CHAPITRE VII
Ce qui place Pisistrate au-dessus des usurpateurs contemporains, c’est son titre d’ Athénien. Il régnait sur un peuple prédestiné, par sa position géographique autant que par son génie, à prendre le premier rang parmi les Grecs : Athènes tend déjà à devenir la capitale intellectuelle de la Grèce. Nous la voyons, sous Pisistrate, devenir le point de fusion de l’ionisme et du dorisme; elle unit et concilie à son profit des tendances opposées, de même qu’elle avait successivement donné l’hospitalité aux deux races, aux Héraclides et aux Ioniens.
Les haines des différentes classes de l’État, les dissensions et la misère, un premier essai de tyrannie, celui de Cylon, les représailles sanglantes de l’aristocratie, des guerres civiles qui affaiblissent Athènes au point de la rendre incapable de résister à Mégare, le mépris des lois enseigné par l’absurdité même des lois de Dracon, les réformes de Solon, si sages qu’elles fussent, l’abolition des dettes, c’est-à-dire le déplace-
ment de la propriété, la distribution du peuple en classes, c’est-à-dire la destruction des vieilles bases de la société, tout contribua à préparer l'usurpation de Pisistrate. Elle fut rapide, sans secousses, accompagnée des comédies misérables qui signalent ces sortes de révolutions. Chassé et rétabli par trois fois, il usa de son pouvoir avec intelligence et avec éclat. Solon luimême pardonna à celui qui violait sa constitution et ne lui refusa point ses conseils. Platon, ou plutôt l’auteur du traité intitulé Hipparque , compare aux beaux jours de l’âge d’or l’administration des Pisistratides *.
Sur trente-trois ans de règne, Pisistrate compta seize ans d’exil. Aussi n’eut-il point le temps de conduire à lin toutes ses entreprises. Hippias et Ilipparque, qui gardèrent le pouvoir pendant dix-huit ans sans interruption, continuèrent l’œuvre que leur père avait commencée. Les lettres et les arts 'trouvèrent à leur cour un centre et un foyer.
Tout le monde citera le titre le plus célèbre de Pisis* trate, la publication de3 poèmes d’Homère. Conchylus, Onomacrite, Zopyre d’Héraclée, Orphée de Crotone, l’aidèrent à rendre impérissable la plus grande création du génie grec. Une bibliothèque fut fondée à Athènes, un système d’écriture correcte et uniforme fut établi, et la vieille orthographe, qui d’Athènes se répandit / dans toute la Grèce, subsista jusqu’à la fin du siècle de Périclès, jusqu’à l’archontat d’Euclide (403). Pendant
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ce temps, Thespis, père de la tragédie, formait Phrynichus, le maître d’Eschyle ; on publiait les Orphiques , et Musée rédigeait' ses faux oracles. Le goût de la poésie gagna si bien les fils de Pisistrate , qu’Hipparque composa lui-même des vers, des sentences morales, des préceptes, qui furent gravés sur les innombrables Hermès destinés à orner les rue§ d’Athènes et les routes voisines.
Ce fut Hipparque qui donna aux Panathénées un éclat auquel Périclès trouva peu à ajouter. Il attira auprès de lui Anacréon, Simonide de Céos, Pratinas de Phlionte, qui fut plus tard le rival d’Eschyle, Susarion de Mégare. Tout ce mouvement littéraire, qui se concentre à Athènes et de là rayonne sur la Grèce, nous l’entrevoyons à peine à l’aide de témoignages insuffisants et épars. Mais pour suppléer aux lacunes de l’histoire, il faut soüger que la bibliothèque fondée par Pisistrate était un lieu public, ouverte à tous les citoyens aussi bien que les jardins de Pisistrate. Une bibliothèque en Grèce, où les esprits si avides de lumières, si prompts à concevoir, si véritablement doués par la nature, venaient chercher une forte nourriture , voilà peut-être un des secrets de la fécondité précoce du génie attique et de la supériorité qu’Athènes gagna et conserva toujours sur les autres peuples.
Tout se tient dans l’histoire et l’on sépare difficilement les différentes productions de l’esprit humain. Aussi les arts ne devaient-ils pas être moins encouragés
que les lettres par les Pisistratides, l’architecture sur-
fc.
tout, qui tient toujours au service des vastes ambitions sa science, ses matériaux, ses ouvriers, alors même qu’elle n'est point arrivée à sa perfection. Dans ce cas, elle supplée à l’imperfection par la grandeur : c’est pourquoi les constructions des anciens âges ont une puissance qui commande toujours un certain respect. Du reste , nous savons à quel degré de beauté l’architecture était parvenue au milieu du sixième siècle, et particulièrement l’architecture dorique que nous trouvons déjà adoptée par les Athéniens.
On pourrait diviser en trois classes les monuments de Pisistrate :
1° Les monuments qui ne sont connus que par le témoignage des anciens ;
2° Ceux dont les auteurs parlent et dont il reste quelques vestiges ;
3° Ceux dont les anciens ne parlent point, mais dont nous retrouvons les ruines, ruines qui portent avec elles-mêmes un témoignage et se peuvent attribuer à Pisistrate.
Cette triple distinction m’est imposée par les événements eux-mêmes, car il n’est point hors de propos de rappeler que l’Athènes de Pisistrate a été détruite de fond en comble par Xerxès et par Mardonius ; de sorte que nous devons nous estimer heureux si quelques débris d’une ville que les barbares voulaient effacer du monde sont parvenus jusqu’à nous.
Dans la première catégorie, on peut citer les temples d’Apollon Pythien, de Jupiter Olympien et les Hermès.
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Le temple d’Apollon Pythien est attribué à Pisistrate par un auteur de Lexique, par Suidas; Pausanias ne le nomme que pour raconter une tradition qui concerne Thésée. Lorsque Thésée entra pour la première fuis dans Athènes, afin de se faire reconnaître par son père Égée, il portait une longue tunique qui lui tombait jusqu’aux pieds et ses cheveux étaient tressés avec soin. Il passait auprès du temple d’Apollon Pythien, qu’Égée faisait construire; le temple était môme avancé et l’on travaillait à le couvrir. Les ouvriers se moquèrent du costume efféminé de Thésée et lui demandèrent depuis quand les filles bonnes à marier sortaient seules. Thésée ne répondit rien, mais il détela un des bœufs de leurs chariots, qui se trouvait dans le voisinage, et le lança jusqu’au sommet du toit. On voit combien les légendes sur l’Hercule athénien tiennent du merveilleux. Tout ce qui résulte de cette fable, c’est que le temple d’Apollon Pythien était extrêmement ancien, et que, déjà ruiné ou brûlé, ce qui arrivait souvent aux temples en bois, il fut refait par Pisistrate, avec des dimensions beaucoup plus considérables.
Le temple de Jupiter Olympien fut sans contredit l’entreprise la plus gigantesque de son règne. « C’est « le seul temple sur la terre, » dit Tite-Live, « qui ait « été conçu dans des proportions dignes de la gran- « deur de Dieu. » Tite-Live se trompe cependant, car les temples de Jupiter Olympien à Agrigeute et à Sélinonte n’étaient point sensiblement plus petits ; le temple de Diane d’Éphèse était plus grand. A moins qu’il
ne faille croire que le temple actuel, terminé sept cents ans après Pisistrate par Adrien, ait été reconstruit sur un plan réduit et non sur le plan primitif : ce qui n’a rien d’invraisemblable.
Les Athéniens attribuaient à Deucalion la fondation du temple de Jupiter. Ils montraient à peu de distance son tombeau et le trou par lequel les eaux du déluge s’étaient écoulées. Ces vieilles fables prouvent l’occupation de l’Attique par les Pélasges et l’antiquité du temple. Pisistrate ne fit donc que reconstruire un édifice plus ancien. Pour justifier ces travaux ruineux, il choisissait les dieux les plus chers aux Athéniens, ceux dont le culte était surtout national, Apollon Pythien, Jupiter Olympien, Minerve.
Les architectes qui furent successivement employés par les Pisistratides étaient Antistates, Callæschros, Antimachides, Porinos. Il parait impossible que tous les quatre eussent été chargés d’arrêter un plan aussi simple que l’est celui d’un temple grec. De même que nous voyons à Eleusis une suije d’architectes se succéder, uniquement parce qu’un monument considérable veut pour se bâtir plusieurs âges d’homme. Les Pisistratides furent maîtres d’Athènes pendant cinquante et un ans. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, pendant un demi-siècle, le monument ait usé quatre architectes.
Vitruve dit qu’ils établirent les fondations du temple,
' fundamenta constituerunt. Mais il est clair qu’il faut entendre dans un sens plus large ces expressions. Ils ne construisirent que les parties basses du temple, ou,
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comme cela est arrivé pour d’autres temples, ils ne construisirent que le péristyle, dont les colonnes étaient les supports de l’édifice entier. Quant aux murs qui formaient la clôture du sanctuaire, ils n’avaient point été construits. C’est pour cela que, dans la phrase suivante , Yitruve , en citant l’architecte qui reprit l’édifice sous Antiochus Épiphane , commence par dire qu’il construisit l’immense cella, cellœ magnitudinem.
Aussi est- il impossible d’admettre l’opinion d’Ottfried Millier, qui veut que le temple ait été plus tard décoré de peintures par Phidias. Les murs, au temps de Phidias, n’étaient pas même construits. Cependant Dicæarque nous apprend qu’au siècle d’Alexandre l’édifice, quoique à demi bâti, frappait tous les esprits d’admiration.
Il resta quatre cents ans dans cet état. On ne saurait trop dire quel mode de dévastation les Perses appliquèrent à un monument inachevé, dont les colonnes seules peut-être étaient placées. 11 était en dehors de la ville ; on ne pouvait y mettre le feu ; il serait possible qu’il eût été épargné. Les administrateurs d’Athènes, Cimon, Périclès, et plus tard l’orateur Lycurgue, qui ornèrent la ville à l’envi, laissèrent le temple de Jupiter dans le même état. Le souvenir des tyrans leur faisait craindre de continuer l’entreprise et d’être associés au fondateur par la malignité publique.
L’an 174 avant J.-C., Antiochus Épiphane, roi de Syrie, fit reprendre les travaux par l’architecte Cossu-
tius, citoyen romain, ajoute Yitruve dans une préface où il nomme avec orgueil, à côté des architectes grecs, les architectes romains illustres, qu’il considère comme ses ancêtres. On ne doit point être surpris de voir Antiochus employer à Athènes un architecte romain. Emmené de bonne heure à Rome comme otage, après que son père, Antiochus le Grand, eut subi la loi des Romains, il y connut Cossutius et se l’attacha.
Cossutius construisit donc la cella et l’entoura d’un triple rang de colonnes d’ordre corinthien. Il eut le temps de placer les architraves, de régler l’ornementation de l’édifice [epistyliorum et cœterorum ornamentorum ad symmetriam distributionem), puis il fut arrêté par la mort d’ Antiochus, qui arriva dix ans après, l’an 164.
Qu’étaient devenues les colonnes du temple de Pisistrate, les colonnes doriques? Avaient-elles fait place aux colonnes corinthiennes? Car alors le dorique était passé de mode, et l’ionique lui -même avait cédé la place au corinthien, par ce besoin de nouveauté qui tourmente toujours les esprits. Si les Perses n’avaient point renversé les colonnes primitives, il est probable que Cossutius les renversa lui-même ; car soixante-dixhuit ans après la mort d'Antiochus Épiphane, Sylla s’empara d’Athènes et fit transporter à Rome les colonnes mises de côté par Cossutius. Il les destinait à prendre place dans la reconstruction du temple de Jupiter Capitolin, qui avait brûlé. Ce fait singulier prouve deux choses : d’abord, que le temple primitif était en
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marbre, car Sylla n’eût point fait transporter en Italie des tambours de pierre (le calcaire du Pirée n’a rien de préférable au travertin des montagnes de Rome) ; ensuite, que le temple était d’ordre dorique, car le Capitole était reconstruit conformément aux traditions, et il était d’ordre dorique.
L’exemple d’Antiochus fut suivi plus tard par les rois et les villes qui voulaient plaire à Auguste. Auguste et son gendre Agrippa firent beaucoup pour Athènes. C’était flatter adroitement leur passion que de reprendre l’achèvement du temple de Jupiter. Mais, malgré tant d’efforts réunis, le temple ne fut point achevé cette fois. Ce fut l’empereur Adrien qui eut la gloire de terminer l’œuvre de Pisistrate. Seulement, il ne restait plus rien des constructions primitives, si ce n’est les fondations.
Je ne parlerai point des Hermès, monuments disposés dans les rues, et qui se rattachent à la sculpture bien plus qu’à l’architecture. J'arrive aux édifices que les anciens attribuaient à Pisistrate, et dont je crois avoir reconnu quelques traces, des traces bien légères malheureusement et de peu d’importance.
Au-dessous du temple de Jupiter qui vient de fixer notre attention, était la fontaine Callirrhoé, c’est-àdire la fontaine au beau courant, aux belles eaux. Les rochers sur lesquels Athènes était bâtie ne fournissaient point d’eau : aussi trouve-t-on à chaque pas de petites citernes creusées dans le roc, des conduits habilement ménagés pour amener les eaux de pluie dans ces citernes. On trouve aussi des puits, et Pausanias
nous apprend qu’il y en avait dans toute la ville. Mais il n’y avait, dit le même voyageur, qu’une seule source dont les eaux fussent salutaires et agréables à boire : c’était la fontaine Callirrhoé, sœur de l’ïlissus, sur la rive duquel elle paraissait : bientôt elle allait ' mêler son onde àl’humble cours de l’Ilissus. C’était à la fontaine de Callirrhoé que se rencontraient les femmes athéniennes.
Le tyran Théagcne avait entouré la fontaine des nymphes Sithnides, à Mégare, de constructions et de colonnes en marbre; un aqueduc amenait des eaux fraîches et abondantes. Pisistrate ne voulut point qu’Athènes fût en arrière de Mégare, sa rivale au temps de Solon. Il appliqua à la fontaine Callirrhoé un système de décoration non moins magnifique, et nous savons, par le nom même que prit alors la fontaine ( Ennéa crounos , neuf fontaines ), que l’eau, distribuée dans neuf conduits, s’élançait par neuf bouches séparées. Stace l’a dit dans sa Thébaïde :
Et quos Callirrhoé novies errantibus undis Implicat.
Il faut supposer en avant de ces bassins, dont le nombre était en proportion avec l’affluence des femmes et les besoins d’une ville entière, il faut supposer des sièges, des colonnes, un portique. Je trouve parmi les peintures des vases antiques un certain nombre de représentations propres à donner une idée de cette décoration, idée abrégée, simplifiée, parce qu’un monument tout entier ne pouvait être exactement copié sur un
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vase. Au musée Britannique, notamment, il existe une suite remarquable de vases sur lesquels sont représentées de jeuues filles avec des hydries, cruches élégantes dans lesquelles elles recueillent l’eau que répandent des gueules de lion. Ces gueules de lion sont disposées symétriquement sous un portique d’ordre dorique. Ces souvenirs de la fontaine Callirrhoé sont assez fréquents pour prouver que ce fut une mode de répéter sur les vases un sujet éminemment attique.
Au dix-septième siècle, Spon et Wheler virent audessous de l’angle sud-ouest du péribole du temple de Jupiter un des conduits de la fontaine où l’eau coulait encore1. Depuis, les terrains éboulés ont obstrué les conduits antiques. Aujourd’hui l’eau se fraie un passage inconnu et elle tombe dans l’Ilissus au pied d’un rocher qui traverse le lit du ruisseau et forme une petite cascade. Toutes les constructions de Pisistrate ont disparu ; mais on aperçoit sur le rocher des canaux taillés profondément qui remontent vraisemblablement à cette époque, et se rattachent au système de décoration de l’Ennéacrounos. Des fouilles seraient nécessaires pour éclaircir ce point de la topographie athénienne.
Il en est de môme pour le Lycée. Le Lycée était un grand jardin, décoré de portiques, destiné aux exercices de la jeunesse et aux causeries des vieillards. C’est là que l’École péripatéticienne fut fondée par Aristote. Le Lycée était situé au nord-est du temple de Jupiter
1 Spon, t. II, p. 122, 1 4 G.
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Olympien, dans la partie de la ville qui primitivement n’était point habitée. 11 était naturel de choisir des terrains vagues pour des constructions nouvelles et des jardins. Aujourd’hui, sur la limite du jardin royal, du côté qui regarde l’orient, on aperçoit une tranchée profonde. Un des côtés de cette tranchée montre un mur composé de gros blocs réguliers, d’un bel appareil. Un peu plus loin, la tranchée s’arrête, parce qu’une route borde le jardin. Mais au delà de la route sort du sol le sommet d’un mur qui continue le mur qu’on aperçoit dans la tranchée. Tout porte à croire que c’est là un des débris du Lycée. Douze pieds de terre et de remblais recouvrent le sol anlique que des fouilles mettraient sûrement au jour.
Il me reste à parler des monuments que les anciens passent sous silence, dont nous retrouvons les ruines et que leur style ou certaines convenances qui constituent un témoignage permettent d’attribuer à Pisistrate.
Lorsqu’on monte à l’Acropole du côté du nord, on aperçoit les murs formés de fragments de toute espèce. On remarque surtout vingt-deux tambours de colonnes en marbre pentélique, les uns bruts, avec les anses qui servaient à les enlever, les autres cannelés et préparés en partie. Ces tambours sont énormes et offrent des mesures différentes. Treize ont un peu moins de six pieds de diamètre, cinq un peu plus de cinq pieds. Cela s’explique par la différence qui existait entre la base et le sommet des colonnes et même entre les diverses parties de l’édifice. 11 est évident, de plus, que
le monument auquel appartenaient ces importants matériaux n’avait point été achevé.
Les tambours des colonnes, les dalles du stylobate ne sont point sans rapport avec le Parthénon. Plus loin, à droite, on aperçoit un entablement qui sert de couronnement au mur de l’Acropole. Tout a été replacé de façon à refaire un entablement régulier. Les frises et architraves sont en pierre, ornées de couleurs encore très-visibles, surtout le rouge et le bleu. Les métopes, en marbre, sont glissées à coulisse. Les corniches offrent des gouttes planes qui devaient nécessairement appartenir aux façades, et des gouttes disposées sur un plan incliné qui devaient appartenir aux longs côtés.
La longueur des architraves, de joint enjoint, mesure douze pieds, ce qui fait un peu plus de six pieds par entrecolonnement, habitude du vieux style.
Les triglyphes varient de forme. Les uns sont plus maigres, de sorte que les gouttes dépassent un peu ; les autres plus larges, et cependant, si on les regarde de près, ils n’en sont pas moins archaïques.
Ces débris proviennent d’un ancien temple, détruit par les Perses. Lorsque Thémistocle fit relever à la hâte, malgré la défense des Spartiates, les murs de sa patrie, on employa tous les fragments qui jonchaient le sol fumant. Ces colonnes et ces entablements servaient même à raviver la haine des Grecs en leur rappelant les dévastations impies des barbares. Un mot d’Hésychius nous apprend l’existence d’un ancien Parthénon, plus petit que le nouveau de cinquante
pieds. On l’appelait Hécatompédon, parce qu’il avait cent pieds sur la façade. 11 est très-vraisemblable que ce sont les ruines de l’ancien Parthénon qui sont enclavées dans le mur de Thémistocle.
A l’est du Parthénon, on a trouvé parmi les cendres accumulées par les Perses d’autres débris du temple, des fragments de terre cuite coloriée, des branches d’olivier, des têtes de Méduse archaïques et tirant la langue, des antéfixes dont il sera parlé plus tard.
Ce n’est pas tout. Derrière les Propylées, et au-dessous du péribole de Diane Brauronienne, dans l’intérieur de l’Acropole, on voit un pilier de marbre, inachevé, appliqué en équerre sur le mur du péribole. Des restes de stuc rouge sont restés au pied de ce pilier, qui repose sur un seuil : mais le seuil s’enfonce sous les Propylées de Mnésiclès. Était-ce là une décoration de l’entrée de l’Acropole , au sommet de l’Ennéapyle pélasgique-, qui aurait inspiré à Périclès l’idée des Propylées? Cette décoration, quelle qu’elle fût, avant d’être renversée par Xerxès et démolie par Mnésiclès, j’hésiterais peu à l’attribuer à Pisistrate. Car Athènes, au sixième siècle, ne connut la prospérité, le repos , les entreprises somptueuses que sous les Pisistratides. Avant Pisistrate, guerres civiles, misères dans les classes populaires, divisions sanglantes parmi les riches : d’ailleurs les colonnes non cannelées, les murs qu'on n’avait point décorés complètement, annoncent qu’à l’époque des guerres médiques, les monuments n’étaient point achevés. Ce qui n’empêche point que l’on ne doive considérer '
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Pisistrate comme le digne prédécesseur de Cimon et de Périclès pour tout ce qui concerne les arts. On consultera avec le plus grand fruit, pour l’histoire et l’appréciation de son règne, l’ouvrage du savant évêque de Saint-David’s ‘.
1 Connop Thirlwall, Histoire de Grèce. Traduction française, t. I, p. 354.