‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 96 sur 127 · ATTAQUE ET DÉPENSE DES PLACES · texte numérisé non relu

ATTAQUE ET DÉPENSE DES PLACES

Froissard nous apprend comment Edouard 111, en 1347, entoura d'un fossé son armée entière pendant le siège de Calais. Cinquante ans plus tard, Christine recommande aux assiégeants l’usage des tranchées, dont les Anglais se servent, en 1418, au siège de Rouen. Ainsi, pendant que les défenseurs s’enfonçaient, par rapport aux murailles anciennes et élevées, et se garantissaient au moyen de la tefre, les assaillants s’enfoncaient aussi sous le sol et se couvraient d'un masque de terre.

Cela diminue peu à peu la grande quantité de bois exigée par les attaques (2), et dont parle Christine de Pisan dans son Livre des faits d'armes. Pourtant, les tranchées furent employées comme moyen d’approche, concurremment avec les couverts en bois pendant tout le xv” siècle.

L’artillerie vint d’abord en aide à la défense et lui rendit la supériorité sur l’attaque. On conçoit combien devait réussir une sortie après qu’elle avait été préparée par le feu de plusieurs canons. Cette situation dura tant que les bouches à feu, puissantes contre les combattants, restèrent inefficaces contre les murailles (3), c’est-à-dire jusqu’au milieu du

M) ütichichle dti Krttgiwutn» , 3' partie, Berlin, 1835, par le major ce Brandt, p. 588.

(2) Notamment par lea baatillea de bois quo lea Anglais emploient encore au siège d’Orléans , et auxquelles le feu de l’artillerie de la place cause les plus graves dommages.

(3) En 1422, les Hussites levèrent le siège de Carlstein après y avoir jeté

xv' siècle. En 1450, grâce aux progrès de son artillerie, Charles VII réduit soixante villes et conquiert la Normandie en un an; en 1475 et 1477, Louis XI voit beaucoup de places céder aux efforts de ses canons; sous Charles VIII, l’artillerie continue à acquérir une grande influence dans les sièges. Un instant l’attaque reprit la prépondérance ; ce fut au commencement du xvi' siècle, sous Louis XII ; mais bientôt la fortification se renforça par un plus grand nombre de remparts et de retranchements en terre, et ressaisit ainsi une partie de son efficacité (1).

On semble parfois, en fait de défense de place, d'une grande imprudence. — Vers 1345, les Français, s’étant emparés pour Charles de Blois du château du Conquest, la comtesse de Montfort renvoie Gautier de Mauny, qui assiège à son tour les conquérants et pénètre dans le château par la brèche de la veille (2) : fermer cette dernière eût été d’une bonne précaution, mais on n’y avait mémo pas songé. — En 1385, trop faible pour assiéger Corbie, Boucicaut se met avec 28 hommes en embuscade, puis envoie défier la garnison par le reste de ses combattants. Les Anglais, insultés, sortent et se laissent entraîner au loin, ne pensant pas qu’ils abandonnent la ville presque sans défense. Boucicaut y court, s’empare du pont-levis, attend la garnison, la taille en pièces quand elle revient, puis somme les ennemis restés dans le donjon et obtient leur reddition (3).

1 4 ,000 boulets et de nombreux projectiles incendiaires. — En 1 453, Constan tinople fut pris sang que le canon eût fait brèche a ses murs. — Eu t 465, les canons postés sur la muraille de Paris contribuèrent vigoureusement à éloigner les Bourguignons.

(1) Étudee sur l'artillerie, t. II, p. 447.

(2) Chroniques de Froissard.

(3) ffiil. de Boucicaut , La Haye, 4744 , in-46, p. 20.

L’art des mines à poudre prit non pas naissance, mais une place réelle dans les sièges en 1503 : son application perfectionnée fut due à Pierre de Navarre (1) et eut lieu aux sièges du Château-Neuf et du château de l’Œuf à Naples.

(<) Fuit prisonnier à ln bataille de Ravenne, Pierre de Navarre, mis en liberté par François Itr, prit du service en France.

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