‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 88 sur 127 · CHAPITRE p · texte numérisé non relu

CHAPITRE p

INTRODUCTION

Nous avons reconnu à la fin du volume précédent que l’art militaire, pendant la portion du moyen âge antérieure à l’usage de la poudre, était inférieur à l’art militaire antique ; dans la seconde partie du moyen âge nous allons voir cet art se relever d’un pareil état de médiocrité.

11 se relève avant tout, ne l’oublions pas, parce qu’il cesse d’étre féodal.

Avec la féodalité il n’admettait que les actes de prouesse particuliers, que l’influence individuelle; mais, la féodalité cessant, il se produit peu à peu dans la société une fusion,

et à la tête de la société lin pouvoir fort et respecté, qui amènent l'ensemble et l'influence des masses obéissant à une impulsion unique.

Cet ensemble constitue un élément municipal, bourgeois, opposé à l’élément qui prédominait jusque là, l’élément seigneurial, noble; mais, idée politique à part, il rentre mieux dans les conditions nécessaires à l’existence et au rôle des armées, et sous ce rapport forme un progrès. Ce progrès, nous allons le constater en parlant de chacune des armes, de l’infanterie, de la cavalerie, de l’artillerie, et aussi en traitant de leur combinaison, à propos delà lactique, de la stratégie .et des batailles.

Ce progrès ne sera pas le seul : nous verrons la fortification se transformer, l’attaque et la défense des places changer comme la fortification.

Avec les progrès, et par une réaction naturelle, l’agglomération des combattants, cause première de ces progrès, cause sociale surtout, car elle provient de la décadence de la féodalité qui avait vécu ce que vivent les sociétés, l’agglomération des combattants, disons-nous, c’est-à-dire l’armée, s’améliorera à son tour; elle deviendra permanente, se disciplinera, s’exercera aux manœuvres, s’administrera rapidement et en vue de ses besoins. Viennent de grands généraux, et ils auront entre les mains un instrument assez perfectionné pour qu’ils puissent innover à leur tour et d’un bond, comme procède le génie.

Ainsi, la renaissance et le développement successif de l’art de la guerre se trouvent compris dans la marche graduelle de la société; ils se calquent tous deux sur les besoins généraux, toujours prêts à les défendre ou à les satisfaire; ce n’est pas seulement à Rome, en effet, que la légion est f image ds la cité, c’est partout et toujours.

Mais à ces causes des progrès de la science des combats, causes très-frappantes dans la deuxième partie du moyen âge, se joint à cette même époque une cause imprévue, subite, une de ces inventions qui marquent un des âges du monde, l’invention de la poudre et bientôt son usage. L’usage de cet agent, qui procure au combattant une force incommensurable, sous un volume et un poids très-minimes, ne transforme pas radicalement l’art militaire; on a été trop loin en l'affirmant, mais influe profondément sur les modifications qu’il allait subir et en hâte l’avénement.

Débutons par examiner comment cet agent de guerre vint au monde.

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