‹ Histoire de l'art grec avant PériclèsChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L’ÉCLAIRAGE DES TEMPLES

Comment les temples anciens étaient-ils éclairés? Si l’antiquité s’était appliquée à nous léguer une énigme aussi obscure que possible , si les écrivains s’étaient promis de ne laisser échapper sur ce point que des indications vagues et contradictoires; si les temples avaient été dégradés à plaisir, de manière à ne nous transmettre aucun renseignement, tout en se conservant à travers les âges, je ne crois pas que l’antiquité -eut réussi mieux que le hasard , le hasard qui préside à l’oubli et aux ruines.

Le champ a donc été ouvert aux hypothèses : elles furent diverses, contradictoires. Après avoir voulu que les temples fussent sans ouverture et sans lumière, on voulut qu’ils fussent tous inondés de lumière et sans toiture ; plus tard , on se demanda , la modération aidant, s’ils ne pouvaient être à la fois couverts et éclairés.

Lorsque les savants modernes se prirent à étudier

les temples anciens, ils remarquèrent qu'ils n’avaient point de fenêtres. Les quatre murs qui forment les quatre côtés de la cella n’étaient percés d’aucune ouverture : il n’y avait que les portes , les portes du pronaos et du posticum. Le temple de Thésée, le Parthénon, le temple d’Agrigente, le temple de Nîmes, offraient des murs de cella conservés jusqu’au sommet, avec leurs corniches, mais sans fenêtres. Telle çst la disposition du temple périptère, avec ses colonnes, que les fenêtres auraient dû tomber dans les entre-colonnements. Et alors, comment se seraient-elles conciliées avec les divisions intérieures du temple et leurs murs de séparation? D’ailleurs, sous un portique, le jour est pauvre, la projection des portiques et de leurs ombres l’atténue encore; nous en pouvons juger par nos rues décorées d’arcades.

Primitivement, quand le temple était en bois, les métopes pouvaient servir de fenêtres : un texte d’Euripide le laisse supposer. Pylade , engage Oreste à enlever la statue de Diane Taurique, à attendre la nuit et à se glisser entre les triglyphes :

Op u Si y'tlaoi rpr/k vyuv Snot zevôv Aéptaç xxQeîvou.

Plus loin, on rétro ave la même idée :

n iftvyK

KeSpaizi. rra<rrà<?&>v iinta ziptpvot Acuplxaç te rpiylvfov;.

Àgavé, dans les Bacchantes (v. 1216), appelle son fils Penthée pour monter à l’échelle et clouer entre les tri-

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glyphes une tête qu’elle croit être celle d’un lion, et qui est la tête de son fils. Mais cette sorte d'éclairage n’était possible, et encore à peine possible, que dans les temples en bois, formés de minces cloisons, sans portique, sans colonnes sur les côtés. Du moment qu’il y a un portique, les jours des métopes n’éclairent que le portique, et non le temple, qui a son mur et son propre couronnement.

Au contraire, quand la pierre fut employée, quand les exigences de l’architecture eurent donné à l’entablement une assez grande épaisseur, le jour n’était plus suffisant, même sur les temples sans portiques. Les métopes sont de petits carrés, l’épaisseur des parois est considérable, les saillies et les ombres portées des énormes corniches doriques ne le sont pas moins; l’éclairage est donc impossible latéralement. Il n’y a de fenêtres que dans un petit nombre de cas exceptionnels, à l’Érechthéion, par exemple, sur un eouloir obscur, au temple de la Concorde, à Agrigente, sur les cages des escaliers.

On remarqua cet usage, et l’on en conclut, dès le dix-septième siècle, que les temples n’étaient point éclairés. Toutes les charpentes, toutes les parties hautes des monuments encore debout avaien^ disparu : on ne se demanda point s’il y avait eu une grande ouverture dans le toit, une lanterne. Il fut décidé que les temples anciens étaient plongés dans d’épaisses ténèbres. Spon et Wheler, Perrault l’architecte, Stuart, l’abbé Barthélemy, Winckelmann lui-même, Chandler, tous proclamèrent que les temples étaient hermétiquement fermés

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et servaient uniquement d’abri à la statue du dieu.

Mais cette statue, comment la voyait- on au moment des sacrifices? Comment la foule rassemblée en avant du temple, autour de l’autel, pouvait-elle adorer Jupiter ou Minerve, distinguer, dans le fond d'une ténébreuse cella, l’œuvre de Phidias ou de Praxitèle? On supposa que le jour qui entrait par la porte suffisait, comme si les grottes ne nous apprenaient pas que la lumière horizontale pénètre à bien peu de profondeur. D’autres voulurent que des lampes éclairassent la statue, comme si, avec l’éclatante lumière du soleil, des lampes dans le fond d’un sanctuaire étaient autre chose que de petits points brillants, propres à éblouir plutôt qu’à éclairer. D’ailleurs, rien ne prouve l’emploi de ces lampes. Dans l’Érechthéion brûlait une lampe perpétuelle, parce que l’huile, fruit de l’olivier, était consacrée à Minerve. En outre, pourquoi les objets précieux entassés dans les temples? Pourquoi les peintures sur les murs, œuvre des grands maîtres? Pourquoi la couleur? Ne les visitera-t-on que la torche à la main ? C’est au nom de notre ignorance que nous fermons les temples : nous ne savons pas comment ils étaient éclairés, nous en concluons qu’ils ne l'étaient pas. ,

On trouvera des temples complètement obscurs cités par les auteurs anciens; mais ce sont des sanctuaires souterrains ou cryptes, comme le tombeau de Palémon à l’isthme de Corinthe, transformé en chapelle funéraire. Vitruve, critiquant les temples pycnostyles et systylcs, où les colonnes sont très-resser-

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rées et les entre-colonnements trop petits, ajoute que le défaut de ces sortes de portiques est de rétrécir à l’œil la largeur des portes, et d’obscurcir les sculptures : Valvarum adspectus obstriiitur columnarum crebritate , ipsaque signa obscurantur. Ce passage de Vitruve pourrait être interprété dans un sens favorable au système qui éclaire les temples par la porte, si Yitruve ne parlait que des monuments de son temps ; car les proportions d’entre-colonnements qu’il donne pour modèle sont romaines, et mesurent trois fois le diamètre de la colonne. Quant au mot signa , qui dit qu’il ne s’applique pas aux frises sculptées sur le mur de la cella? Si même il s’agit de la statue du Dieu, en rétrécissant les portes par la projection des colonnes trop serrées, on nuit à son effet; on ne la laisse plus voir que de face, et les angles de vision deviennent moins nombreux. Chez les Grecs, quand on voulait couvrir entièrement un temple et l’éclairer, on ne mettait ni mur, ni porte sur la façade ; le temple de la Victoire sans ailes en est la preuve.

Le meilleur argument qu’emploient les partisans de ce système, c’est le thème général de toutes les négations. « Nous n’avons trouvé aucune trace d’éclairage, « donc le temple n’était pas éclairé. Ceux qui prête tendent qu’il l’était, qu’ils le prouvent. C’est l’affir- « mation qui a besoin d’être démontrée. »

On chercha donc des faits à l’appui du système contraire, et l’on produisit au jour un passage de Vitruve 1 :

i Liv. III, ch. i.

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« Le temple hypèthre a dix colonnes au pronaos et au « posticum. Semblable aux grands temples dont la « colonnade extérieure est double, il a, dans l’inté- « rieur de la cella, deux rangs de colonnes super- « posées, éloignées des murs, laissant de l’espace- « pour la circulation, comme les portiques du péristyle. « L’espace compris entre les deux portiques de l’inté- « rieur est à ciel ouvert et sans toiture, medium autem « su b divo est , sine tecto ; il y a des portes de chaque « côté, et dans le pronaos, et dans le posticum. Nous « n’avons point à Rome de temple hypèthre, mais il y « en a à Athènes, avec huit colonnes sur les façades, « par exemple, le temple de Jupiter Olympien (ou « bien avec la conjonction et, et le temple de Jupiter « Olympien.)»

Le temple de Jupiter avait plus de huit colonnes sur les façades. L’indication de Yitruve serait donc fautive; d’un autre- côté, la conjonction et donne à la phrase latine une singulière tournure. Un passage aussi important s’est trouvé malheureusement incorrect, et les variantes se contredisent. La discussion a donc été aussi vive que confuse. Que signifient ces dix colonnes au posticum et au pronaos? Pourquoi les seuls exemples cités par Yitruve sont-ils une exception aux règles qu’il pose? Ces portçs de chaque côté , sont-ce les portes ordinaires en avant de la cella, ou bien des portes latérales, comme celles qui existent au temple de Jupiter Olympien, à Sélinonte, uniquement destinées à la foule? D’ailleurs, pourquoi la foule circulait-elle dans les temples hypèthres plutôt que

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dans les temples ordinaires? Quels sont ces temples à huit colonnes dont parle Yitruve ? Le Parthénon? mais il a un opisthodome qui assurément ne servait point de passage à la foule, puisqu’il contenait le trésor public. Le temple de Jupiter Olympien? mais il a plus de huit colonnes sur les façades. Le temple d’Olympie? mais il n’en a que six. Faut-il ajouter ou retrancher la conjonction et? — Les incertitudes sont nombreuses et sans issue : il faut donc attendre une leçon meilleure du texte de Yitruve. Toutefois, en laissant de côté les discussions de détail, l’existence de l’hypèthre est attestée clairement par le témoignage de l’architecte d’Auguste. Les anciens avaient des temples hypèthres, rares peut-être, dont les dispositions et les règles étaient formulées par les architectes grecs : Yitruve, qui parle d’après eux, donne un résumé de leur formule.

L’existence de l’hypèthre, Quatremère de Quincy le fait très-bien observer, était un coup funeste porté au système de l’obscurité. Comment admettre chez le même peuple deux coutumes aussi opposées? Comment concevoir, à côté de temples hermétiquement couverts et plongés dans les ténèbres, des édifices inondés de lumière, de poussière et de pluie?

D’abord, qu’est-ce que l’hypèthre ? Quel sens exact doit-on attacher à ce mot? Ozb aïOepo; signifie sous l’éther, sous la voûte du ciel. On dit d’une cour qu’elle est à ciel ouvert, STrx'.Opo;. L’atrium des maisons de Pompéi est un hypèlhre. Le temple hypèthre est donc complètement découvert, sub dio , sine tecto. Pour le

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réduire à son expression la plus simple, c’est un mur rectangulaire flanqué d’un portique de chaque côté : le portique extérieur est le péristyle, le portique intérieur forme une cour, et tout-l’cspace entouré par ce portique est Yhypèthre.

Il semble que cette disposition rappelle les temples primitifs, qui n’étaient qu’une enceinte consacrée, entourée de palissades ou de murs ; au milieu était la statue du dieu. Plus tard, on ajouta à cette clôture des portiques pour abriter la foule. Les Grecs avaient conservé quelques-unes de ces anciennes enceintes.

Mais l’hypèthre, à son tour, devait soulever de nombreuses objections. Quoi! les magnifiques statues de Phidias, les colosses d’or et d’ivoire, le marbre, le bois sculpté, tout cela sera exposé aux rayons dévorants du soleil, à l’action lente, mais infaillible, du froid et des pluies ! Car il fait froid en Grèce, il y pleut, le vent du sud y arrive imprégné de sels rongeurs. Quoi! les offrandes, les objets précieux, les tableaux d’Apelle et de Zeuxis, les fresques de Polygnote et de Parrhasius, tout cela restera exposé à l’intempérie des saisons ! Ces arguments, et bien d’autres, ont été présentés avec force par M. Ross dans ses Hellenica. Le titre de son mémoire ressemble à un cri de guerre : Plus de temples hypèthres !

Malgré l’anathème de M. Ross, les temples hypèthres firent dés progrès dans l’opinion. Je vois même la plupart des architectes qui étudient les monuments grecs les supposer hypèthres dans leurs restaurations, qu’il s’agisse du Parthénon ou du temple de Thésée, du

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temple d’Égine ou des monuments d’Athènes et de la Sicile. Partout, même dans les plus petits temples, on veut une cella complètement découverte. D’un excès on passe à l’autre ; on a horreur des ténèbres, on souhaite partout le soleil et la clarté. Est-ce à dire que les monuments aient fourni des preuves que l’on n’avait point trouvées dans les auteurs? Noû, caries ruines n’ont donné encore aucun indice précis, sûr, incontestable. On a bien remarqué au Parthénon que le sol sur lequel posaient les colonnes des portiques intérieurs était un peu plus élevé que le sol de la cella ; mais sur les dalles de marbre on ne voit aucune trace de la chute des pluies, aucun conduit pour leurs eaux. On signale bien à Égine un certain nombre de couches de peinture sur le stuc qui recouvrait le sol de la cella ; mais ces réparations peuvent avoir été amenées par le pas des hommes, beaucoup plus que par l'action du climat. On dira encore qu’à Pæstum le dallage est effondré sur les côtés et intact au milieu du temple. Mais Pæstum a été abandonné; les modernes l’ont détruit pour construire une ville nouvelle. N’a-t-on pu enlever les charpentes et les parties hautes avant qu’elles ne tombassent? On a cité quelques fragments de corniche, quelques moulures qui semblaient s’accommoder à l’hypèthre : ainsi, M. Lebouteux a signalé au temple d’Apolion Épicourios un morceau de corniche intérieure avec un larmier. Cependant, d’un débris heureusement interprété on ne peut tirer une conclusion générale, et qui s’applique à tous les temples grecs. Car, d’un autre côté, tandis que M. Thomas

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suppose que le temple de Pæstum était hypèthre, M. Labrouste donne un fragment qui prouverait que le temple était couvert.

Pour le Jupiter Olympien d’Athènes et de Sélinonte, i’hypèthre se démontre par une raison bien simple, c’est qu’il était impossible de couvrir ces vastes monuments,' et de trouver des matériaux d’une portée aussi énorme.» Les anciens eux-mêmes nous signalent de tels édifices. Le temple d’Apollon Didyméen àMilet, dit Strabon *, est resté sans couverture, à cause de sa grandeur. Parfois, un motif religieux exigeait que le sanctuaire restât découvert. Jupiter, Dieu de la poussière, Kévto;, avait un temple sans toit, de même que Jupiter Fulgur à Rome, le Ciel, le Soleil, si l’on en croit Varron : la cause en est facile à deviner.

Par conséquent, l’existence de l’hypèthre doit être admise dans deux cas : lorsque l’édifice est trop vaste pour être couvert, lorsque les dieux sont de telle nature qu’ils doivent descendre, au gré de l’imagination des croyants, dans l’intérieur de leurs temples, que ce soient la poussière, la lumière ou la foudre divinisées. Mais la connaissance de ces deux catégories de temples hypèthres, assez rares en comparaison des innombrables temples que nous indiquent les auteurs, nous autorise-t-elle à voir des hypèthres partout? Non, assurément, et je vais plus loin. Je crois que la double colonnade que l’on trouve dans l’intérieur des temples, tels que le Parthénon, les temples de Pæstum et d’É-

1 Liv. XIV, p. 634.

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gine, se prête beaucoup mieux à une toiture qu’àl’hypèthre, en diminuant la largeur de la cella et la portée des poutres, quelles soient en pierre ou qu’elles soient en bois ; ils rendent la couverture à plates-bandes plus facile. Car Vitruve dit que les hypèthres ont deux ordres de colonnes superposées; mais il ne dit pas que les temples qui ont deux ordres superposés fussent nécessairement hypèthres.

Si le système de l’hypèthre semble plus vraisemblable que le système des temples complètement fermés, il faut reconnaître cependant qu’on l’a appliqué d’une manière aussi absolue et tout aussi exclusive. N’était-il point possible de s’arrêter entre les deux extrêmes, de concilier les difficultés, ou, à proprement parler, de résoudre le problème? car ce n’est point le résoudre, c’est l’éluder, que de couvrir le temple sans l’éclairer ou de l’éclairer sans le couvrir. Ne pouvait- il y avoir dans la toiture une interruption, une vaste ouverture qui laissât tomber cette belle lumière perpendicidaire que nous aimons dans nos grands édifices et nos musées? Ici se présente une troisième hypothèse, qui aborde directement le problème en essayant à la fois d’éclairer le temple et de le couvrir. Cette hypothèse est à la fois la plus satisfaisante, parce qu’elle plaît au bon sens et à l’admiration respectueuse que nous professons pour les anciens, et la plus embarrassante, parce que les monuments ne donnent aucune preuve et que nos architectes ne trouvent point de solution qui paraisse digne du génie grec.

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Ce système de conciliation a été exposé en détail par un esprit éminent, qui est toujours conduit par une haute raison et par l’intelligence de l’art. M. Quatremère de Quincy, dans le troisième volume des Mémoires de l' Institut (classe d’histoire et de littérature), a réuni presque tous les arguments qui militent en faveur de l’éclairage des temples couverts. Seulement, M. Quatremère lui-même a éludé la difficulté en donnant au temple grec une voûte pour couverture, erreur considérable, qui tient à une époque où l’architecture romaine était beaucoup mieux connue que l’architecture grecque.

Avant tout, il est intéressant de savoir si les textes anciens nous permettent de supposer l'existence- d’une ouverture dans le toit d’un temple grec. Je remarque déjà que la langue grecque avait un mot pour désigner cette ouverture, c’est l’&ïaîsv, l’iirf), mots voisins d’o-TG[/.ai, c^.a : l’ouverture était l’œil du monument, c’était par là qu’il voyait le jour. Les Latins traduisent par lumen , transenna, photagogos , mot grec luimême , qui signifie conducteur de la lumière. Le temple d’Eleusis, commencé sous Périclès , devait recevoir la foule des initiés. Son immense cella était éclairée par une ouverture au sommet du temple ; car Plutarque raconte que l’architecte Xénoclès, qui termina le temple, le couronna de son kratcv, construisit X ouverture du couronnement , èrxîcv èvaxtépsu èy-spûpwsc. Par un rapprochement significatif, Lucien, dans son Pseudomantis , parle d’un imposteur qui imitait les mystères d’Éleusis. La foule assistait

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aux amours de Diane et d’Endymion : une femme nommée Rutilia faisait Diane. On voyait Diane descendre du ciel par une ouverture ménagée dans le plafond.

De même, Justin nous fait savoir qu’à l’approche des Gaulois, au moment où Delphes était menacé, les Grecs crurent voir Apollon descendre du ciel et sauter dans son temple par l’ouverture du toit : Advenisse deum clamant , eumque se vidisse desilientem in templum per culminis aperta fastigia. Le mot culminis empêche de songer à l’hypèthre.

Quand la statue colossale de Jupiter fut placée dans le temple d’Olympie, Phidias pria ce dieu de lui manifester si son ouvrage lui était agréable *. La foudre tomba aussitôt et frappa le pavé même du temple. A la place qu’elle avait touchée, on plaça un vase d’airain, analogue au puteal des -Romains. Cela prouve que le temple- était hypèthre? dira-t-on. Non pas, car Strabon raconte que la statue de Jupiter était si grande, quoique assise, que si elle se fût levée, sa tête eût heurté le plafond. Donc, il y avait un plafond et une ouverture.

Sans quitter Olympie, du temple de Jupiter passons au temple de Junon. Les Lacédémoniens attaquèrent un jour l’enceinte sacrée d’Olympie, et les guerriers éléens qui la défendaient montèrent sur les toits pour accabler les Lacédémoniens de leurs traits. Un des guerriers, blessé grièvement, se glissa entre le toit et

1 Pausanias, V, 11..

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le plafond du temple de Junon, et là, il expira. Son corps ne fut retrouvé que longtemps après. La phrase de Pausanias est explicite 1 : il se glissa entre le toit qui supporte les tuiles et le toit qui reçoit l’ornement,

. la décoration, c’est-à-dire le plafond. Mais il fallait qu’il y eût quelque part une interruption entre ces deux parties de la toiture, entre les poutres horizontales et les chevrons qui formaient son triangle. Cette interruption, n’était-ce pas l’è^aTov?

L’art grec et l’art romain ne doivent point être confondus, la différence des époques et des mœurs s'y oppose. Toutefois, l’analogie peut nous prouver que ce que nous croyons impossible ne l’est pas. Lorsqu’on construisit le temple de Jupiter Capitolin, le dieu Terme refusa de céder sa place, et on dut l’enfermer dans le temple nouveau. Comme le dieu Terme ne pouvait être adoré qu’en plein air, on ménagea un trou dans le toit au-dessus delà statue2. Varron, d’ailleurs, rapporte que Jupiter, le dieu du Jour, était adoré en plein air : aussi son toit était-il percé, inde ejusperforatum tectum , ut videatur divum, id est cœlum. Ce sont des exceptions, dira-t-on. Ces exceptions prouvent qu’il était possible de ménager des ouvertures dans le temple grec, car le temple de Jupiter Capitolin était d’ordre dorique.

Les textes anciens nous autorisent donc à croire que les toits des temples pouvaient se prêter au passage

1 Paus., V, 20.

* Servius, ad Virg., IX, 448 ; Ovid., Fast., II, 671.

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de la lumière. Il est certain qu’on se demandera comment cette ouverture était fermée à la pluie et aux intempéries du ciel. Soit qu’on étendît des voiles magnifiques, soit qu’on employât le verre, la difficulté était moins grande que ne le croient les modernes. Winckelmann a vu trouver à Pompéi des vitres de 28 à 30 centimètres carrés1. Le musée de Berlin en possède de semblables, très- épaisses. Je ne parle ni dos pierres spéculaires, feuilles de talc qu’on trouve entre les couches de plâtre, ni d’une pierre jaune et transparente qui ne fut découverte en Cappadoce qu’au temps de Néron. Bleuet a trouvé devant le temple d’Olympiedes fragments de pâte de verre transpaftnte et d’une grande épaisseur2. Était-il difficile de disposer ces substances favorables à la lumière sur des châssis? Une inscription déposée dans le temple d’Egine ne parle-t-elle pas de quatre fragments appartenant à l’ôzr, d’un temple3? L’habileté des anciens dans le travail des charpentes est constatée par le Digeste 4, puisqu’on faisait pour les cours des charpentes mobiles qui se montaient l'hiver et se démontaientl’été. A Cyzique, selon Pline, le lieu où se réunissait le sénat était couvert de la même manière. La charpente était assemblée sans boulons ni ferrements ; les poutres se démontaient et s’ajustaient à volonté 5.

J Tome III, p. 207, éd. Carlo Féa.

* Expid. scientif. de Morte , t. I, p. 70.

3 Raoul-Rochette, Journal des Savants, Ï84G, p. 775. » XVI, 242, § 2.

* Pline, llisl. nat., XXXVI, 28.

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