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CHAPITRE VIII

LE TEMPLE D’ÉGINE

Au milieu du golfe Saronique, en face d’Athènes, s’élève une petite île qui commande le golfe entier. Elle n’a que quelques lieues de tour ; elle est hérissée de rochers, le sol est pauvre, et cependant cette île était , au sixième siècle , plus puissante par sa marine et son commerce que les grandes cités de la Grèce occidentale; elle était rivale de Corinthe, victorieuse d’Athènes, qui devait, au siècle suivant, lui faire expier cruellement sa supériorité. L’île d’Égine, comme tant de villes grecques, n’a du sa rapide prospérité qu’à la mer. Quand un petit peuple se trouve jeté sur un rocher, qu’il y croît et ne peut plus y vivre, il faut qu’il sorte, qu’il tente les aventures, qu'il aille respirer au loin , qu’il rapporte le butin , en temps de piraterie, la richesse, en temps de commerce régulier; les Éginètes furent navigateurs et commerçants. On dirait que les mômes nécessités produisent, à de longs intervalles, les mêmes effets. De nos jours, ou du moins avant la guerre de l’indépendance grecque, une

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autre île, voisine d’Égine, Hydra, a vu également se développer une race de hardis marins qui couvraient les mers d’Orient. . *

Je ne retracerai point la suite de l’histoire d’Égine. Je signalerai seulement quelques traits propres à jeter plus d’intérêt sur le temple que nous devons étudier. D’abord, il est nécessaire de bien constater qu’Égine appartenait aux Doriens. La population primitive avait été abandonnée par les fils d’Æaque, par Télamon, qui passa dans l’île de Salamine, par Pélée, qui retourna dans la Phtiotide, berceau des Mvrmidons. Quand les Doriens d’Argos eurent conquis Épidaure, ils fondèrent une colonie à Égine, qui reçut en même temps, Pausanias le dit expressément, la langue et les mœurs des Doriens. Ainsi que Mégare, elle était le poste avancé des Doriens contre la race ionienne.

Longtemps soumise à Épidaure, réunie au vaste empire de Phidon d’Argos, tant que cet empire dura, Égine se rendit indépendante vers le commencement du siècle. Selon les lois ordinaires , le sentiment de sa force et de sa richesse la conduisit à la liberté. Aussitôt nous la voyons lutter contre Athènes, contre Samos, contre Épidaure sur laquelle elle se venge de son ancienne humiliation. Elle était assez riche pour élever un temple à Naucratis à côté de Milet et de Samos. Ce fut au milieu du sixième siècle que Naucratis fut ouverte aux Grecs. Au moment où Égine bâtit un temple dans un comptoir lointain, nous pouvons être assurés qu’elle en bâtissait chez elle de magnifiques. Le temple qui reste encore debout offre un caractère

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assez ancien pour qu’on ait pu, sans invraisemblance, l’attribuer à cette époque.

Cependant ce temple a soulevé de grandes discussions : son nom et son époque ont été également controversés. Était-il consacré à Jupiter Panhellénien ou à Minerve? Est-il antérieur ou postérieur aux guerres médiques? Au fond, les dfeux questions n’en font qu’une. Si c’est le temple de Minerve, il est antérieur à l’invasion des Perses; si c’est le temple de Jupiter Panhellénien, il est postérieur. On a produit une inscription trouvée non loin du temple où se lisait le nom de Jupiter Panhelléniep. Mais cette inscription a disparu ; elle semble d’une autre époque d’après les copies; elle n’a peut-être rien de commun avec le temple. D’un autre côté , Hérodote parle d’un temple de Minerve 1 , où les proues des vaisseaux samiens furent suspendues en 522 en guise de trophées. Une inscription trouvée à un mille de distance parle du sanctuaire de Minerve. Enfin, ce qui me paraît plus décisif encore, la présence de la statue de Minerve au milieu de chaque fronton annonce si clairement que le temple est consacré à cette déesse , que l’on comprend peu les doutes qui se sont élevés jadis.

Le temple d’Égine est d’une importance capitale pour l’histoire d’art, par son style et par les documents considérables qu’il fournit en même temps à l’histoire de l’architecture , de la sculpture, de la peinture. 11 a été l’objet de l’attention des architectes fran-

1 Hérodote, III, 55.

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çais. Blouet a publié de belles études dans Y Expédition scientifique de Morée. Mais ses travaux ont été complétés et dépassés par M. Charles Garnier, pensionnaire de l’Académie de France à Rome, qui a mesuré et dessiné le temple, et qui a même publié un article dans la Revue archéologique. Ses magnifiques dessins sont déposés aux archives de l’Institut, où l’on peut les consulter. L’Académie des beaux-arts , dans le rapport que son secrétaire perpétuel, M. Raoul Rochette, lisait à la séance annuelle de 1853, a décerné les plus grands éloges à M. Garnier. M. Raoul Rochette commençait par montrer jjue le temple d'Égine, malgré les travaux des architectes anglais, allemands, malgré la belle restauration de M. Blouet, « était im- « parfaitement connu jusqu’ici et resté encore, sous « plusieurs rapports, unobjet.de controverse. » Aussi, après avoir exposé les travaux de M. Garnier, énuméré ses intelligentes et minutieuses recherches, après avoir reconnu qu’on lui devait la connaissance des métopes en marbre , des grilles de fermeture, des architraves de l’intérieur du temple et de leurs indications précieuses, du deuxième ordre de colonnes que supportait cette architrave , de l’entablement de la colonnade supérieure ; après avoir donné acte à M. Garnier de ces importants résultats, M. Raoul Rochette concluait en ces termes : « C’est là une belle découverte « dont l’art et l’archéologie sont redevables à Mi Garce nier. »

On arrive au-dessous du temple par mer. Les barques peuvent entrer dans une petite crique où l’on

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prend terre. Une pente escarpée se présente : on la gravit au milieu des plantes aromatiques, des pins, •des lentisques. A droite du temple, qui s’élève au sommet de la colline, est un bois de pins. Vingt colonnes du péristyle sont encore debout, la plupart avec leurs architraves. Deux colonnes restent au pronaos et des morceaux considérables couvrent en partie le sol du monument. Çà et là, parmi les pierres, croissent de petits genévriers. Ces ruines solitaires sont d’un charmant aspect : les colonnes se détachent ou sur le ciel ou sur la mer, et leurs teintes grises font avec le bleu une harmonie douce et d’une vapeur légère. De toutes parts la vue s’étend au loin sur les côtes et sur le golfe Saronique.

Au sommet de la colline est un plateau d’environ 3,000 mètres de superficie : tout autour, on observe des restes de constructions antiques. Un mur de soutènement, composé d’assises régulières, contenait les terres. Sa forme est rectangulaire ; seulement, en avant de la façade principale du temple, qui regarde l’orient, deux angles rentrants de ce mur déterminent une plate-forme avancée , où se tenaient les assistants pendant les sacrifices. La place de l’autel est marquée par des traits creusés dans la pierre, par des rainures destinées au scellement. On montait sur le plateau, non point de face, mais par les côtés. A droite et à gauche, en arrière du temple, M. Garnier place avec raison deux petits escaliers, indiqués par une construction en pente qu’il a le premier reconnue. C’est ainsi qu’on arrive au temple de Junon Lacinienne à

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Agrigente, au temple de Sunium, au Parthénon par les Propylées. Le plus beau point de vue, lorsqu’on examine un temple grec, est la vue d’angle : c’était, celle que les architectes grecs se ménageaient.

Le temple avait six colonnes sur les façades, douze sur les longs côtés. Le posticum et le pronaos étaient décorés de colonnes : la porte du posticum, si toutefois elle n’est point d’une époque postérieure, est plus petite que celle du pronaos. Sur la façade principale, une pente douce passe dans l’entrecolonnement du milieu.

Le dallage existe régulier, par places, construit géométriquement : c’est comme un plan écrit du monument. Il a été recouvert de stuc rouge, trèsmince, très-dur, dont il reste quelques morceaux. Quand M. Garnier retira la terre qui couvrait le stuc et qui l’avait dérobé aux regards des premiers visiteurs, la couleur était humide et déteignait, parce qu’elle a été seulement appliquée sur le stuc et non point pétrie dans la pâte. L’action de l’air la fît bientôt pâlir et sécher.

Le pronaos était composé d’un portique de deux colonnes, exhaussé sur deux degrés, avec des antes qui ne sont plus indiqués que sur le dallage. Dans le mur du fond est ménagée la porte, avec une entaille pour les fermetures. Le sol du pronaos est de 24 millimètres au-dessous du sol des colonnes. Cette profondeur est remplie par un stuc de 6 millimètres de profondeur; il reste encore 18 millimètres pour exhausser le stvlobate et le distinguer du sol général.

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Le naos est divisé en trois parties : la nef du milieu, plus large , avec la statue ; les nefs latérales avec des colonnes. Ces colonnes ont été renversées, mais elles se retrouvent parmi les ruines qui jonchent le sol : leurs traces, d'ailleurs, subsistent sur le stylobate. La nef centrale est couverte de stuc rouge. Ce stuc, comme dans le pronaos , butte et s’arrête aux stylobates. Il y avait six colonnes de chaque côté. A droite de la porte du fond était un petit autel en pierre, avec un trou carré au milieu de la table supérieure.

Le posticum est semblable au pronaos : la porte, plus petite, est en dehors de l’axe, sans que rien dans l’état actuel des ruines explique la cause de cette bizarrerie. De chaque côté de la porte on voit des tables en pierre d’une belle exécution;

Si nous passons du plan à l’élévation, noüs remarquerons d’abord, sur la façade principale, que les gradins sont en place dans tout leur développement. Ils ne montrent ni stuc ni couleur : la pierre est belle et d’un grain serré. Une marche intercalée a laissé sa trace sur le gradin supérieur ; c’était l’escalier d’usage ajouté au stylobate.

Les colonnes sont en place ; elles ont 98 centimètres de diamètre, 5 mètres 27 centimètres de hauteur, ce qui leur donne 5 diamètres et 1/3 de proportion. Ce sont les plus élancées que nous ayons rencontrées au sixième siècle, et cette proportion approche singulièrement du beau siècle, car le temple de Thésée, à Athènes, a S diamètres 1/2. Ainsi les époques se touchent. et les nuances qui séparent leurs œuvres sont

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légères ; mais c’est au caractère surtout qu'il convient de s’attacher pour bien se convaincre du siècle auquel appartient le temple d’Égine.

Le galbe de la colonne est légèrement renflé vers la partie supérieure et au quart de la hauteur générale. On compte vingt cannelilres, tandis que plus tard on en préférera vingt-quatre. Déjà Pæstum montre ce nombre. Le chapiteau, dont la courbe est un peu molle, a 50 cent, de saillie sur le pied de la colonne (25 de chaque côté). Il est encore refouillé et arrondi au lieu de s’appliquer franchement sur le tailloir. Les filets n’ont point encore été remplacés par un refend ; ils se fondent dans la courbe générale, et donnent de l’incertitude au gorgerin. Ces caractères, se joignant à •la proportion des colonnes, ont leur importance, surtout dans l’architecture grecque , qui procède par nuances à peine sensibles.

Les colonnes sont recouvertes d’un stuc jaunâtre. La couleur paraît avoir été pétrie dans le stuc, comme à Métaponte. Les quatre colonnes du milieu montrent les trous de scellement où s’engageait une grille de métal, clôture du pronaos et de la partie du portique qui précédait le pronaos.

Les chapiteaux sont d’une exécution peu soignée, parce qu’ils étaient couverts d’un stuc de deux millimètres d’épaisseur : c’était le stuc qui recevait le dernier fini. La couleur est un jaune d’ocre très-foncé ; elle a paru à M. Garnier une altération, le produit de diverses couleurs altérées, de rouge et d’or, par exemple. Cela n’est point impossible, mais il ne reste point

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de preuves. Nous avons vu que M. André, architecte de l’Académie de Rome, avait découvert des oves sur un chapiteau de Pæstum. M. Garnier s’inspire d’un tombeau de Corneto pour restaurer des oves sur le chapiteau d’Égine; mais il faut bien noter que ce n’est, là qu’une hypothèse.

Les grilles qui fermaient les quatre colonnes centrales ont de l’importance. Au Parthénon, on les retrouve également dans toute la hauteur des colonnes, à l’aide des trous de scellement, mais au pronaos et au posticum seulement. Nous savons par les inscriptions que le pronaos était rempli de vases en or et d’offrandes de toute sorte : rien n’est donc plus naturel que de clore le pronaos. Mais pourquoi, à Égine, a-t-on fermé le péristyle lui-même? Renfermait-il des objets précieux? Cela est invraisemblable. Était-ce pour qu’on ne passât point sur la pente douce dallée? Il y a là quelque chose de surprenant et d’insolite.

' Les architfaves portent des traces de couleur rouge, rien de plus. M. Garnier, pour sa restauration, a emprunté aux terres cuites et aux vases antiques quelques ornements que je supposerai difficilement avoir pu s’appliquer à un temple.

Les triglyphes de la frise se retrouvent par fragments. Le bec de retour est semi-circulaire, et s’allonge en temps droit, comme à Pæstum et au vieux Parthénon. Les anciens voyageurs Cockerell, Leake, Blouet, ont vu du bleu, aujourd’hui effacé. C’était une tradition constante de peindre le& triglyphes en bleu.

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Je ne vois qu’un tombeau de la Cyrénaïque où les triglyphes soient peints en vert. Aussi peut-on être assuré que c’est une éouleur altérée : le bleu a passé au vert, comme dans les vieux tableaux. Dans les fouilles que j’ai entreprises jadis à l’entrée de l’Acropole d’Athènes, j’ai trouvé dans le sol humide un triglyphe d’un bleu admirable. En quelques semaines, je vis la couleur pâlir, s’effacer, disparaître.

Les triglyphes sont échancrés, avec une rainure, pour recevoir des métopes glissées en coulisse. Ces métopes étaient-elles sculptées, ainsi que M. Garnier le croit nécessaire? Cela me paraît peu probable. D’abord, on aurait retrouvé quelques débris de sculpture, puisque l’on a retrouvé tant de choses, et surtout les statues qui décoraient les frontons. Ensuite, nous voyons sur le mur de Thémistocle, sur le mur d’entrée de l’acropole, à Athènes, sur la frise d’Apollon Épicourios, à Bassæ, que l’on glissait entre des triglyphes de pierre des métopes de marbre blanc, sans sculptures, lisses, destinées probablement à recevoir une décoration peinte.

I)e nombreux fragments de la corniche se sont retrouvés parmi les débris. Un avait choisi pour la corniche une pierre très-fine, d’un grain serré, propre à résister à l’action du temps et à porter des couleurs appliquées à nu , sans l’intermédiaire du stuc. De même à Sélinonte, en Sicile, les parties de couronnement, plus exposées, étaient en pierre plus dure, peinte, tandis que le reste du temple était en pierre tendre, recouverte de stuc. M. Blouet supposa que la

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corniche était en marbre : c’est une erreur. Quelques gouttes, en effet, ont été rapportées en marbre, mais des gouttes seulement. Le temple de Corinthe fournira un utile rapprochement.

La corniche rampante du fronton donne la décoration des autres corniches. M. Blouet a trouvé parmi les fragments transportés à Munich un ornement en forme de méandre sur le larmier. Les mutules étaient peintes en bleu, les entre-mutules rouges, comme au vieux Parthénon. 11 ne reste rien à Égine de la cimaise de marbre. Mais MM. Blouet et Cockerell en ont relevé les dessins et les couleurs. Les palmettes à sept feuilles et les lis à trois branches alternent ; le bas de la fleur est jaune, ainsi que le milieu de la palmette , qui a trois feuilles rouges et quatre bleues alternées.

Le fronton a été restauré avec un fond bleu par Stackelberg, Cockerell, Blouet : tous les ax-chitectes qui ont vu à terre les fragments sont unanimes. La pente est donnée par la pierre supérieure qui existe encore, par la hauteur de la statue de Minerve et par la pierre d’angle de la corniche rampante. Les sculptures en ronde bosse qui remplissaient les deux frontons sont célèbres. C’est le monument le plus considérable et le plus beau qui nous reste pour refaire l’histoire de la sculpture au sixième siècle et pour juger l’école éginétique. Longtemps ces statues étaient restées inconnues ; elles avaient été renversées avec l’entablement du temple et restaient enfouies sous le sol. Elles furent retrouvées en 1811 par une compagnie

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d’artistes et de voyageurs, au nombre desquels on cite Brdnsted, Cockerell, Stackelberg. Thorwaldsen les restaura à Rome : elles sont aujourd’hui à Munich. D’un côté Ajax, héros national pour les Éginètes, défendait le corps de Patrocle. De l’autre côté, un combat entre Hercule et les Troyens laissait reconnaître Oïclès, Æacide, tué pendant la guerre d’Hercule contre Laomédon. Au centre des deux frontons Minerve était debout, présidant aux batailles. Ces statues offraient également, lorsqu’on les a retrouvées, des restes de couleurs sur les vêtements, sur les armes, sur la chevelure. Mais ce sont là des sujets que nous n’avons point à traiter ici.

Enfin, au sommet des façades du temple, il y avait une dernière décoration , des sculptures qui se détachaient sur le fond et donnaient à l’arête supérieure de l’édifice plus de hauteur, de variété, de légèreté. Sur chaque angle des frontons, un griffon de style archaïque étendait ses ailes et une patte menaçante. La pointe même du fronton était surmontée d’un fleuron; à droite et à gauche du fleuron, une nymphe tenait une fleur d’une main et de l’autre relevait sa tunique.

Si nous pénétrons dans l’intérieur du temple, nous trouvons le pronaos , défendu par ses grilles, sans escalier dans l’épaisseur des murs.

Le naos, ou temple proprement dit, offre les deux, ordres de colonnes superposés que nous avons vus déjà à Pæstum. Les colonnades sont tombées, et leurs fragments, en petit nombre, motivent une restauration qui

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n’en est pas moins certaine. D’abord les colonnes inférieures sont données par des fragments de fûts et de . chapiteaux. Ces chapiteaux sont de même style et de même galbe que les chapiteaux du péristyle. Ils ont la même proportion, 5 diamètres 1/3 : la colonne avait 3 m. 70 de hauteur. L’entre-colonnementest donné par les architraves, qui sont à terre : de joint en joint on compte nécessairement les six colonnes.

Les architraves sont monolithes , ornées du taenia , ruban avec gouttes, comme si elles avaient supporté une frise à triglyphes. Des entailles, marques précieuses sur la face supérieure, indiquent le second ordre, qui était superposé au premier. Ces entailles sont demi-circulaires et d’un diamètre un peu plus grand que le diamètre inférieur des petites colonnes. Ainsi averti, M. Garnier en a recherché et retrouvé les fragments, qui sont également d’ordre dorique. Ces entailles varient de profondeur et d’exécution; elles , varient de 7 millimètres à 25 millimètres. On dirait qu’elles étaient ainsi creusées afin de rendre égales en hauteur les colonnes préparées à l’avance, et de raccourcir de quelques millimètres celles qui se trouvaient dépasser la commune mesure.

Dans sa restauration, M. Garnier a donné au second ordre du temple d’Égine les mêmes proportions qu’au second ordre du temple de Pæstum; il a obtenu ainsi la belle harmonie des deux ordres superposés qui paraissent une seule colonne coupée en deux, puis reliée par les architraves. Ainsi, les apparences de la grandeur se concilient, avec les lois bien entendues de

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la construction. On ne trouve ni plafonds ni galeries entre les deux ordres, non plus qu’à Pæstum ; du reste, il n’y avait qu’un mètre de distance entre les colonnes et le mur.

Indépendamment des traces de couleur rouge du mur de la cella, M. Garnier a trouvé un bleu assez clair sur les colonnes inférieures, et un ton rouge sur les arêtes des cannelures du deuxième ordre, mais sur les arêtes seulement, ce qui permettait à la colonne de se détacher du fond. M. Garnier a vu en outre, sur la corniche, une couleur verte, épaisse, éclatante, audessus des traces de bleu et de rouge qu’il a interpré- ■ tées dans sa restauration.

Il est impossible de ne pas être frappé du caractère archaïque que présente cet important édifice. Il n’a ni la fermeté, ni la pureté, ni les lignes exquises du temple de Thésée, et à plus forte raison du Parthénon. Mais l’art n’avait point atteint sa perfection complète, quand les architectes éginètes l’ont élevé. En vain on a supposé que le temple d’Égine était plein d’un archaïsme recherché à dessein, voulu par un esprit conservateur et hiératique. Tout m’y paraît sincère, à sa place, à sa date. C’est l’architecture du sixième siècle, avec les proportions encore un peu lourdes, les colonnes légèrement renflées, le chapiteau d’une courbe un peu molle et évasée, d’une saillie trop forte au-dessus du fût de la colonne ; l’entablement n’est point sans pesanteur; les sculpture^ sont d’un archaïsme plus éloquent encore, quoique leur beauté soit incontestable. La décoration peinte est elle-même conforme

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aux principes du vieux Parthénon, brûlé parles Perses. Tout est simple, énergique, les défauts comme les qualités, tout est sincère. C’est le temple du sixième siècle le plus curieux, le plus complet, le plus voisin de la perfection.

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