‹ Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquitéChapitre 13 sur 30 · FE · texte numérisé non relu

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Il est évident que cette figure sort de la même main qui a tracé les sujets représentés sur le vase. L'artiste a-t-l obéi à une pensée unique, ou s'est-il laissé aller à son imagination, à un simple caprice, en la dessinant? Nous ne nous hasarderons pas à le décider.

Quels que soient en définitive les sujets dont l'artiste chargé de décorer ce vase ait eu l'intention de l'embellir, on peut du moins affirmer, d'après la beauté du dessin et la grâce de la composition, qu'il appartient à une époque où l’art était encore dans sa splendeur. Nous ne pensons pas qu'on puisse le faire descendre au delà des premières années du n° siècle.

Ce magnifique vase, trouvé parfaitement intact, et qui fut acquis de la famille Barberini, qui en était propriétaire, par le due de Portland, au prix de 2000 livres sterling (50,000 franes de notre monnaie), fut brisé en 1845 par un fou au Musée Britannique, dont il faisait un des principaux ornements. Il a pu, heureusement, être réparé et rétabli dans son état primitif

uen a pas été de mème de ce beau plateau, également à fond bleu, avec ornements de verre blanc mat en relief, que nous avons pu restituer, il est vrai, mais par le dessin seulement, à l'aide du précieux fragment que Pompéi a légué au musée de Naples. Au centre du plateau apparaît une tête barbue, celle du dieu Pan ou d’un Satyre, entourée de branches de pin, le tout d'une grande élégance. (PL. LXXNNIIL.)

Une urne cinéraire de simple verre blane irisé, de la même forme et de la même dimension que celle du Musée Britannique que nous venons de décrire ci-dessus, et également ornée de dessins, fut découverte, vers le milieu du siècle dernier, dans un tombeau à la porte de Pise. Brisée par les ouvriers qui l'avaient exhumée, on ne put en sauver qu'un large fragment, celui dont nous donnons le dessin. (Pr. LXXXIX.)

On y reconnait facilement une course de chars dans le cirque. D'après la dimension circulaire du vase accusée par ce fragment, qui en représente la moitié, la course devait se composer de quatre quadriges. On n'en voit ici que deux à peine.

Au-dessus de l'arène où s’élancent les chars, s'étend la spina. À gauche, sont les trois cènes (metæ) indicatifs du but, qui sont accompagnés d'une palme d’un côté, de l’autre de symboles de victoire. A droite, s'élève un petit temple entre deux colonnes surmontées de la statue de la Victoire. Vient ensuite l’édicule, sur la corniche duquel on dressait successivement, durant la course, les pierres rondes et dorées, dites, de leur forme, les œu/s des courses (ova curriculorum), dont le nombre, qui n’excédait jamais sept, répondait à celui des tours exigés pour les chars.

Passieri, qui avait recueilli ce curieux fragment, laisse entendre que les dessins ne se détachaient point en relief sur le corps du vase, comme ceux de l’urne du Musée Britannique, mais qu ils étaient ciselés à même le verre (graphicè exornata). Les seuls mots inscrits sur

1 Nous avons déposé au musée des antiquités de Rouen une copie exacte de ce rase, moulée sur l'original.

HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 175 ce fragment, CLAVDIA ZEZES, malgré le sujet représenté, sembleraient trahir une allusion chrétienne.

Quoi qu'il en soit, pour ne parler que de l'exécution matérielle, en faisant la part de la difficulté du procédé de la ciselure, le dessin de cette urne, qui est si loin d'égaler celui du vase Portland, doit la faire reporter aux temps avoisinant l'époque du Bas-Empire.

Nous avons dit, au début de cet ouvrage, que c'était en Syrie et en Egypte que l’art de la verrerie avait fait son apparition dans l'antiquité et s’y était développé avec le plus d'éclat. Sidon et Alexandrie en devinrent les foyers.

La réputation des verreries de Sidon se perpétua jusqu'aux temps de l'empire romain. Lucien, qui écrivait sous les Antonins, ne trouvait de comparable à l'éclat d'une jeune femme que le verre sidonien, 4 Sdmyx Dedos.

Alexandrie ne déchut pas davantage, si mème elle n'éclipsa pas sa rivale. La chute de l'empire romain n'entraina pas celle de ses verreries.

Le trésor de Saint-Mare de Venise, indépendamment de deux jolis vases antiques, de verre, dont nous avons montré le dessin ci-dessus (PL. AIT et XXXIV, p. 21-36), en possédait un troisième, simulant le cristal, de la forme du canthare armé de son anse (pendebat cantharus ans), et posant sur un pied supporté par des pattes de lion surmontées d'un oiseau aux ailes éployées. (PL. XC.)

Sur la panse du vase sont deux lions accroupis, en regard, séparés par des branchages d'enroulements. Au-dessus de leur tête, se dessine une inscription en caractères arabes, tracée de droite à gauche, qui nous apprend que ce vase a appartenu au calife fatimite

Aziz Billah, lequel régnait sur l'Egvpte et sur la Svrie dans la seconde moitié du x° siècle de 2 T Du u

notre ère :

A IAAUAUATErEMET

L'ISMAN AZIZ BILLAR !.

Ce calife avait épousé une chrétienne, et en avait eu un fils, qu'il fit nommer patriarche d'Alexandrie.

Ce fils aurait-il fait fabriquer cette superbe aiguière par un des maîtres verriers d'Alexandrie, pour en faire don à son père? Il est permis de le supposer. Mais je m'aperçois qu'Alexandrie nous a entrainés au delà de la limite que nous nous étions tracée, revenons à l'antiquité.

FIOLES TUMULAIRES DITES LAGRYMATOIRES. — Aux cendres contenues dans les urnes cinéraires se trouvent presque coustamment mêlées de petites fioles de verre à culot arrondi, à long

1 Les caractères qui précèdent ceux que nous avons transcrits et dont nous donnons la traduction, n'ont pu être interprétés d'une façon satisfaisante par le savant orientaliste M. Reinaud, auquel nous devons la clef de cette inscription.

col (PL. XCI et XCIT), auxquelles on a donné le nom de fioles lacrymaloires, comme ayant reçu, lors de la cérémonie des funérailles, les larmes des parents ou des pleureuses à gages.

Nous sommes plus porté à croire qu'elles étaient destinées à recevoir les baumes et les parfums, accompagnement obligé des funérailles antiques.

A l'appui de cette opinion, nous citerons la présence, dans quelques-unes de ces menues fioles sépulcrales, de petites cuillers à parfums, qu'on y avait laissées, ainsi que nous le rappelions ci-dessus (page 68) ’.

Nous avons trouvé nous-même, dans une de ces fioles, des restes de baume desséché.

Une de ces petites fioles, de verre blanc ordinaire, découverte, dit-on, en Egypte (PL. XCIT, 5) offre cela de particulier, qu’elle a été enveloppée d'un réseau de brins de roseau, ou de toute autre plante, restés encore en place, bien que desséchés, dans le but évident de protéger le verre ?.

Après avoir versé sur les cendres du mort les baumes et les parfums, on déposait dans l'urne cinéraire les fioles vides. On en faisait de même des gobelets et coupes, généralement de verre (PL. XCIV), avec lesquels on versait le lait et le vin sur le bûcher.

Nous avons recueilli nous-même, dans plusieurs sépultures antiques, un nombre assez considérable de ces verroteries, que nous avons déposées au musée des antiquités de Rouen. (Voy. Pc. XCIet XCI-)

Nous y avons joint deux petits godets (PL. XCIIT, c, ») de forme sphérique, de verre blane, qui contenaient encore, lorsque nous les exhumâmes, grâce à la soudure de verre dont leur orifice avait été clos, le liquide incolore, à l'état transparent, qu'on y avaitenfermé en les déposant dans la sépulture.

Si l’on doit admettre, ainsi que le disent les poëtes, que des larmes fussent recueillies dans

les funérailles et réunies aux cendres, avec les parfums, les baumes, le lait, le vin, le miel,

Et nostri memorcs lacrymæ fundantur eodem *,.…

Mixta bibunt molles lacrymis unguenta favillæ f.

peut-être ces petits godets renfermaient-ils des larmes.

Nous venons de dire que toutes ces fioles tumulaires étaient d’un fort petit module. Il en est qui descendent aux proportions les plus minimes; mais, en même temps, il en est quelquesunes qui s’allongent outre mesure. Le tableau comparatif que nous mettons sous les yeux du

1 Rever, Mémoires sur les ruines de Lillebonne, 1821, p. 61.

? Au musée égyptien du Louvre.

Nous ferons remarquer, comme étant également rare et curieuse, celte double fiole accouplée (Pr. XCI, 4), dont nous n’avons rencontré jusqu'à présent que deux similaires; laquel'e, peut-être, avait contenu le lait et le vin des funérailles.

3 Truice, lib. IN, eleg. 11.

4 Ovine, Fastes, lib. Il, vers 568.

HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 17 lecteur lui fera saisir mieux que ne le ferait une description écrite la distance quiles sépare (PL. XOV). Nous dirons seulement que la plus grande de ces fioles (4), qui atteint 49 centimètres de longueur, existe au cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale. La seconde (5), de #5 centimètres, est au musée d'Arles; la plus petite (E), au musée des antiquités de Rouen. Cette dernière petite fiole mesure à peine 2 centimètres de longueur.

Qu'on jette encore un coup d’æil sur les spécimens de notre Praxcne XCVL, ils achèveront

la démonstration.

SERVICE DE TOILETTE. — Aux fioles tumulaires ordinaires, ayant reçu du vin, du lait, des baumes et des parfums, vient se rattacher une série de petits vases destinés à la toilette. offrant, pour la forme, une analogie remarquable avec les flacons à essences dont les magasins de nos parfumeurs sont tapissés ; soit imitation traditionnelle, soit que le même usage et la disposition des tables de toilette des dames aient nécessité dans l'antiquité et fait adopter de nos jours les mêmes formes, la même combinaison.

Il est à remarquer que ces petits flacons portent souvent des estampilles ou marques, soit du fabricant de l'essence, soit du marchand qui la mettait en vente, ainsi que cela se pratique de nos jours.

C'est ainsi qu’un de ces petits flacons carrés, à long goulot arrondi, montre sous son eulot le nom abrégé de Firmus (FIRM) tracé en relief, et sur ses quatre côtés le dessin de la plante principe de l'essence contenue dans le flacon. (PL. XOVIE, 4.)

Le même nom reparait, à la même place, sur plusieurs autres flacons semblables, mais accompagné (circonstance curieuse) de deux autres noms (Pr: XCVIL, », c, et PL. XOVITE, €) :

FIRM. HILARI ETYLAE

Nous les retrouvons reproduits ailleurs de la facon suivante :

FI RM M 7 IILAR IAA TYLAF. 3AI

Ces estampilles, qui ne sont pas toujours bien venues à la fonte du verre dans le moule, surtout pour le dernier mot, ont été plus ou moins bien lues et interprétées par les savants qui se sont occupés de ces curieux petits flacons.

Hätons-nous de dire que l'examen attentif que nous avons fait des flacons c, p, E des PLaxcues XCVIT et XCVIIT, dont les caractères sont parfaitement tracés, et que nous avons

! A Pérouse, en Italie.

crues s-même. ne permet aueun doute sur l: ière dont leurs inscriptions doivent dessinés nous-même, ne permet aucun doute sur la manière dont leurs inscriptions doiven être lues. La voici :

FIRM HILARI ETYLAE.

Une polémique assez animée s'est élevée entre MM. Loriquet, bibliothécaire de la ville de Reims, Conestabile, conservateur du musée de Pérouse, et le savant M. Detfefsen, sur l'interprétation de ces estampilles, auxquelles tous sont d'accord pour reconnaitre un caractère mercantile.

Le conservateur du musée de Pérouse, qui, dans l’origine, avait pris l'estampille pour une inscription étrusque ‘, après lui avoir restitué son caractère latin, coupe en deux, de sa pleine autorité, le mot ETYLAE, qu'il lit ET—YLAE; ce que ne justifie aucune des inscriptions en nature que nous avons vues et examinées.

Il traduit ainsi :

« Firmus, fils d'Hilarus et d’Yla. »

FIRMus HILARI ET HYLAE filèus.

Tous les textes, ajoute-t-il, doivent être ainsi rectifiés et entendus ?.

M. Loriquet, qui repousse, avec raison, cette interprétation, au lieu d'ETYLAE, lit ATYLAR, nom dont il fait un collyre destiné à guérir la {ylosis des yeux, et qu'il qualifie de collyre aromatique de Firmus Hilarus.

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