‹ Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquitéChapitre 12 sur 30 · DOMINE MARTI VIVAS (P£. LXXXIIE · texte numérisé non relu

DOMINE MARTI VIVAS (P£. LXXXIIE

Ce qui semblerait donner à cette allocution le caractère d'un souhait usité dans le com— merce de la vie.

Unves cxéraires. — Il est un autre produit des ateliers de verrerie, bien plus abondant, bien plus répandu que ceux que nous venons d'énumérer, qu'on rencontre presque partout.

Nous voulons parler des urnes dans lesquelles on déposait, après l'incinération des corps, les cendres des morts et les débris de leurs os calcinés par le feu, et connues sous le nom d’ollæ dans l'antiquité.

Ces urnes, dites cinéraires, sont généralement, pour les sépultures ordinaires, de verre commun. Leur forme la plus habituelle est sphéroïdale. La plupart sont à simple collet, avec ou sans pied à la base. (PL. LXXXIV, r, c. et Pr. LAXXV, r, Q.)

Quelques autres, tout en affectant la même forme, ont dû appartenir à des sépultures plus riches, ainsi que le trahissent : là, la blancheur du verre ; là, sa riche coloration (Pe. LXXXIV, », &, k, L); là, les doubles anses du vase (PL. LXXXIV, 5, 1).

Quelques urnes plus élancées et d'un dessin plus élégant, de verre incolore, sont égale ment armées d’anses doubles et mème quadruples, et, de plus, ont un couverele en pointe ou à bouton, également de verre. (PL. LXXXIV, c, et PL. LAXXV, 5, r.)

Il n’en était pas de même des urnes cinéraires communes, qui n'étaient jamais closes et qu'on couvrait avec une simple tuile ou un plateau de terre cuite.

Toutes les urnes cinéraires sont généralement de verre uni. On en trouve cependant, par exception, à pans coupés, à côtes, à cannelures.

Le vase dont nous donnons le dessin (PL. LXXXIV, 8), si l'on devait lui reconnaitre un caractère cinéraire, rentrerait dans une de ces catégories.

On rencontre encore des urnes en forme de bocal carré, à une ou à deux anses (PL. LXXXIV, a, et PL. LXXXV, v, r). Elles sont habituellement d'un verre plus épais et tirant sur la couleur de notre verre à bouteilles. Ces ollæ carrées se rencontrent le plus généralement dans le nord-ouest de l’ancienne Gaule.

Citons pour ses dimensions une de ces ollæ (Pr. LXXXIV, 4), conservée au musée des

1 Recueil d'antiquilés, tome Ie.

HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 71 antiquités de Rouen, laquelle n’a pas moins de 40 centimètres de hauteur, sur 19 de large. Elle contenait des cendres humaines.

On en a trouvé également dans l’urne carrée v (PL. LXXXV).

C’est en Normandie qu'ont été exhumées ces deux urnes de verre.

Les urnes de verre destinées aux sépultures, qu'on se procurait dans les fabriques de verrerie au moment des funérailles, à défaut d'inseriptions spéciales et personnelles, auraient pu en recevoir par avance de générales, admises dans les rites funéraires : comme, par exemple, VALE, SALVE, etc. On en connait bien peu dans ce cas.

Une urne carrée, à deux anses (PL. LANXV, 8), qui a été découverte à Lillebonne en 1864, fait une heureuse exception. Elle porte sous son pied, tracées en relief, les lettres

suivantes :

S VB

que nous interprétons par SalVe Bene, hommage rendu à la mémoire du mort. En effet, cette urne renfermait des débris de chair musculaire imprégnés de graisse, ainsi que l’a constaté l'analyse chimique *.

La Normandie, cette terre féconde en épaves antiques, va nous livrer encore une longue urne de verre carrée, armée d’une anse (PL. LAXXV, mu), sous le pied de laquelle se dessine circulairement, en relief, une inscription dont les deux premiers mots seulement sont restés lisibles et apparents :

IVSTITVI CLAV.....

Si l’inscription fût sortie complète’ du creuset du maitre verrier, elle nous eût appris sans doute, si e’était son propre nom de fabricant, JUSTITUlus CLAUdius, qu'il avait voulu tracer, ou bien celui du personnage dont cette urne était destinée à recevoir les cendres.

Nous pouvons citer une troisième urne sur laquelle sont incrustées les six lettres ci-après,

qui forment, du moins, un tout complet :

Nous n'hésitons pas à les interpréter par GeNiTor Moœrens DeDicavit ?.

Les urnes cinéraires de verre, qui devaient être déposées en pleine terre pour les sépultures ordinaires, étaient habituellement introduites dans un grand vase sphérique de terre cuite, du genre dolium, destiné à les préserver contre le choc ou la pression des corps environnants.

1 Précis de l'Académie impériale de Rouen, années 1864-1865, p. 190. 2 Cette urne de verre a été découverte à Arles,

On était dans l'obligation presque loujours, en empruntant ces dolum au ménage du mort, d'en agrandir violemment l'ouverture, trop étroite pour livrer passage à l'olla ciméraire. L'ouverture était ensuite close par une tuile superposée à plat, horizontalement (Ps. LXNXAXV, s). C'est ainsi que nous en avons exhumé un nombre assez considérable en Normandie; il en existe plusieurs au musée des antiquités de Rouen. (Voyez aussi page 41, PL. XLVII.)

Quelquefois les urnes cinéraires, au lieu d'être enfermées dans des vases de terre cuite, étaient placées dans des urnes ou coffres de plomb. Un tombeau de Pompéi en a donné un spécimen remarquable, dont nous reproduisons le dessin (Pr. LAXXXV, r). Nous en avons trouvé également en Normandie, mais beaucoup plus simples.

Presque toutes les urnes cinéraires étaient de verre incolore ‘. Nous pourrions en citer, par exception, une de cette catégorie dont le collet était coloré en rose. (PL. LAXXIV, ».)

Les urnes de verre de couleurs jaune, verte, bleue, rose, violette, qu'on rencontre çà et là (voy. Pi. LANXXIV, K, 1), accusent des sépultures plus riches. On en à mème exhumé de verre doré, provenant d'un columbarium à Nimes ?.

Au premier rang des urnes cinéraires connues, il faut placer le beau vase du Musée Britannique, désigné sous les noms de Barberini et de Portland, qui fut découvert rempli de cendres, au xvr siècle, dans un superbe sarcophage de marbre blane, sur la route de Tivoli à Rome; qu'on imagina tout d'abord avoir contenu les restes de l'empereur Alexandre Sévère, supposition que rien ne justifie .

Ce vase, qui aflecte la forme d'une amphore (PL. LAXNVIT, »), est de verre bleu, sur le fond duquel se détachent, en verre blane mat, des figures composant deux tableaux ou scènes qui garnissent circulairement la panse du vase. (Voy. PL. LXXXVI.)

Ces sujets, fort obscurs et fort incertains, ont exercé l'imagination d'un grand nombre de savants. L'un, préoccupé de l'idée que ce vase avait contenu les cendres d'Alexandre Sévère, et lui avait appartenu, a vu, dans Ia femme assise (Pr. LXNXVI, 4), Julie Mammée, sa mère, et dans le serpent qu'elle tient à la main une allusion au songe qu'on prète à cette impératrice, d'être accouchée d'un serpent, la veille du jour où elle mit son fils au monde *.

Un autre, tenant toujours pour le nom d'Alexandre, substitue à Mammée Olympias donnant le jour à Alexandre le Grand, fruit de son commerce avec Jupiter Ammon.

Montfaucon, transformant de sa pleine autorité le serpent qui est dans la main de la femme,

1 Les cendres des gens de basse condilion où pauvres étaient recueillies dans des pots de terre; celles des puissants, dans des urnes d'or. Le verre était réservé pour la elasse moyenne.

? Musezut, Antiquitatum relliquiæ, pl. LAXXVI.

$ Alexandre Sévère était mort dans la Gaule, où on lui dressa un cénotaphe; ses restes furent déposés dans un tombeau à Rome : « Cenotaphium in Gallià, Romæ sepulerum amplissimum meruit. » (LAmeripe.)

4 « Mater (Alexandri Severi) pridiè quàm pariret somniavit se purpureum dracuneulum parere. » (LAMPRIDE.)

en cygne, en fait une Léda, et, ne tenant pas autrement compte du cygne, place devant elle Jupiter en chair et en os, dans sa propre forme, ainsi qu'il s'exprime !.

D'autres érudits se sont rejetés sur Thétis : d'après celui-ci, se défendant avec un serpent de la poursuite de Pélée; d'après celuilà, au contraire, Fattirant à soi pour jouir de ses embrassements.

C'est à cette dernière supposition que s'est rallié le savant Millingen, dans l'explication qu'il a donnée de ce curieux vase ?.

Si l'on admet avec lui qu'on doive reconnaitre dans le premier bas-relief (4) Thétis, au serpent qu'elle tient dans sa main, attribut avec lequel elle se trouve représentée sur plusieurs monuments, le sujet s'expliquerait naturellement :

Pélée, conduit par l'Amour, qui vole devant lui, sort de son palais et vient enlacer son bras à celui de Thétis. Devant elle serait Nérée, son père, ou l'Océan, son époux, qui, tous deux, d'après les poëtes, furent consentants à cette union *.

Le second bas-relief (») s’expliquerait plus difficilement, 1 est permis de se demander comment il se rattacherait aux aventures de Pélée et de Thétis.

Dans cette femme à demi nue, couchée sur un rocher, tenant à la main une torche renversée, emblème ordinaire de l'existence de la vie, faut-il voir encore, avec le savant Millingen, Thétis simplement endormie *, telle que la dépeint Ovide dans ses Métamorphoses, exposée aux regards amoureux et aux embrassements de Pélée?

Mais quelle est cette autre femme assise à l'écart sur le roc, qui tient les yeux fixés sur Thétis? Millingen en fait la nymphe du mont Pélion, sur lequel il place cette scène qu'Ovide nous fait voir dans une grotte au bord de la mer”.

Millingen a passé sous silence cette figure drapée, vue à mi-corps, qui se dessine sous le pied du vase, qu'il n'aura pas remarquée, laquelle avait fixé avant lui l'attention de Montfaucon (PL. LXXXVIT). Comment expliquer sa présence à cet endroit? Est-elle étrangère aux sujets figurés sur le vase, ou bien s’y rattache-t-elle, et dans quel sens?

Montfaucon se contente de dire que cette « figure d'homme porte un bonnet phrygien et » lient le doigt sur sa bouche à la manière des Harpocrates. Il ne saurait en dire autre » chose, »

1 L'Antiquilé expliquée, 1, V.

2 Ancient unedited Monuments, p. 27.

3 Tüm Thetis humanos non despexit hymenæos, Tüm Thetidi pater ipse jugandum Pelea sensit, Et Oceanus, (CATULLE, Epithalame de Thilis el de Pélée.) Le visage exprime plutôt la souffrance que le sommeil ; les yeux paraissent ouverts.

L Est specus in medio naturà factus an arte ; Jlic te Peleus, ut somno victa jacebas,

Occupat, ele.

(Mélamorplo:es, 1.b. XI.)

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