EFFECTIF D’UNE BANDE DE LÉGION
Officiers. .
Bas officiers. \
Musiciens.
Soldats.
Capitaine 4
Lieutenants 2
Enseignes 2
Centeniefs 40
Chefs d’escouade 40
Fourriers 4
Sergents de bataille 6
Tambours 4
Fifres 2
Arquebusiers 286
Piquiers 54 4
Arbalétriers 200
Total
Le nombre des soldats de la bande est fixé invariablement à 1,000 par l’édit royal d’institution, mais le chiffre des arquebusiers varie de 100 à 500, suivant les légions (1); nous avons porté dans le texte un nombre moyen et pour les arquebusiers et pour les piquiers. Cette moyenne permettrait encore d’établir la proportion des arquebusiers par rapport aux autres soldats, mais on sait par l’édit que le nombre total des arquebusiers devait monter à 12,000, et ce chiffre exact fournit encore mieux ledit rapport, car à 1,000 soldats par bande, cela donne 42,000 en tout pour
(4) 400 dans la légion de Bretagne, 500 dans les légions de Guvonno et Languedoc,
LE MOÏEPf AGE DEPUIS L’USAGE DE LA POUDRE. 19
les sept légions, et 12,000 est un peu plus du quart de 42,000; ainsi il y avait une arme à feu sur quatre armes.
A lire ce chiffre de 42,000, l’on voit de quelle force les légions eussent doté la France si leur existence s’était prolongée, et cette force eût été d’autant plus grande qu’elles formaient des troupes royales disciplinées. À l’égard de la discipline, jugez de l’immense progrès par rapport aux troupes féodales, par rapport même aux troupes communales; le soldat qui parle haut, ou crie dans le rang, a la langue percée. Pour rendre et exécuter les sentences, un prévôt et quatre sergents se trouvent joints à chaque légion. A côté de la répression, la récompense ; une action d'éclat vaut un anneau d’or; qui porte un anneau d’or peut devenir lieutenant; une fois lieutenant il est anobli. Rien de plus large assurément, et nous n’avons pas mieux aujourd’hui. C’est une louange pour le vainqueur de Marignan.
Ce prince est moins persévérant que bon juge du stimulant qui convient au guerrier. En effet, les légions françaises tombèrent bientôt en désarroi ; à la fin de son règne leur disparition se trouvait consommée. On a dit que c’était faute de pouvoir trouver en France 42,000 bons fantassins, mais je préfère attribuer ce résultat à la négligence du monarque et de son gouvernement ; une volonté ferme et continue eût triomphé des obstacles et donné vie à l’institution, très-supérieure en somme 5 celle des francs-archers.
L’institution légionnaire valait mieux que la précédente, par ce motif que les soldats des légions ne servaient qu’un laps de temps déterminé, quatre ou cinq mois par exemple (1), ce qui indique une permanence marquée,
(<) C’est Calloix qui le «lit. Voy. ses Mémoires de Vieilleville, édition du Panthéon littéraire, p. 678.
beaucoup plus grande que celle des francs-archers ; sans une attestation de ce service accompli, ils ne pouvaient obtenir leur congé. Cette condition ne se retrouve ni pour les francs-archers de la première création, c’est-à-dire ceux de Charles VU, ni pour les francs-archers de la seconde création, c’est-à-dire ceux de Louis XI ; aussi, je ne saurais admettre, jusqu’à preuves nouvelles, l’opinion qui veut que les légions de François I" n’aient été qu’un rhabillage des francsarchers (1), bien que beaucoup d’anciens francs-archers aient pu paraître dans les rangs des légions, car une organisation nouvelle comprend forcément (notre histoire le prouve à chaque révolution) un grand nombre de soldats de l’organisation précédente.
Toujours est-il que depuis le commencement (2) de permanence qui signale les légions, les légionnaires, paysans tirés du labourage, soldats improvisés, ne furent pas assez guerriers, et il fallut revenir au système des aventuriers organisés en bandes ; on commua donc en impôt l’obligation du service, et avec cet impôt, dit solde des cinquante mille hommes de pied, on leva et paya « braves hommes et vaillants capitaines », suivant l’expression du maréchal de Vieilleville.
11 y avait encore peu d’infanterie, surtout aux xiv* et xv* siècles par lesquels débute la période qui nous occupe
(1) Celle ilo M. le colonel Süsane, dans V Histoire de l'ancienne infanterie française, t. I*r, p. !>6, 89.
(2) Il faut se garder de dire autre chose en présence de ce mot de 1)0 Bei.laï : « Les gens de guerre français tout inconnus let uns aux autres » (liv. vu , p. 268), quoique ce mot se rapporte sans doute ft des temps antérieurs à l’existence des légions.
dans ce chapitre, et pendant lesquels les grandes batailles de ces temps, Crécy (1346), Poitiers (1356), Azincourt(1415), furent perdues par la France. Cette remarque ne fait pas l’éloge de la cavalerie française et prône la réputation des armées anglaises. Examinons cette question de plus près.
Patriotisme, ou seulement motif d’érudition, l’on a cherché à expliquer ces trois défaites, en les considérant comme les manifestations sans réplique des vices de l’organisation féodale envisagée politiquement et militairement (1); ou, en les attribuant à la fureur des chevaliers français de toujours vouloir attaquer sans réfléchir si les circonstances se montraient défavorables (2) ; ou encore, en disant que les Anglais nous ont alors vaincus par la supériorité de leur caractère. Sans priser le peuple anglais plus qu’il ne vaut, des trois explications précédentes la dernière, je l’avoue, me séduit le plus. Mais au point de vue purement militaire, on peut en invoquer une autre, la meilleure organisation des armées anglaises à cette époque par rapport aux nôtres. Cela est facile à démontrer, et d’un mot. En France, nos cavaliei-s jalousaient la piètre infanterie qui les accompagnait, et, s’échauffant au milieu de la lutte, s’emportaient jusqu’à se précipiter sur elle et à la massacrer (3) ; il eût mieux valu ne pas la laisser arriver sur le champ de bataille, car quelle fureur aveugle de se priver soi-même d’un aide, de s’affaiblir, alors qu’on a l’ennemi en face ! C’est l’histoire d’un homme qui couperait son pied le moins preste afin d’être
(1 ) Mémoire sur la bataille de Crécy, par M. lo général Joachim Ambekt.
(t) La féodalité dam le » balaillet, par Ch. de Beadfort (185S), p. 10. — A Oourtrav , le» chevalier» français Rejetèrent dans un fossé qui couvrait en front les milices flamandes.
(3) Exemples : les batailles de Courtray (1302) et de Crécy (1346). Les chefs des deux armées françaises, Robert d’Artois et Philippo de Valois, partagent entièrement dans ces journées l'aveuglement des leurs.
plus libre de marcher à son gré avec l’autre. Pendant que les guerriers français procèdent ainsi au rebours du bon sens par un fatal abandon à la vivacité de leurs passions, comment agissent les guerriei's anglais, j’entends les guerriers nobles, ceux qui menaient les autres ? Ils commencent à combattre à pied, soit pour leur compte, soit pour diriger l’infanterie; ils attendent assez patiemment les ordres du chef, le signal de la lutte, et cherchent à nuire de loin à l’adversaire par un tir nourri et juste exécuté par leurs gens de pied ; ils essayent de placer leurs troupes d’après les circonstances locales, et se laissent rarement déposséder d’une position avantageuse.
Cette situation appelait en France la création de corps d’infanterie bien constitués, et un renversement dans les idées féodales pour que cette arme sortît enfin du dédain et du mépris où elle était tombée. Nous avons vu dans le précédent paragraphe les tentatives qui furent faites à ce sujet, et les modifications qui peu à peu s’introduisirent dans la manière de voir, au point d’amener des chevaliers de renom, comme Bayart, à la tôle des gens de pied.
La cavalerie elle-même s’améliora pendant que l’infanterie se relevait et grandissait en nombre et en influence. Elle s’améliora comme organisation plutôt que comme emploi, puisqu’à Granson et à Moral le duc de Bourgogne la fait encore combattre sur des emplacements montagneux, par la neige et la pluie, c’est-à-dire dans les circonstances les moins propices.
Elle s’améliora en mettant au besoin pied à terre (1) pour lutter avantageusement contre les archers anglais, la lance
(1) Exemples : A Cocherel, Atirav, Kosbecq , Kortnigny, Belliuzona (4423), etc.
raccourcie, les éperons ôtés et les chevaux rangés en arrière de la ligne; afin de combattre ainsi, les chevaliers bardés, alourdis par leur armures, étaient obligés de se reposer plusieurs fois en chemin et de se faire soutenir par leurs pages (1). C’était déjà reconnaître que l’art des combats demande l’universalité des ressources, et que vouloir les réduire à une charge de cavalerie, comme au premier temps du moyen âge, ne pouvait que provoquer une réaction et porter un adversaire réfléchi à prendre le contrepied de votre méthode et à opposer à vos fougueux cavaliers des gens de pied calmes et patients ; c’était aussi faire preuve d’un courage sensé, et vouloir réparer les fautes passées par une façon d’agir d’autant plus méritoire qu’elle était presque impossible (2). En passant ainsi par le creuset de l’épreuve personnelle, les chevaliers en vinrent à apprécier l’utilité de l’infanterie.
La cavalerie s’améliora encore en cessant de se ranger en haie pour le combat. Cela vint peu à peu. Originairement, avec la formation en haie, les chevaliers seuls, les nobles, jouissaient du privilège de voir l’ennemi face à face et de l’attaquer ; quant aux suivants, ils étaient postés en arrière, à une distance (3) suffisante pour qu’ils prissent part à la lutte uniquement en auxiliaires, et encore en réalité leur coopération fut-elle toujours rare (4). Quand on renonça au préjugé qui séparait ainsi, au préjudice du résultat final,
(1) Olivier Dt la Marche, édition du Panthéon littéraire, p. 464.
(2) Devant Padoue , Baj art avoue qne a c’est un passe-temps assez fâcheux pour des hommes d'armes que d’aller à pied».
(3) A guarani» pat, suivant Montgommebt, Mut. dt la milice, 1602, p. 433.
(4) Voir notre t. I*r, p. 250, 251 . « Avec la distunce d’une hnie à l’autre, l’espace occupé était immense, » remarque M. d'Alüeguikr, p. 40 des Principe! de cavalerie, 4843.
autrement dit à l'avantage de l'ennemi, la cavalerie en deux parties, dont une dédaignée et inutile, les suivants ou archers se mêlèrent (1) avec les hommes d’armes; un armement mixte s’en suivit, et l’on eut de véritables escadrons rangés sur trois rangs de hauteur, puisque chaque chevalier ou homme d’armes se trouvait accompagné d'au moins deux archers.
A quelle époque peut-on faire remonter cette fusion et l’adoption des escadrons sur trois rangs? Il semble assez difficile de la déterminer, sauf pour la France, car La Noue (2) affirme que notre gendarmerie a combattu en haie jusqu'à Henri II, c’est-à-dire pendant toute la période examinée dans ce chapitre. Toujours est-il que ce mode de formation profonde vint des Allemands, et qu’il existait bien avant la bataille de Montcontour (156 9) puisque Charles-tjuint le trouva établi et le consacra (3). Il le consacra toutefois avec un changement. Dans les escadrons profonds, déjà en usage en Allemagne, la profondeur avait été jusqu’à égaler l’étendue du front, et ces premiers escadrons affectaient la forme carrée (4). Cette forme exagérée constatait une réaction contre la formation en haie : déjà réduite avant Charles- Quint à 17 rangs, elle fut portée par ce prince à 8 ou 10
(I) Ne l'oublions pas, cette amélioration , base de la permanence réalisée dans la onvalerie, se produit uniquement pnree que cette arme cesse d'être exclusivement féodale.
(î) 15' Discours.
(3) On assure que le système d'escadronner se trouvnit déjà en usage sous Charles le Téméraire : je n’ai pas rencontré 1a preuve de ce fait.
(4) La première forme adoptée par les AUeinnnda pour leurs escadrons fut celle en coin, le dernier rang occupant une étendue ti peu près double du front du premier. La forme carrée vint ensuite; dans cette nouvelle formation les cavaliers, portant la lance et une nrmtire complète, se plaçaient aux premiers rangs et sur les flancs, tandis que les cavaliers équipés à un cheval ou armés légèrement se tenaient en arriéré. Consulte! Geichichte ier Kriegikuntl, par Hovek, Goettiugue. 1797, t. 1er, p. 174.
rangs de profondeur (1). Quoi qu’il en soit, cela suffit à notre thèse de ce moment, savoir que la cavalerie s’améliore dans la seconde partie du moyen âge, en n'admettant dans chaque groupe que des cavaliers de même espèce et en les plaçant sur plusieurs rangs pour offrir une plus grande résistance au choc.
La cavalerie s’améliore également alors en devenant permanente. Avant l’existence des escadrons de reîtres, ou tout au moins avant Charles-Quint, la France avait donné l’exemple.
Vers 1445 (2), on ne possède pas la date exacte, Charles VII institua, en effet, 15 compagnies d’ordonnance (3) de 100 lances fournies chacune, ce qui, à 6 hommes par lance (4), formait un total de 9,000 cavaliers. C’était une force imposante si elle eût été tenue complète, mais des congés l’amoindrirent bientôt. Toutefois, devenue troupe permanente et composée d’hommes éprouvés, choisis un à un par les capitaines que le roi (5) nommait, celte cavalerie nouvelle gagna comme habileté guerrière et même comme
(1) Éludes sur le passé et / avenir de l’arlitlerie, pur le prince Louis-Napoléon Bonaparte, t. l,r, p. 1 62.
(2) Déjà en 4373 Charles V avait divisé les gendarmes en roules (compagnies) de 400 hommes, commandées par des officiers à sa dévotion, et avait fait ainsi une transformation de troupes féodales en troupes royales.
(3) I.e connétable de France avait déjà depuis longtemps une compagnie d’ordonnance à son service: comme il réglait la police de l'armée, Cochet DE Sa viony, dans son Dictionnaire de gendarmerie (4845), considère cette compagnie comme l’origine de la gendarmerie en tant quo guet ou troupe de police ; il croit même que la première dénomination de la gendarmerie prise dans ce sens fut celle de cette compagnie.
(4) L'homme d’armes et 5 suivants, soit 4 page, 4 coutillier et 3 archers. La lance fournie fut quelquefois de sep! et même de huit hommes, y compris l'homme d'armes. Elle descendit ensuite A trois seulement, 4 homme d'armes et 2 archers.
(5) Chaque compagnie avait pour la commander I capitaine, 4 lieutenant. 4 guidon et 4 enseigne.
HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl'ERRE.
discipline (1) ; sous ce rapport elle remplaça avec avantage ces soldats errants, ces aventuriers dont les sobriquets maudits ne sont pas môme dignes de l’histoire. Les compagnies d’ordonnance françaises prirent aussitôt une place honorable parmi les bonnes troupes européennes, à la tôte même de ces troupes nous pouvons dire; et depuis, quoique réduites comme effectif, elles ont conservé cette réputation pendant toute la durée de l’ancienne monarchie.
Jusqu’à la fin de l’époque qui nous occupe, la gendarmerie, malgré les améliorations susmentionnées qui la mettaient au moins sur le pied d’égalité avec l’infanterie, malgré surtout les progrès et l’avenir de cette dernière , la gendarmerie , disons-nous, se crut la plus forte, car comment expliquer autrement, même en tenant compte de l’imprudence et de la fougue de la jeunesse, l’acte du duc d’Enghien qui, à Cerisoles (1544), attaqua 5,000 piquiers et arquebusiers avec 1 ,000 cavaliers seulement. On voulait d’ailleurs lui conserver encore le caractère d’arme principale, puisqu’en 1477 un traité de la milice composé à Naples (2) demande, dans une armée de 20,000 hommes, 12,000 chevaux pour 6,000 hommes de pied. Le revirement ne s’opéra réellement que sous Charles VIII, qui, dans les 30,000 combattants qu’il réunit à Lyon en 1494 pour son expédition de Naples, introduit 18,000 fantassins.
Au début de la période qui nous occupe dans ce chapitre, la cavalerie légère était peu de chose. Elle se réduisait aux archers des lances fournies et aussi à quelques arbalétriers à cheval, dits crennequiniers.
(1) On astreignit les guerriers îles compagnies d’ordonnance à payer tout ce qu’ils prenaient, et ce fut toute une révolution, révolution essentielle pour le paysan.
(2) Trallalo délia mililia, par ÜR8U DBGLl Orsini, folio 3.
LE MOYEN AGE DEPl'IS L’iSAGE DE LA POUDRE. 27
C’est uniquement quand Charles VIII, et plus tard Louis XII, entretinrent dans leurs guerres d'Italie des stradiots à leur service que la cavalerie légère revêtit quelque considération. Ces stradiots, vêtus à la turque sauf le turban, étaient Grecs (1) et venaient de Morée ou d’Albanie ; élevés à la dure, ils couchaient, s’il le fallait, toute l’année dehors, et possédaient d’excellents chevaux turcs (2). Ils ne portaient, pour se couvrir les bras et les mains, que des manches et des gants de mailles ; une épée large leur pendait au côté; ils avaient la masse accrochée à l’arçon et dans la main une zagaie de 4 mètres ferrée aux deux bouts ; pour coiffure une salade et une cotte (ou par-dessus) courte et sans manches (3). La zagaie ou bâton ferré leur servait surtout pour combattre à pied, ce qui leur arrivait parfois; ils faisaient alors l'office de piquiers. On les appelait aussi batteurs d’estrade, sans que le mot estrade (4) ait du rapport avec leur nom , mais par ce qu’ils servaient d’éclaireurs : Louis XII en compta jusqu’à 2,000 dans son armée.
Indépendamment des stradiots, la France possédait des cavaliers légers nommés argoulets qui combattaient ordinairement en fourrageurs. Armés à peu près de la même manière, ils avaient en outre, à la droite de l’arçon, une arquebuse de 82 centimètres de long (5). On en voit figurer 2,000 dans nos troupes à la date de 1409. C’étaient en général de mauvais soldats, très-pillards, que les paysans avaient baptisés du sobriquet de croque-moutons.
(1) Leur nom venait du mot grec OTf xr.iumt, soldat.
(î) COMIKKS, Vin, 7.
(3) Moktoommery, Mst. de la milice française , p. 139.
(4) Dérivé saus doute de l'italien strada , chemin.
(5) Cette arquebuse se plaçait dans an fourreau de cuir bouilli.