Carrion-Nisab ( Histoire de l'art militaire, tome I", p. 406), le taxiarque était seulement chef d’état-major, et c’était le polémarque, ou troisième archonte, qui remplissait les fonctions d’intendant et surveillait les détails de la discipline.
(2) Ba.rtiiei.emt ( Voyage du jeune Anachartit) assure en son chnp. 40 que le» stratèges et taxiarques étaient nommés par le eort, tandis que dans la tnble 3", intituléo : Tribunaux et magistrats d'Athènes, il dit qüe les stratèges, taxiarques, hipparques et phylarques étaient nommés par élection.
(3) Voyez dans le Voyage du jeune Anachartit, par Barthélémy, la note du chap. 50.
(4) Carrion Nisas [Uitloire de l'art militaire , tome Ier, p. 99) désigne le corps dai scirites comme « la plus forte et presque la seule cavalerie Spartiate,» contrairement & Barthélémy (chap. 50) et à Maizbroy ( Tactique , tome Ier, p. 48). Voyez Thuctdidk, v, 67, 68.
(5) Le lecteur , curieux de s'arrêter plus en détail snr l’organisation militaire de Sparte, fera bien de lire une excellente note de M. Coyvor-TiHRWALL, qui se trouve dans l’Appendice du tome 1er de son Histoire de la Grlce nncienne, traduit en 4852 en français, par M. Ad. Joaîtne, p. 574 A 574 de la traduction. Les pages 239 & 241 du même volume renferment aussi sur ce sujet dos renseignements utiles.
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citoyens de la Laconie, elle pouvait entretenir 30,000 hommes d’infanterie pesante et 1,500 cavaliers. Dans les cas pressants on enrôlait les esclaves. Quant aux ilotes, qui tenaient le milieu entre les esclaves et les hommes libres, il y en avait toujours dans les armées. Chaque hoplite Spartiate marchait accompagné d’un certain nombre d’ilotes ; à la bataille de Platée, ce nombre fut de sept (1). — Les deu* rois dirigeaient seuls les opérations militaires : aussi préféraient-ils la guerre, qui leur permettait de se soustraire à l’autorité des éphores, magistrats municipaux dont le pouv.oir était immense en temps de paix. — Des lois défendaient $ux Spartiates de monter à l’assaut et de se mettre en marche avant la pleine lune (2). Lycurgue leur avait encore dit : « Ne faites pas souvent la guerre aux mêmes ennemis, de peur, ajoutent des commentateurs (3), de les rendre trop habiles à vos dépens ; ne tuez pas les ennemis qui fuient, de peur qu’ils n'apprennent qu’il est plus avantageux de demeurer que de prendre la fuite (4). » — Les Spartiates aimaient la guerre ; comparée à la rude uniformité de leur vie habituelle, ce n’était pour eux qu’un temps de fêtes ; alors seulement les lois leur permettaient de se parfumer, de se parer, de prendre une nourriture plus abondante; alors seulement, après les exercices du matin, les intervalles de la journée étaient un
(1) Les ilotes, en récompense d'importants services Ou d'exploits signalés, pouvaient monter au rang de citoyen. Gylippe, qui parvint h faire lever aux Athéniens le siège de Syracuse et & exterminer leur armée, sortait de la classe des ilotes.
(2) Reportez-vous au § 22 de ue chapitre.
(3) Suivant d’autres commentateurs, cette défonso de Lycurgue aurait eu sans doute pour but de brider l'ardeur belliqueuse de ses concitoyens.
(i) Polyen, livre 1er, chap. <6. — Un auteur moderne semble croire qu’il * existait au fond de cette maxime un motif d’humanité.
temps de repos uniquement employé à divers amusements
ou à des chants en l’honneur des dieux (1).