‹ Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquitéChapitre 3 sur 30 · M © DH C EN · texte numérisé non relu

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« Ennion fecit. »

L'ART DE LA VERRERIE EN Ecvypre. — L'Egypte, si avancée dans les arts industriels et marchant en tête des peuples civilisés, avait pratiqué l’art de la verrerie de toute antiquité.

1 En 4852, dans les fouilles exécutées à Kertch. (Voy. Antiquités du Bosphore Cimmérien.) 2 Ce petit vase, et un autre au même nom, sont conservés au musée de Modène.

On découvre, dans les ruines des monuments de l’époque pharaonique, indépendamment de vases de verre d’un usage ordinaire, de petits vases de verre mat ou translucide, de couleurs les plus riches et les plus variées, qui dénotent un art très-avancé.

Nous en reproduisons ici quelques spécimens coloriés, dessinés de grandeur naturelle. (PL. Il.) |

On remarquera tout d'abord : Ce petit flacon à essence, en forme de lotus, la fleur sacrée des Égyptiens, de verre bleu mat, avec filets jaunes et blancs (4).

Cet autre flacon (p), armé de deux petites anses ou attaches, et orné de simples zigzags se détachant en bleu sur le fond blanchâtre du vase.

Les trois petits vases, E, Fr, &, affectent la forme des amphores, avec ondes et zigzags se dessinant, là (r) sur uu fond rouge violacé, là (e) en blanc sur fond bleu, là enfin (c) en bandes jaunes sur fond bleu moins foncé.

Le quatrième vase, du genre pomiforme, sans pied (8), est gris violacé, avec ondes blanches et jaunes.

Beaucoup plus petit que le précédent, et du mème genre pomiforme, le cinquième vase (6), à fond bleu cobalt, semé circulairement de bandes blanches, bleues et jaunes, qui provient du musée égyptien de Boulae, se fait remarquer par son originalité. En effet, il est armé de trois anses, et toutes trois de couleurs différentes, deux de côté, une par derrière. Des deux

anses latérales part un bandeau en relief, de verre jaune, qu end sous le pied du vase. Au même point de départ se dessine, horizontalement, un « double fil bleu et blane, qui embrasse le tour du flacon et retombe sur sa panse, . uerrière, sous forme

de bouts pendants; motif plus qu'original et dont nous ne connaissons point un second exemple.

Nous pourrions multiplier ces produits de l’art égyptien, et faire ressortir toute l’habileté des artistes verriers de la terre des Pharaons. Citons seulement, en passant, pour donner une idée de leur adresse et de leur recherche, ce petit lion, de terre cuite émaillée, du musée égyptien du Louvre’, dont les yeux, incrustés en verre, ont tout l'éclat de l'œil de l'animal vivant et jettent le même feu.

L'art de fondre et de souffler le verre était pratiqué en Égypte dans les temps les plus reculés.

Ces procédés se trouvent reproduits sur les sculptures des grottes de Beni-Hassan-el- Gadim, qu'on dit avoir été exécutées sous un roi de la xvin® dynastie; ce qui leur donnerait une antiquité de plus de 3000 ans : c’est, à coup sùûr, la plus ancienne représentation de la fabrication du verre qui existe.

On y voit (PL. III, à) deux ouvriers assis devant un brasier allumé, tenant à leurs

lèvres un long tube de métal, la canne, au bout de laquelle pend attaché le manchon de

1 Salle civile, armoire B.

verre en fusion, mis au contact du feu, auquel leur souffle va donner la forme du vase qu'ils sont chargés d'exécuter.

Sur l’autre tableau (8), l'artiste semble avoir voulu montrer l'opération complète : un des ouvriers retire du feu, avec deux baguettes de métal, le morceau de verre en fusion, que son camarade, en regard, va cueillir au bout de la canne, puis qu'il réchauffe au brasier, afin de pouvoir le soumettre au soufflage.

Un troisième compagnon, le maitre verrier peut-être, tient d'une main le petit vase achevé, et semble montrer avec une espèce d’orgueil, dans sa main droite dressée en l'air, le morceau de matière vitreuse d’où est sorti ce joli objet ‘.

Indépendamment des sculptures des grottes de Beni-Hassan, les savants de l'expédition d'Égypte ont signalé la présence de débris, en nature, d’un atelier de verrerie, près des lacs Natron, au milieu des sables du désert ?, qui doivent remonter, selon toute apparence, à un âge également reculé.

Des bouleilles de verre coloré, découvertes sur le sol de Thèbes, portaient le nom d'un roi qui régnait, dit-on, 1900 ans avant notre ère *. S'il n'y a pas exagération ou erreur, les vases de Sargon, des ruines de Ninive, dont nous avons parlé ci-dessus (page 2), perdraient beaucoup de leur haute antiquité.

On ne pourrait pas en dire de même de ce petit gobelet irisé, à festons noirätres (Pc. IV, a), trouvé sur la terre des Pharaons, sur la pause duquel brille le cartouche-prénom de Thoutmès IH, qui régnait sur l'Égypte il y a 3500 ans.

Il est curieux de retrouver ce même cartouche (PL. V, pb) sur le granit du grand obélisque, aujourd’hui connu sous le nom d’obélisque de Saint-Jean de Latran, enlevé de Thèbes par Constantin et transporté à Rome par son fils Constance : un petit vase de verre n’a pas cédé au granit pour braver les siècles.

Nous allons retrouver encore ce cartouche tenant la première place sur un monument célèbre, la Table des rois ou des ancélres, découvert dans les ruines du palais de Karnack, où Thoutmès II est représenté debout, son cartouche en tête (PL. V, €), devant les longues rangées dynastiques de ses ancètres.

L'apparition du nom de cet illustre pharaon sur ces immortels monuments ne donne-t-elle pas un nouveau prix à notre fragile petit verre à boire?

Si l’on devait lire, avec le savant conservateur du musée égyptien du Louvre, M. de Rougé, sur le flacon dont nous donnons le dessin (PL. IV, »), le nom d’Amenret, qu'il pense être l’'Amyrtée des historiens grecs, ce flacon n'aurait, comparativement au petit gobelet que nous venons de décrire, qu'une faible antiquité, Amyrtée n'ayant régné en Égypte que

1 Ilest à remarquer que le pelit vase ici représenté est absolument semblable au verre à libations qu'on voit si souvent, sur les monuments, dans la main de ceux qui offrent le vin aux divinités égyptiennes.

2 Mémoires de l'expédition d'Egypte.

3 Journal des savants, novembre, année 1844. On ne nomme pas le roi.

quatre siècles avant notre ère; mais il se recommanderait par un autre mérite, celui de la

matière. En effet, ce flacon est du plus beau cristal, et a été travaillé avec une rare délicatesse.

L'art de la verrerie se perpétua en Égypte sous la domination grecque.

Les ouvriers verriers d'Alexandrie ne durent pas manquer de quitter leurs ateliers, le jour de la pompe de Ptolémée Philadelphe, pour voir passer et suivre des yeux les deux verres dorés, étalés parmi les dépouilles de l'Asie ”.

L'art de la verrerie resta florissant sur le sol égyptien. Il finit par se concentrer, sous la domination romaine, à Alexandrie, « cité riche, opulente, disait l’empereur Hadrien, dans laquelle personne ne reste oisif: les uns soufflent le verre, les autres fabriquent du papier ». I n’y dégénéra pas : plus d’un siècle plus tard, au temps d’Aurélien, il contribuait pour une part notable dans le revenu que Rome retirait de l'Égypte ?.

Est-ce des ateliers d'Alexandrie, au temps de la domination romaine, qu’étaient sortis : cette tasse à boire, de verre incolore; ce petit collier de perles blanches, vertes, jaunes, violacées, et même ce flacon à anse, de verre bleu cobalt (Pr. V, À, 8, c), placé dans les vitrines des antiquités égyptiennes au Louvre? Nous sommes porté à ne pas leur donner une plus grande antiquité; car nous ne saurions reconnaître dans ces pièces de verrerie le type et le caractère égyptiens des âges reculés.

Les verriers d'Alexandrie n'avaient pas besoin de tirer leur matière première de la Syrie, d'aller la demander au fleuve Bélus. Strabon raconte qu'il leur avait entendu dire qu'il existait en Égypte une certaine terre à verrerie, sans laquelle il était impossible de faire des ouvrages de quelque somptuosité et de diverses couleurs *.

C'est avec cette terre, avec ce sable siliceux, qu'ils avaient fabriqué ces verres à boire offerts à l’empereur Hadrien, lors d'un de ses voyages en Égypte, d’où il les adressait en cadeau au consul Servianus : «Je t'ai envoyé, lui écrivait-il, des verres chatoyants, de diverses couleurs, qui m'ont été offerts par le prêtre du temple. Ils sont particulièrement destinés à toi et à ma sœur. J’entendsqu’aux jours de fêtes tu les serves aux convives ”. »

£ ATHÈNÉE, Liv. V, C. XXxXIX.

2 «Civitas opulenta, dives, in quà nemo vivat otiosus : alii vitrum conflant, ab aliis charta conficitur. » (Vorrecus, in Saturninum.)

3 « Vectigal ex Ægypto urbi Romæ Aurelianus vitri, charta, lini constituit. » (Ibex, 4bid.)

4 «Ego vitrariis Alexandriæ audivi quamdam terram vitrariam esse in Ægypto sine quâ sumptuosa quædam et multorum » colorum opera perfici requisitum. »

5 «Culices tibi allasontes versicolores transmisi quos mihi sacerdos templi obtulit, et tibi et sorori meæ specialiter » dicatos quos tu velim in festis diebus conviviis adhibeas. » (Voriscus, n Saturninum.)

Nous nous sommes abstenu de rendre, ainsi que l'ont fait la plupart des traducteurs, le mot allasontes par trisés. L'irisation ordinaire du verre, ainsi que l’a expliqué le savant chimiste M. Regnault, étant due à sa décomposition, provoquée par un excès d’alcali dans le verre et par un séjour prolongé dans un milieu humide, il est impossible d'admettre qu'Hadrien eût destiné des verres dans ces conditions à la table de Servianus. Ce don fait en commun à Servianus et à la sœur d'Hadrien indique suffisamment qu'ils étaient unis en mariage. En effet, l'historien d'Hadrien, Spartien, nous apprend que la sœur d'Hadrien, dont il nous donne le nom, Pauline, élait mariée à Servianus, soror Pauiina nupta Serviano.

Plus tard Hadrien, qui, dans sa lettre d'envoi à Serviapus, le trailait de sontrès-cher (Serviane charissime), le forçait de se donner la mort. Servianus se fit-il servir le poison dans un des verres chatoyants d'Egypte ?

Gallien, entre autres présents qu'il adressait à Claude, son lieutenant et son ami, ne crut pas lui en faire un plus agréable que celui de dix verres égyptiens taillés de diverses façons. « Calices Ægyptios operisque diversi decem. » (Tresecuvs PoLuio, in Claudium.)

Les Égyptiens travaillaient le verre au tour, et en le ciselant avec une telle délicatesse, qu'ils s’'exposaient souvent, ainsi que nous l’apprend le poëte Martial, à perdre le fruit de leur travail :

Calices vitrei.

Aspicis ingenium Nili, quibus addere plura Düm eupit, ah! quoties perdidit auetor opus.

T'asses de verre.

«Tu vois l’art égyptien, combien de fois l'artiste, désireux d'enchérir encore, a perdu son ouvrage ! »

Le mème poëte disait encore :

« Jeune esclave, enlève ces vers ciselés de la brûlante Égypte, et donne-moi, d’une main qui n'aura rien à craindre, des verres à boire ordinaires. »

Tolle, puer, calices tepidique toreumata Nili Et mihi secura pocula trade manu.

C’est bien probablement d'Egypte que provenaient ces grands gobelets de verre qu'Apulée, au temps d'Hadrien, montrait étalés, sur une table de festin, à côté des coupes de cristal, d’or et d'argent !.

VASES MURRHINS ET DE CRISTAL DE ROCHE. — Les fabricants de Thèbes et d'Alexandrie imitaient avec le verre les vases murrhins et de cristal de roche, qui étaient d’un si grand prix dans l'antiquité :

« Vasa vitrea et murrhina (disait Arrien) in urbe Diospoli (Thèbes) elaborata. » — « Fit » et album et murrhinum imitatum », disait Pline, en parlant d'Alexandrie.

Ces imitations étaient fort prisées. Aussi Vérus, ce prince si recherché, si ami du luxe, croyait-il faire honneur à ses convives en leur faisant verser à boire dans des vases murrhins et de cristal d'Alexandrie : « Donatos etiam calices singulis potiones, murrhinos et crystallinos » Alexandrinos quoties bibitum est ?. »

Étaient-ce ces mêmes vases murrhins et de cristal d'Alexandrie, du service impérial (pocula crystallina et murrhina), que Marc-Aurèle faisait vendre aux enchères, en plein forum *? Ou bien ces vases mis ainsi à l’encan étaient-ils du vrai cristal de roche, du vrai murrhin°?

1 « Sigillati ampli calices, variæ quidem gratiæ sed pretiositatis unius: hic vitrum fabre sigillatum, ibi crystallum » impunctum ; argentum ibi clarum et aurum refulgens. »

Auguste, après la prise d'Alexandrie, se contenta de garder pour lui, de toute la vaisselle royale, un seul petit verre murrhin: «Alexandrià captà (dit Suétone), nihil sibi præter unum myrrhinum calicem, ex instrumento regio, retinuit.»

2 CarTouiN, Verus.

3 «In foro divi Trajani vendidit. » (CaprrociN, Marcus Antontius, ©. xvi1 et XXI.)

VASES MURRHINS. — On connaît le cristal de roche. Qu'’était le murrhin?

Cette question, longtemps controversée et encore incertaine, touche de trop près à l’art de la verrerie, pour qu'il nous soit permis de la passer sous silence.

De tous les auteurs de l'antiquité, car c’est à eux qu’il convient de s'adresser tout d’abord, Pline est le seul qui nous ait laissé, dans son grand ouvrage sur l'Histoire naturelle, une description du murrhin.

Après avoir raconté que Pompée fut lé premier qui fit voir, à Rome, lors de son triomphe sur les nations asiatiques, des vases murrhins, dont il en déposa six dans le temple de Jupiter Capitolin, Pline continue en ces termes :

« L'Orient nous envoie les vases murrhins. C’est là, en effet, qu'on les trouve en plusieurs lieux, même peu renommés; principalement dans le royaume des Parthes, et plus partieu— lièrement en Carmanie. On pense que la substance du murrhin se condense sous terre par l'effet de la chaleur. Nulle part elle n’excède les proportions des petits abaques ”, rarement elle dépasse l'épaisseur d'un verre à boire ordinaire. L’éclat des vases murrhins est tempéré, et, pour être dans le vrai, ils sont plutôt brillants qu'éclatants. Leur mérite est dans la variété des couleurs, qui circulent par plaques pourpres et blanches, et, en troisième lieu, par des veines de feu passant comme à travers la couleur, en illuminant le pourpre et le blanc laïteux. Il en est qui prisent par-dessus tout leurs franges et certains reflets simulant les couleurs de l’arc-en-ciel. A d’autres plait la densité des plaques, car la transparence.et la pâleur sont regardées comme un défaut. D’autres attachent du prix aux taches et verrues *, non proéminentes, il est vrai, mais dans le corps même, ainsi qu’elles le sont le plus ordinairement. Enfin, on prend en considération l'odeur *. »

Pline ne parle point des procédés employés pour la manipulation et la transformation du murrbiu en vases usuels. [l n’en dit pas un mot.

Si l'on doit prendre à la lettre sa description, dans tous ses détails, il en ressortirait que le

! Ces petits abaques (parvi abaci) doivent s'entendre de petits morceaux de tabletterie, de cases de damier, et autres menues pièces du même genre.

? Ces taches, ou espèces de verrues, passent au contraire, dans nos aleliers, pour un défaut: on y donnes. aux verres qui en sont atteints, le nom de verres galeux.

Quant à l'odeur que Pline, en terminant, prêle au murrhin, elle pourrait peut-être nous donner la clef de ces vers de Martial, peu compris jusqu’à ce jour :

Si calidum potas ardenti myrra falerno Convenit et melior fit sapor indè mero.

3 «Oriens murrhina mittit. Inveniuntur enim in pluribus locis nec insignibus, maximè Parthici regni, præcipue » tamen in Carmaniä. Humorem putant sub terrâ calore densari. Amplitudine nusquam parvos excedunt abacos; » crassitudine raro quanta dictum est vasi potorio. Sed in pretio varietas colorum subinde circumagentibus se in » maculis in purpuram candoremque, et terlium ex utroque ignescente veluti per transitum coloris in purpura ru- » bescente aut lacte candescente. Sunt qui maxime in iis laudent extremitates et quosdam colorum repercussus quales » in cœlesti arcu spectantur. His maculæ pingues placent; translucere quidquam aut pallere vitium est. Item sales » verrucæque, non eminentes sed ut in corpore eliam plerumque sessiles. Aliqua et in odore commendatio est. » (Lib. XXXVIL, c. 1.)

murrhin naturel n'aurait existé qu'en morceaux tellement menus, qu'il eût été absolument impossible de les utiliser, sans obtenir leur agrégation par le feu, à la façon des sables 2 D D ?

vitreux.

C’est ce qui aurait eu lieu, si l’on en croit un poëte du temps d’Auguste : ? O Properce, énumérant les objets de provenance lointaine, capables de séduire une femme, y comprend les vases murrhins, cuits, dit-il, par le feu chez les Parthes :

Murrhæaque in Parthis pocula cocta focis.

Le murrhin devait avoir une affinité marquée avec le verre, pour que les vases fabriqués à son imitation par les artistes verriers d'Alexandrie reçussent le nom de verre murrhin (vitrum murrhinum). ;

Pausanias assimile les vases murrhins aux vases de verre et de cristal, pour la fragilité ; il les range tous dans la même catégorie.

Nous avons interrogé les anciens, passons maintenant aux modernes.

Les uns transforment le murrhin en onyx, en sardoine, en obsidienne, en albâtre, en pierre précieuse, bien que Pline ait eu bien soin de distinguer le murrhin de ces diverses matières, auxquelles il consacre des mentions spéciales ".

Les autres, tant soit peu excentriques, font du murrhin une espèce de gomme, de l’écaille de poisson, de la pierre de Lar, de la porcelaine de Chine *.

Un des savants de l'expédition d'Égypte, l'ingénieur de Rosières, dans un mémoire sur le murrhin, déclinant ces diverses suppositions, et en même temps repoussant le témoignage de Properce, n'admettant pas qu’un poëte soit compétent en pareille matière, prétend, s'appuyant, dit-il, sur le récit de Pline, que le murrhin, dans lequel il voit un minéral naturel, n’est autre chose que le spath-fluor, autrement dit fluorure de calcium *.

1 De toutes ces matières, l’onyx, sans être pour cela du murrhin, élait celle, aux yeux des anciens, qui, par son aspect et sa rareté, se rapprochait le plus du murrhin. Aussi Properce ne craignait-il pas de donner à l’onyx le surnom de

murrhinien.

..s.. Crocino nares Mmurreus ungat onyx.

Héliogabale, dit Lampride, plaçait dans sa garde-robe, pour ses menus besoins, des vases d’onyx, à côté des vases murrhins : « Onus ventris auro excepit, in murrhinis et onychinis minæit. »

2 Les savants qui se sont prononcés pour la porcelaine de Chine se seraient-ils laissés entraîner par l'épithète de picta que Martial donne aux vases murrhins ?

Surrentina bibis? nec myrrina picla, nec aurum Sume, .….

Ils auraient dû faire la réflexion que, dans la langue poétique, pictu peut aussi bien s'entendre de colorés que de peints. Au surplus, le poëte lui-même, ailleurs, traduit son épithète de picta par celle de maculosa :

Plorat Eros quoties maculosæ pocula myrræ Inspicit..….

3 Mémoires de l'expédition d'Egypte, Antiquités.

1n HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ.

Un minéralogiste distingué, M. Beudant, qui s'est rallié à cette opinion, s'exprime ainsi :

« M. de Rosières a prouvé, d'une manière assez positive, que la matière des vases murrhins, si célèbres dans l'antiquité, n’était autre chose que du fluor. En effet, les descriptions que Pline nous a laissées de ces vases sont conformes mot à mot à celles des variétés de fluor qu'on emploie encore aujourd'hui, pour la vivacité des couleurs, leurs teintes, leurs reflets particuliers et leurs dispositions en zones; par la dureté, l'éclat et la demi-transpare nce de la pierre ‘. »

Ces deux savants ne se sont point arrêtés à l’objection que nous avons soulevée, touchant l'exiguité des morceaux du murrhin accusée par Pline, n’ignorant pas que le spath-fluor, dans lequel ils voient le murrbin, se rencontre dans la nature, non-seulement en simples cristaux, ceux auxquels Pline aurait fait allusion en parlant de ses abaques, mais encore en masses compactes de couleur varide*?, qu'il aurait méconnues, ou qu'il aurait oublié de mentionner.

Ce qui pourrait militer en faveur d’une omission ou d'un oubli de sa part, si l'on adopte le spath-fluor, c’est que Pline semble se donner à lui-même un démenti, en citant un vase murrhin * d’une contenance de 3 septiers romains, répondant à un de nos litres et demi, lequel n'aurait jamais pu être fabriqué avec un de ces menus morceaux mis en avant par lui.

Juvénal va certainement plus loin encore, lorsqu'il parle de très-grands vases murrhins (maxima myrrina *).

Au milieu de ces contradictions, de ces incertitudes, quelle que soit, en définitive, l'opinion à laquelle on veuille s'arrêter, je ne pense pas qu'il existe, comme moyen de contrôle, je le dis à regret, dans aucune collection publique ou particulière, un seul vase murrhin antique reconnu pour tel.

Je regarderais comme une bonne fortune qu’on y découvrit, je ne dirai pas un vase entier, mais mème quelques débris d’un de ces verres murrhins, imités avec tant d’habileté par les artistes verriers de Thèbes et d'Alexandrie. Je dirais à leur heureux propriétaire : « Conservez-les précieusement; à l'exemple de Néron, mettez-les sous verre *. »

Puisque nous voilà ramenés aux verriers égyptiens et à la fabrication du verre, dont le murrhin nous a un instant éloignés, rappelons que ces artistes, nous ne craignons pas de leur donner ce nom, ne se bornaient pas à fabriquer de simples petits verres à boire, coupes et gobelets.

Ils étendaient leur industrie à une foule d’autres objets, à l'usage de la toilette, du cérémonial, du culte, etc.

1 Traité élémentaire de minéralogie, p. 718.

2? Regnault, Cours élémentaire de chimie, t. II, S 576.

3 « Capaci plenè ad sex sextarios calice. » Lesextier, ou 6° partie du conge, équivalait à 5iécil:,394. 4 Satire vie, v. 155.

5 «Scyphi fractamembrain conditorio Alexandri Magni servari, ut oslentarentur, placebat. » (Pzrwe, lib. XXXVIIL, c. 11.)

C'est de leurs ateliers qu'avaient dû sortir ces amulettes, où le nom de Sérapis brillait en lettres blanches sur un fond de verre noir :

METATO ONONOMA COY CAPATIC

Magnun nomen tibi Serapis *.

C'est dans leurs ateliers qu'avait dû être confectionnée cette plaque de verre blane en forme de pectoral, sur laquelle existaient des dessins et des couleurs qui ont presque entièrement disparu, mais qui ont laissé des traces de bleu clair, de noir et d'or, qui avaient été étendus au pinceau. (Pr. V, r.)

Les artistes égyptiens ne s’arrêtaient pas à ces menus objets, ils savaient fabriquer de plus grandes pièces.

Citons ce plateau rond, de beau verre blanc, qui n’a pas moins d'un mètre de circonférence *.

Is allaient plus loin.

Le cercueil d’or, dans lequel le corps d'Alexandre le Grand avait été apporté par Ptolémée à Alexandrie, y fut plus tard, au dire de Strabon, remplacé par un cercueil de verre qu'on y voyait encore au temps d'Auguste *.

Ce mode de sépulture était pratiqué en Égypte et en Éthiopie, dès les temps les plus reculés.

« Les Égyptiens, raconte Hérodote, enduisent le mort de gypse, et, l'ornant de peinture, reproduisent, autant que faire se peut, son image. Puis ils creusent, ce quileur est facile, un cippe de verre, au milieu duquel apparaît le mort. »

Les Éthiopiens, dit Diodore de Sicile, salent les corps et les renferment nus dans des vases de verre, qu’ils exposent sur des colonnes; de sorte que le corps du défunt est vu à travers le verre *. On fabrique le verre, en Éthiopie, en telle abondance, ajoute Diodore, qu'on s’en sert pour toutes les sépultures : « Vitrum abunde quüm plurimum fiat in Æthiopia omnes » habent. »

Peut-être est-ce d'Égypte que venaient ces colonnes de verre, d’une grandeur extraordinaire, que saint Pierre, au dire de Clément d'Alexandrie, avait admirées dans un de ses voyages (columnas vitreas magnitudinis immensæ).

1 De Caylus, Recueil d'antiquités, t. IV, pl. Lvrr.

2 Au musée égyptien du Louvre.

Vers la même époque apparaissait, dans un festin de noces, en Macédoine, un plateau de verre plus grand encore. Il avait, dit Athénée, qui a donné une description de ce festin, une coudée de diamètre; ce qui porterait sa circonférence à 4 mètre 60 centimètres. (Voy. ArnÉNÉE, liv. IV, C. 1v.)

3 « Alexandri corpus Piolemæus Alexandriâ detulit eique parentavit, quod et adhuc, ibi jacet sed nequaquam in » eodem alveo, nam qui nunc vitreus est, prius aureus eral. »

4 « Salientes corpora inque vasis vitreis nuda condentes, supra columnas ponunt. Ila per vitrum defuncli corpus aspicitur. » (Rerum antiquarum lib. II, c. v.)

On voyait, à Constantinople, au temps de Théodose, une grande statue de verre, qu'on disait avoir été apportée d'Égypte.

Aucun nom d'artiste verrier d'Alexandrie, ce centre de la fabrication égyptienne depuis la fondation de cette ville, n’est parvenu jusqu'à nous; chose étonnante. La ville de Carthage, dans son voisinage, a été plus heureuse. Elle nous a légué un nom, celui d’un certain Jules Alexandre, Africain, « citoyen de Carthage », dit son inscription tumulaire, excellent homme, ajoute-t-elle, et, ce qui nous intéresse davantage, artiste dans l’art de la verrerie, € OPIFICI ARTIS VITRLE 9 «

Cet artiste (circonstance curieuse) était venu s’établir, avec sa famille, dans les Gaules, à Lyon, où il décéda à l’âge de soixante-quinze ans *.

Est-ce encore un artiste africain, Quintus Africanus, dont nous devons lire le nom sous le pied de ce bocal de verre blanc ordinaire (PL. VI)? S'il en était ainsi, ce maître verrier aurait apposé son nom sur une pièce bien médiocre.

L'Egypte n’avait pas seule le monopole de la fabrication du verre. D’autres contrées, sans parler de l’Asie, n'y étaient point étrangères.

On a remarqué qu'Homère, dans l'Jhade, ne parlait pas du verre. On en a tiréla conséquence que le verre n'existait pas de son temps. Virgile, pas plus qu'Homère, dans l'Énéide, ne parle du verre : est-ce à dire que le verre n’était pas connu du temps de Virgile ?

Les deux poëtes ne mettent dans les mains de leurs héros que des coupes d’or, jugeant sans doute le verre peu digne d’eux : c’est ainsi qu'on peut expliquer leur silence.

L'Italie ne tarda pas à adopter l’usage du verre et à s’adonner à sa fabrication. Les peuples soumis à sa domination, les Gaules, l'Espagne, avant tout, s’appliquèrent à cette industrie :

« Jam verd et per Gallias Hispaniasque simili modo harenæ temperantur », disait Pline au temps de Vespasien.

ART DE LA VERRERIE EN ETRURIE. — Les Ktrusques s’y étaient signalés de bonne heure. On trouve, dans leurs sépultures, de petits vases : coupes, fioles, flacons de verre mat ou

Û DM ET MEMORIAE ETERNAE IVLI ALESANDRI NATIONE AFR. CIVI CARTHA GINEST (sic) OMINI OPTIMO OPIFICI ARTIS VITRIAE QVI VIXIT ANNOS LXXV, etc.

(Description du musée lapidaire de Lyon.)

HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ, 17 translucide, de diverses couleurs les plus riches, soit enrubanées, soit enlacées par ondes ou zigzags (PL. VIT), et quelquefois incrustées d'étoiles blanches et de petites plaques d'or (PL. VIT, 4), le tout d'une délicatesse et d’un goût exquis, rappelant l’art égyptien.

La couleur bleue, qui se remarque sur un assez grand nombre de ces vases, a été obtenue par l’oxyde de cobalt, ainsi que l’a constaté le savant chimiste M. Girardin, auquel nous avons pu soumettre quelques fragments d’une de ces coupes étrusques. Laissons parler M. Girardin :

« Ce petit vase (il s’agit de la coupe 8 de notre planche VII), sous le rapport de la matière et de sa fabrication, un des plus remarquables qui existent dans les musées et dans les cabinets de l'Europe, est une simple coupe sans anses, ni pied, peu profonde et affectant la forme de nos soucoupes modernes.

» Sa pâte se compose de lames de verre enrubanées, se repliant sur elles-mêmes, de couleur bleue et rouge brun, et fondues avec une douceur et une délicatesse admirables, le tout semé de petites plaques jaunes et blanches. Un filet bleu et blanc forme la bordure de la coupe.

» Les modernes, qui, depuis quelques années, ont fait de si grands progrès dans l’art du verre coloré, n’ont encore rien produit qui approche de la beauté de ce verre.

» L'analyse chimique d’un fragment de ce précieux vase, dit en terminant M. Girardin, m'a démontré que sa belle couleur bleue est due au cobalt. »

Ces belles verreries étrusques, qu'on est justement étonné de rencontrer dans cette contrée, appartenaient-elles à l'industrie locale, ou bien y avaient-elles été apportées par les émigrations, ou par la voie du commerce, questions encore indécises? Ce qu'il y a de certain, c'est qu’on rencontre les similaires à une époque plus reculée, non-seulement en Égypte, mais encore en Grèce, dans les pays soumis à sa domination, et jusque dans la Grande-Grèce : la composition, l'ornementation, les matières de ces diverses verreries respectives ont la plus grande analogie entre elles. C’est ainsi, par exemple, que le célèbre chimiste anglais Davy a constaté, ainsi que l’a fait en France le même M. Girardin pour les vases de l'Etrurie, que les verres d’un bleu transparent, qu'on trouve dans les tombes de la Grande-Grèce et dans celles de la Grèce, sont teints avec le cobalt, coïncidence remarquable ; tandis que la couleur bleue des verres mats et de ceux appartenant à un âge plus rapproché de nous, à nos verres gallo-romains, par exemple, est due à l’oxyde de cuivre, ainsi que l'a démontré le mème

M. Girardin.

ART DE LA VERRERIE EN Îraute. — L'art romain, qui a fait tant d'emprunts à l’art étrusque, les savants sont d'accord à cet égard, n’était point resté indifférent à l’art de la verrerie. Les autres parties de l'Italie, prise dans toute son étendue, ses iles comprises, suivirent,

si elles ne précédèrent point le mouvement.

18 HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. On sait qu'Archimède, deux siècles avant notre ère, s'était fait faire, à Syracuse, une sphère de verre simulant les mouvements célestes : Arte Syracusià suspensus in aere clauso Stat globus immensi parva figura poli.

(Ovins.) . . LA . . T x Q Ï id C4 d ll =

Claudien a laissé une description de cette sphère, qui donne une haute idée de l'art avec lequel les ouvriers de Syracuse, sous la direction d'Archimède, avaient fabriqué cette pièce.

Laissons parler le poëte :

Sur la sphère d'Archimède.

« Jupiter, en voyant les cieux enfermés dans un petit globe de verre, se prit à rire, et adressa ces paroles aux dieux : Le pouvoir des mortels est-il donc arrivé jusqu'à transformer, en se jouant, mon œuvre dans une fragile sphère. Voilà qu'un vieillard de Syracuse s’arroge, par son art, les principes des cieux, l'harmonie de la matière, les lois des dieux! Son audacieuse industrie met déjà son monde en mouvement : une chétive main s’est faite l’émule de la nature !. »

Les verreries de Syracuse n'étaient pas dans la nécessité de demander à la Phénieie ses sables vitreux: elles en avaient à leur porte.

« Sur la côte d'Italie, raconte Pline, tout auprès de Cumes, la mer charrie un sable vitrifiable, blanc et moelleux, qu'on broie au pilon ou sous la meule, et qu’on fait fondre mêlé à trois parties de nitre. On le recuit ensuite de nouveau, et il sort des fourneaux en masse d'un verre blanc pur *. »

Il est présumable que des artistes verriers étaient venus s'établir en Campanie, à Cumes, pour en exploiter sur place les sables vitrifiables, et que c'est de leurs ateliers qu étaient sortis ces vases que des fouilles exécutées, il y a une dizaine d'années, dans Cumes même, par le comte de Syracuse, ont amenés au jour.

Ceux de ces vases que nous avons été à même d’examiner * sont généralement d’un verre blanc pur, ainsi que le signalait Pline, mais sans sortir toutefois de la classe des verres ordinaires. Ce sont des bols, tasses ou coupes, avee ou sans pied, dont quelques-uns

sont garnis de petites anses en forme de pouciers (Pr. IX, »). Les verriers de Cumes,

{ In sphæram Archimedis.

Jupiter in parvo quum cerneret æthera vitro, Risit et ad superos talia dicta dedit :

Huccine mortalis progressa potentia curæ Jam meus in fragili luditur orbe labor.

Jura poli rerumque fidem legesque Deorum Ecce Syracusius transtulit arte senex.

Jamque suum volvens audax industria mundum ; Æmula naturæ parva reperla manus.

? «ln Vullurno mari Italiæ harena alba nascens, sex m. p. inter Cumas atque Lucrinum, quæ mollissima est, pila » molaque teritur. Dein miscetur tribus partibus nitri pondere vel mensura ac liquata in alias fornaces transfunditur- » Massa recoquitur et fit vitrum purum ac massa vitri candidi. » (LIAXXV, c. xxvr.)

$ Dans la collection Piot.

favorisés par le voisinage et l'abondance de la matière première, travaillaient peut-être en grand, mais sans s'attacher aux pièces de luxe.

Aussi Horace, écrivant à Mécène, pour lui donner une idée de la simplicité de son petit ménage, décrivant les vases à boire de sa table, lui disait-il qu'on n'y voyait que de la vaisselle <ampanienne (Campana supellex ‘).

Si les verriers de Cumes faisaient quelquefois exception à la simplicité de leur fabrication, cela n’allait pas très-loin. On peut en juger par le dessin de ce petit plateau de verre blanc (PL. IX, €), dont le dessous offre une espèce d'étoile rayonnante, composée de godrons en relief alternant avec des feuilles de plante : il n’y a là rien de bien extraordinaire.

Pompéi, plus rapprochée encore de Cumes que de Syracuse, avait su utiliser sur une large échelle les sables vitreux de cette ville. Les ruines de Pompéi ont donné une ample moisson de vases de verre, de formes et de couleurs les plus variées, dont le musée royal Bourbon de Naples, principalement, s'est enrichi ?. A l’habileté pratique les artistes verriers de Pompéi joignaient le goût du dessin : témoin ce riche et élégant gobelet que les cendres du Vésuve ont respecté (PL. IX, 4).

[ls cherchèrent à se distinguer d’une autre manière et ils y réussirent.

Venise étalait avec orgueil, au xvi° siècle, ses verreries à filigranes, si justement admirées, auxquelles elle donnait son nom, et qu’elle se glorifiait d'avoir inventées. Quinze cents ans avant elle, Pompéi fabriquait des verreries à filigranes, avec un art, une délicatesse, une perfection que Venise n'a pas surpassée *.

Venise a encore donné son nom, gaufrés de Venise, à ces grands gobelets semés symétrique— ment de grosses larmes de verre. On pourrait aussi bien, et plus justement encore, les appeler gaufrés de Pompéi, car ses ouvriers en fabriquaient de semblables : voici un des gobelets qu'ils nous ont légués (P1. IX, 2).

I y a plus : eux-mêmes n'auraient été qu'imitateurs, et se trouveraient bien distancés, si un savant voyageur, M. Botta, a bien vu et bien décrit une petite fiole de verre qu'il aurait trouvée dans les fouilles exécutées par lui sur le monticule portant encore aujourd'hui le nom de Ninive : « Elle était ronde, dit-il, à col très-court et à ouverture évasée. Le verre, excessivement mince, était blane, pointillé de petites taches noires fondues dans la masse, de manière à ressembler à de certains verres de Venise. »

En se livrant à la fabrication de ces verres de luxe, destinés à briller sur les étagères des

è .…… Japis albus Pocula cm cyatho duo sustinet; adstat echinus Vilis, cum paterà guttus : Campana supellex.

{Satyr. I, sat. 6.)

2 En réunissant aux verreries de Pompéi celles d'Herculanum et de Stabies, la collection du musée royal Bourbon s'élève à plus de quatre mille pièces.

3 On peut voir au musée de la manufacture de Sèvres quelques échantillons de ces verres à filigranes de Pompéi.

salles de festins et dans la main des convives, les artistes verriers de Pompéi ne négligeaient pas celle des vases plus modestes que réclamait le service de l'office et qui devaient passer par la main des esclaves. Tel était ce petit entonnoir, de verre blanc uni, découvert dans les

ruines de leur ville. (PL. IX, c.) Sorrente, dans le voisinage de Pompéi, déjà célèbre par ses vignobles,

Surrentino generosos palmite colles 1.

ne l'était pas moins par ses verreries. Ses verres à boire étaient renommés pour leurs ciselures. C'est Martial qui nous l’apprend :

Verres à boire de Sorrente.

« Accepte, non des verres sortant d’un vil sable, mais ceux-ci délicatement travaillés par la roue à Sorrente. » Plus loin, le poëte ajoute, en parlant du vin du pays :

Vin de Sorrente.

«Si tu bois du sorrente, ne prends ni du murrhin coloré, ni de l'or; Sorrente te donnera ses verres avec son vin ? »

Comment parler des ateliers de verrerie de Surrentinum et de Pompéi, sans signaler ce joli vase en forme d’amphore, de verre bleu, couvert de dessins et de figures de verre blanc mat, du goût le'plus exquis, qui fait l’ornement du musée royal de Naples (Pr. IX et X). Des ceps de vigne chargés de feuilles et de grappes de raisin serpentent, délicatement enlacés, sur la panse du vase, après avoir couronné une tête, ou masque barbu, à leur point de départ. Dans le haut, un oiseau cherche à becqueter le raisin. (PL. X.)

Les autres côtés de la panse du vase, d’où pendent deux guirlandes festonnées chargées de raisins et de fruits, présentent deux scènes champêtres, espèces de bacchanales dans chacune desquelles figurent quatre enfants nus. (Pr. XI.)

D'un côté, deux enfants montés sur des cippes cueillent des raisins. L'un d'eux en présente une grappe à un enfant assis sur un lit, qui tend la main pour la saisir et en exprimer le jus dans sa coupe, qu'il tient de l’autre main. Devant lui est un autre enfant pinçant de la lyre.

1 Ovine, Métamorphoses, 15.

2 Calices Surrentini.

Accipe non vili calices de pulvere natos

Sed Surrentinæ læve toreumata rolæ.

Surrentinum.

Surrentina bibis? nec myrrina picta nec aurum Sume ; dabunt calices hæc tibi vina suos.

(Lib. XIII, XIV.)

Rien de plus gracieux, de plus élégant que ces compositions : un véritable artiste a pu seul les exécuter.

Sur le pourtour de la partie inférieure du vase sont des brebis et des béliers paissant ou couchés, figurés de petite proportion ".

Le mariage, sur les vases, du verre blanc mat et du verre coloré en bleu se prêtait, on le voit, de la façon la plus heureuse, à leur ornementation. Les artistes de Pompéi y excellaient.

Est-ce encore de leurs ateliers qu'était sorti cet urceus de verre, avec son anse, si richement décoré ? (PL. XII.)

Toute la panse du vase est occupée par une bacchanale resplendissante de mouvement et d'entrain, mais dont le dessin laisse malheureusement à désirer : les artistes de Pompéi auraient pu néanmoins avouer cette œuvre.

Jusqu'à ce jour, du moins à notre connaissance, Sorrente et Pompéi ne nous ont révélé le nom d'aucun de leurs artistes verriers.

Est-il permis d'en retrouver un sous le pied de ce vase de verre incolore, découvert dans Pompéi même? On y a lu ? :

ATIPCESSIA . M. PII.

En supposant que cette inscription ait été bien relevée et n'ait laissé aucun doute à la lecture, nous donnerait-elle le nom d'un verrier de Pompéi :

ATIPCESIA Manus Pompell ?

Ou bien doit-on lui attribuer une tout autre signification? Nous ne nous permettrons pas de décider : il y a tant de mécomptes en fait d'épigraphie!

Pour revenir à Rome, Strabon, qui vivait sous Auguste, disait, en parlant des ateliers de verrerie d'Alexandrie, qu'il existait de son temps, à Rome, tout ce qui était nécessaire pour la fabrication et pour la coloration du verre, et même pour l'imitation du cristal *,

Rome n’était pas restée davantage en arrière pour la fabrication des grandes pièces de verrerie. C’est principalement avec le verre fait à l'imitation de la pierre obsidienne qu’on les fabriquait *. |

Pline raconte qu'on voyait de son temps, à Rome, des statues d’Auguste en verre obsidien,

1 Ce précieux vase a été découvert, rempli de cendres, le 29 décembre de l’année 1837, dans un tombeau, à Pompéi.

2 Catalogue de la collection Durand, par M. de Witte (n° 1475).

3 « Romæ multa ad colores et ad operum facilitatem inveniri quemadmodüm in his quæ crystallina videntur. »

4 «In genere vitri obsidiana numerantur ad similitudinem lapidis quem in Ælhiopià invenit Obsidius. » (PLive, lib. XXXVI, c. xxvr.)

et que cet empereur lui-même avait fait placer dans le temple de la Concorde quatre éléphants de la même matière, chose regardée, ajoute-t-il, comme miraculeuse *.

Près d’un demi-siècle avant le règne d’Auguste, raconte le même auteur, Scaurus, lors de son édilité, avait fait construire à Rome un théâtre immense : « La scène, dit-il, était divisée en trois parties, en hauteur, avec 360 colonnes. La partie inférieure était de marbre; la partie intermédiaire était de verre, genre de luxe qui ne s’est pas vu depuis ?. »

Indépendamment de la matière, marbre et verre, les parois de cette scène, qui était garnie de colonnes et de statues, avaient dû recevoir une certaine ornementation.

Peut-être avait fait partie de celle de l'étage de verre, cette grande tablette, de la même matière, sur laquelle est représenté Apollon entre Melpomène et Thali: , debout dans un édicule à colonnettes, lesquelles sont surmontées de masques scéniques. (PL. XIE.)

Le dieu est nu. Il tient d'une main sa lyre, qui est appuyée sur un trépied auquel est enroulé un serpent. De la main droite 1l tient le plectrum.

Thalie, un masque dans la main gauche, la double füte à l’autre main, est à la gauche d'Apollon.

A la droite du dieu est Melpomène, drapée, la tête à demi voilée, tenant la trompette d’une main, l’autre élevée à la hauteur de sa tête, comme dans l'action de la déclamation *.

Ce sujet convenait éminemment à une décoration théâtrale.

Cet autre beau fragment de frise, en verre, à enroulements et à personnages, encadré d'une ligne d’oves et de modillons, découvert à Rome‘, aurait bien pu servir de bordure à ces mêmes panneaux de verre du théâtre de Scaurus : il ne mesure pas moins d’un pied romain de longueur dans son état actuel, sur 10 centimètres et demi de hauteur. (Pz. XIV.)

Peut-on en dire autant de ce fragment de panneau de verre, sur lequel est figurée une tête de Méduse ? (PL. XV.)

Si Scaurus, jusqu'au temps de Pline, n'avait point trouvé d'imitateurs pour l'emploi qu'il

avait fait du verre, le procédé ne s'était pas perdu. Longtemps après lui, Firmus, qui avait usurpé la pourpre au inf siècle, faisait couvrir sa maison de plaques de verre carrées, qu'on fit adhérer aux murailles au moyen du bitume *.

Peut-être avaient été utilisées pour le même genre de décoration, si ce n’est comme

dallage (pavimenta) ces petites plaques de verre nuancées, l'une en bleu, l’autre en vert. (Pz. XVI, 4,8.)

1 « Vidimusque et solidas imagines divi Augusti, capti materia hujus crassitudinis (vilri obsidiani) dicavitque ipse, » pro miraculo, in templo Concordiæ, obsidianos quatuor elephantos.» (Lib. XXXVI, c. xxvri.)

? a Scena ei triplex in altitudine CCCLX columnarum; ima pars e marmore fuit: media e vitro, inaudito etiam postea genere luxuria. » (P£INE, lib. XXXVI, c. xv.)

3 Musée Passieri, t. [f, tav. LXXVI.

4 Musée Passieri, { TT, tav. LXxxIIr.

5 « Vitreis quadratis bitumine aliisque medicamentis domum induxisse perhibetur. » (Voriscus.)

Nous n'oserions en dire autant de ce fragment à couverte légèrement ondée, dont l'épaisseur atteint jusqu'à 5 centimètres. (PL. XVE, c.)

Aristote avait soulevé la question de savoir pourquoi le verre était transparent et n’était point flexible. Un ouvrier du temps de Tibère aurait trouvé, dit-on, le secret de donner au verre cette dernière propriété : « Ferunt Tiberio principe excogitatum vitri temperamentum » ut flexibile esset ‘, »

Trois auteurs de l'antiquité, Pétrone, Pline, Dion Cassius, l'ont raconté. Prenons le récit du plus ancien d’entre eux, Pétrone, qui vivait sous Néron :

Après avoir parlé des vases de Corinthe célèbres dans l'antiquité : « Moi, disait Pétrone, » j'aime mieux les vases de verre; tout le monde n’est point de cet avis. Si le verre n’était » pas fragile, je le préférerais à l’or; maintenant, je le sais, c'est chose vile, » — « Cependant, ajoute-t-il, il s’est trouvé un ouvrier qui fit une fiole de verre qui ne se brisait pas. Il fut admis auprès de l'empereur avec son présent. L’ayant reprise des mains du César, il la lança sur le pavé. L'empereur fut saisi d'un véritable effroi. Mais, lui, ramassa de terre la fiole, qui était simplement bossuée comme l’eût été un vase d’airain ; puis il tira de son sein un petit marteau avec lequel il la redressa parfaitement. Cela fait, il crut les cieux ouverts pour lui. L'empereur de lui demander si un autre que lui connaissait cette composition du verre, qu'il fit bien attention à ce qu'il allait dire. Sur sa réponse négative, l’empereur donna l'ordre qu'on lui tranchät la tête, disant que si ce secret était connu, l'or ne serait plus que de la boue *. »

Dion Cassius substitue à l’ouvrier verrier un architecte, qui, après avoir redressé, sans l'abattre, un arc de triomphe qui penchait d’un côté, avait été chassé de Rome par Tibère jaloux de son talent. L'architecte, pour rentrer en grâce, aurait présenté à Tibère un vase de verre, qu'il aurait pareillement jeté par terre sans le briser, et qu'il aurait à l’instant même redressé de ses mains, demandant à l'empereur, pour sa récompense, de rentrer à Rome. Tibère, pour toute réponse, lui aurait fait couper la tête.

Pline, qui raconte la mème anecdote, qu'il applique, ainsi que Pétrone, à un artiste verrier, ne va pas aussi loin; il ne lui donne point une fin aussi tragique. D'après son récit, Tibère se serait contenté de faire détruire l'atelier de l'inventeur : c'était déjà bien assez; mais il lui prète les mêmes motifs :

« L'atelier de l'ouvrier, dit-il, fut complétement détruit, de peur que les métaux, l’airain, l'argent, l’or, ne perdissent de leur valeur *. »

Hätons-nous de dire que Pline, avec une bonne foi et une réserve dont on doit lui tenir compte, a soin d'ajouter : « Au surplus, cette histoire a été plus souvent racontée qu'elle n’est certaine » (eaque fama crebrior quam certior fuit).

1 PLINE, 2 Satyricon, C. LI.

3 «Totam officinam ejus abolitam ne æris, argenti, auri metallis prætia detraherentur. » (Lib. XXXVI, €. xxvi.)

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