‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 95 sur 127 · ORDRE DE BATAILLE DES SUISSES · texte numérisé non relu

ORDRE DE BATAILLE DES SUISSES

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valles et son en escadrons serrés et réguliers. Le second rang des gendarmes soutenait alors le p rentier comino un corps séparé en soutient de nos jours un autre dans une action. Voyez Hist. des grande < querelles entre C hurle s- Quint et François l,r, par M. DE G., 1777; Introduction ou Description de l'art de la guerre sous ces deuaitmonarquea, p. 52.

(1) Cour» de lactique, 1785, t. IV, p. 362.

L’usage (l’une réserve, assez rare alors, mais que nous avons signalé dès 1268 (1), et dont la bataille d’Auray offre encore un exemple (1512), comme nous venons de le dire, cet usage laisse d’autres traces. Ainsi, à Ravenne, le corps chargé d’observer cette ville et d’assurer la retraite formait une espèce de réserve (2) aux ordres d’Ives d’ Allègre. Ainsi, les Espagnols emploient une réserve à Pavie et à Cerisoles (3).

Dès la lin du xv* siècle, l’on semble moins prompt à livrer bataille : « Qui que ce soit, écrit Comines (4), est bien à craindre de mettre son estât en hazard d'une bataille, qui s’en peult passer.... Vray est que les conquérants les doibvent chercher , pour abréger leur œuvre , et ceulx qui ont les bonnes gens de pied, et meilleurs que leurs voisins. »

Au xvi* siècle on pratiquait mieux la prudence qu’au xiv* et au xv* ; nous pouvons en alléguer deux preuves. Bayart, la bataille de Ravenne gagnée, dit au duc de Nemours : « Ne tirez plus, avant rassemblez vos gendarmes, empêchez qu’on ne pille, ne quittez point d’ici que n’ayons été reconnaître les fuyards, » ce que le prince promit et ne fit point, malheureusement pour lui (5). François 1er livra la bataille de Pavie malgré l’opinion de plusieurs de ses lieutenants qui proposaient de se retirer à Binasco, de lever le siège et de ruiner l’ennemi par l’inaction (6).

(1) Voyez notre t. Ier p. 274.

(2) Oeechichte de» Kritgswcsent (par ClKIACT et Brandt) , 3” partie, Berlin, 1835, p. 204.

(3) Voyez sur la réserve et le nombre des ligues dans l’ordre de bataille le § 9 du chapitre suivant.

(4) Uémoiree, livre II, chap. 2.

(5) Hitl. de Bayart, par Alfred de Terbebabse, 4828, p. 333.

(6) Ce fut l'avis formel de I.a Palicc. Voyez le Ditcoun que Brantôme consacre à ce capitaine, qui commanda deux Ibis en chef les forces françaises en Italie par l'élection de l'armée.

Quant à la disposition des troupes dans l’ordre de bataille, l’infanterie et la cavalerie se trouvent mêlées : ainsi à Cerisoles (1544) la cavalerie occupe les intervalles et les flancs des trois batailles formées par les gens de pied. Précédemment les arrangements étaient plus variés : à Douai, par exemple (1 521), les Français mettent leur gendarmerie au centre, et leur infanterie sur les ailes. A Salzas (1 503), le duc d’Albe rangé sa gendarmerie sur trois lignes, l’infanterie et l’artillerie à droite de la gendarmerie, la cavalerie légère sur les deux ailes (1). A Ravenne (1512), les Espagnols réunissent leur cavalerie en une seule troupe, ce qui indique qu’elle n’était pas sur les deux ailes comme à Salzas, et adoptent une disposition générale en demi-cercle sur le penchant d’une colline; afin de les envelopper, les Français, apprenant cette disposition par des prisonniers, étendent leurs lignes en forme de croissant, évitant ainsi, d’après le funeste exemple donné par Charles le Téméraire, à Moral, trente-six ans plus tôt (2), de placer leur armée sur un champ de bataille trop étroit.

Pendant l’action on visait surtout aux chevaux, afin de démonter l’ennemi (3).

La fortification à murailles élevées avec tours pourvues

(1) Geschichte de r Kriegekunst, par IIorEK, t. 1er, p. 176 et 177.

(2) Reportez-vous sur cette bataille aux Vorleiungen uber Kriegsgetchichle, par J. v. H. (M. le général deHabdego), Darmstadt et Leipzig, chez Zernin, t. II, p. 41.

(3) N’onblions pas un usage du temps; le roi faisait porter dans nne bataille, quand il y assistait, ses reliques, témoin Gabriel de la Bondiuièrc, valet de chambre de Charles VIII et chargé de cet office , qui se laissa faire prisonnier à la bataille de Fomoue (1495). Voyez Mémoires de Commgnts, VIII, 12.

(le créneaux et de mâchicoulis (1) subsiste encore ; les villes fortes ont un château ou .citadelle , comme les châteaux forts ou forteresses particulières ont un donjon.

Dès la fin du xiv" siècle on couvre les portes de ville par un rempart en terre qui prend le nom de boulevert ou boulevard ; quelquefois ce rempart reçoit des palissades, comme à Chatellemult en 1371. Ces bouleverts servent aussi à augmenter la force de l’enceinte sur divers points. Tel est le changement le plus important apporté dans la fortification permanente par l’artillerie à feu lors de ses débuts.

Dans la seconde moitié du xve siècle , on remarqua l’avantage offert par les murs terrassés, qui amortissaient le choc des boulets et diminuaient les éclats de pierres, mais en répugnant à les employer, par la raison que, le mur abattu , la terre tombait avec lui et formait une rampe commode pour gravir au travers de la brèche.

Cependant, on en vint à construire, à l'intérieur des points menacés , des remparts en terre , et pour flanquer ces remparts, ou encore la vieille enceinte, on éleva des casemates ou des bastions (2) ; mais ce dernier mot ne veut pas

(1) On appelait ainsi dos ouvertures verlicalet pratiquées outre les pierres d'encorbellement qui soutenaient le parapet crénelé et en saillie de la partie supérieure des murs et dos tours, a Nous croyons, dit M. de Freminville, que c’est des Arabes, lors des croisades, que nous avons emprunté cette sorte d’ouvrage de fortification. Celles des Romains ne présentaient pas de mâchicoulis; les anciennes forteresses normandes et anglo-normandes, dont les débris nous restent encore, n’en ont pas non plus. Knfin nous n’en avons jamais trouvé dans aucun ouvrage de fortifications françaises antérieur à i’an 1 100. » Hit loin de du Guetclin, Brest, 1841 , p. 446.

(2) Les bastions indiqués par Baptiste de la Voile dans son livre Vallo (1524) sont de petits forts ronds ou carrés. (Ce livre, paru en 1524, a eu dix éditions en trente-quatre ans.) Machiavel parle aussi de batliont ronds. N’onblions pas que ce dernier auteur signale l’état de faiblesse des places fortes italiennes avant l’invasion de Charles VIII en Italie (voy. son Art de la guerre, livre vu), c’est-à-dire avant l’adoption réelle de la fortification bastionnée dans ce pays; reportez-vous à co sujet à notre § 10 du chapitre qui suit.

dire que ce fût encore la fortification baslionnée comme nous l’entendons aujourd’hui, fortification dont le principe était connu, mais non mis en pratique (1).

On modifie aussi les étages inférieurs des grandes tours pour y placer de l’artillerie et obtenir des feux rasants, afin de battre la campagne au loin (2). Pendant que l’on augmente ainsi la difficulté des approches , la hauteur conservée des murs garantit contre l’escalade.

Le mélange des défenses anciennes et nouvelles, la multiplication des tours, l’apparition de réduits isolés par des fossés; en un mot, l’accumulation des précautions, voilà ce qui caractérise la fortification de ce temps. 11 suffit de voir un plan de quelque vaste château de la fin du xv* siècle ou du commencement du xvi* pour en être convaincu.

Si nous en croyons Hoyer, on employait en campagne, pour couvrir des postes isolés de 50 à 300 hommes, de petits retranchements improvisés de forme ronde, triangulaire ou polygonale, consistant en un parapet avec fossé, garnis même de palissades ou d’abattis ; mais cet auteur n’appuie son dire d’aucune preuve.

On campait avec soin. Charles le Téméraire donna luimême, en 1468, l’exemple d’un camp fortifié. Les Italiens construisaient alors leurs camps assez vastes pour que toute leur armée y pût tenir « en bataille (3) et en ordre». Comines nous l’apprend au sujet de Fornoue (1495).

Nous trouvons à la fin de celte période un camp parfaite-

(1) Cette différence est nettement posée un t. II de» éludes tur le paetè tl l'atenir de l'artillerie par le princo Lodis-Napoi.KON, p. 133, 434.

(2) M. VlOLLET LE Dec, à la p. 460 de son Essai eur l'architecture militaire du moyen ige} décrit le» embrasures à feu du château de Bonaguil, pré» Villeneuve-d’Agen, construit au xv* siècle.

(3) Cela ne signitie pas dans une ordonnance aussi étenduo qu 'aujourd’hui.

lUSTOiUK 1)E l’art l)E LA GUERRE.

ment ordonné : c’est celui dressé par le connétable de Montmorency (alors grand maître), près d’Avignon, alors que les Impériaux, descendus en Provence et marchant de Fréjus sur Brignolles, venaient de battre en ce dernier point les sieurs de Montcjean et de Iloisy. Ce camp, dont le but consistait à couvrir et à rassurer les troupes françaises, fut placé entre le Rhône et la Durance, le Rhône lui servant de voie pour ses approvisionnements, et la Durance le protégeant contre les approches de l’ennemi. 11 fut entouré et clos par un fossé profond , large de 2 4 pieds au niveau du sol, et de 16 pieds en son fond. Des rigoles transversales conduisaient l’eau dans un fossé longitudinal qui courait au milieu du camp et assainissait de la sorte l’assiette du sol en le séchant. Chaque troupe reçut un quartier nettement déterminé ; des rues séparaient les divers quartiers. Au centre , pour dominer l’ensemble, un tertre sur lequel s’élevait le logis du connétable. Tous les matins les capitaines venaient prendre ses ordres, et il inspectait avec eux une portion des tentes. Ce camp fut établi en quinze jours, y compris le rempart de terre sis à l’intérieur du fossé, et formé avec les terres qui en provenaient ; des flancs et des plates-formes aux endroits nécessaires augmentaient la force de ce parapet , de telle sorte que l’artillerie y étant placée pouvait atteindre l’adversaire de front et de flanc (1).

Au sujet de la fortification passagère et des campements, nous pouvons remarquer que la tendance vint au xvic siècle de ne pas faire camper une armée vis-à-vis d’une autre sans fortifier son camp. Lenti (1544), qui appartient presque à cette période, en est un exemple. Ces camps prirent bientôt

(t) Mémoires de Guillaume du Hellay, livre vu, dans lu collection Petitot, t. il! de ces mémoires, i>. " I u 74.

LE MOYEN AGE DEPUIS L’i'SAGE DE LA POUDRE. 57

un grand degré de force, comme l’atteste le témoignage des contemporains (t).

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