‹ Histoire de l'art grec avant PériclèsChapitre 24 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A quelques lieues de Corinthe, à l’extrémité d’une plaine qui est commune aux deux villes, s’élevait jadis Sicyone, dont le nom occupe une place considérable dans Thistoire de l’art grec. Sicyone ne fut jamais puissante. Le voisinage de Corinthe la condamnait à un rôle secondaire ; son commerce était subordonné à celui de Corinthe, et, quelque prospère qu’il fût, il n’était que le retlet de la prospérité corinthienne. La ville ne pouvait donc espérer d’accroissements, mais elle brilla parmi les villes grecques par son amour pour les arts, par l’éclat avec lequel elle les cultiva, par le nombre d’artistes auxquels elle donna naissance. Située au seuil du Péloponèse, ainsi que Corinthe, Sicyone fut un premier point de fusion entre le génie dorien et le génie ionien : ses écoles unirent les principes et la solidité de l’un avec la liberté et la grâce de l’autre. La situation des ruines de Sicyone a quelque chose d’enchanteur. 11 est vrai que ces ruines sont toutes dans l’ancienne citadelle. La ville basse, qui s’étendait

dans la plaine et se reliait à la mer, fut détruite dès l’antiquité par Démétrius Poliorcète. Les murs qui l’entouraient, ainsi que le port et le quartier maritime, n’avaient pas moins de trois lieues de tour. Mais Démétrius, l’an 303 avant J.-C., s’étant emparé de Sicyone, la détruisit et transporta ses habitants sur le plateau consacré à Cérès. Il espérait pouvoir ainsi la défendre et la garder plus facilement.

C’est donc uniquement sur le plateau que se trouvent les ruines de Sicyone, soit les restes de la ville de Démétrius, soit les débris des temples, du stade, du théâtre, qui se trouvaient auprès de l’ancienne acropole. Cette acropole est vaste et unie. Jadis l’eau y était amenée en abondance, et arrosait de fertiles jardins ; aujourd’hui les jardins ont fait place à des champs d’orge et de blé. Plusieurs chemins, taillés dans les rochers et jadis fortifiés, conduisent sur le plateau qui commande une vue admirable. Le regard des Sicyoniens embrassait une plaine couverte de moissons abondantes, dont la plus grande partie appartenait aux Corinthiens -, il embrassait aussi, avant la destruction de Démétrius, la basse ville avec ses temples, ses œuvres d’art innombrables, ses vaisseaux, qui ne pouvaient rivaliser avec les Hottes puissantes de Corinthe. A droite, ils voyaient l’Acrocorinthe, une véritable montagne dont les rochers dorés par le soleil supportaient la forteresse et le temple de Vénus peint de riches couleurs. *Le golfe de Corinthe, dont les eaux sont plus bleues que le ciel, s’arrondit mollement et s’arrête tout à coup au promontoire de Junon Aeræa, qui cache la

mer des Alcyons. Au delà du détroit, la vue se porte sur les côtes de laBéotie, de la Phocide, de la Locride, découpées à l'infini. Le Parnasse, l’Hélicon, le Cithéron dressent à l’horizon leurs sommets blanchis par la neige. La mer elle-même, resserrée de toutes parts, ajoute au charme d’une riante nature, et les tempêtes ne peuvent l’agiter jusque dans ses profondeurs. Eu face de Sicyone s’étend une plage de sable fin où naissent au printemps les lis marins et les fleurs dont les racines aiment l’humidité. La douceur du site ne nuit point à son grand caractère. Un peuple qui vivait au milieu de conditions aussi charmantes semblait prédestiné à l’amour du beau et des jouissances élevées.

De tout temps, en effet, les arts furent en honneur à Sicyone. Elle disputait, à Corinthe des inventions auxquelles l’une et l’autre ville avaient également tort de prétendre, par exemple celles de la plastique et de la peinture. Mais ces prétentions prouvent du moins que la culture des arts remontait dans ce pays à une haute antiquité. Pline rapporte que Sicyone fut longtemps le centre et, pour ainsi dire, la patrie de toutes les industries qui emploient les métaiix, officinarum metallorum omnium patria. Encore en cela elle rivalisait avec Corinthe; peut-être cet art précoce était-il un héritage des Telchines , tribu vantée pour son habileté à travailler les métaux et qui avait anciennement occupé Sicyone. Si Corinthe subit l influence de l’art oriental, Sicyone la subit également, et la jalousie avec laquelle les deux cités se disputaient toutes les inventions prouve que l’art avançait également aux

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deux extrémités de la plaine. Le jour seulement où les procédés furent assez parfaits pour que le talent individuel pût se développer librement et les écoles se fonder, ce jour-là, une grande différence s’établit. Corinthe fut bientôt singulièrement surpassée.

Avant le milieu du sixième siècle, je cherche en vain, à Sicyone une œuvre que les historiens aient signalée. Je parle d’une statue en métal, car Palusanias cite quelques statues en bois, particulièrement un Hercule qu’on attribuait à Laphaès, sculpteur de Phlionte, ville voisine. 11 ne fait que mentionner également deux grossières représentations de Jupiter et de Diane exposées sur la place publique : Jupiter était une pyramide, Diane une colonne. Le trésor des Sicyoniens était célèbre à Olympie. Il était composé de deux chambres revêtues de bronze, où l’ordre dorique et l’ordre ionique étaient alliés.

L’activité des ateliers de Sicyone nous est inconnue, mais elle était réelle. Des artistes commençaient à s’y former, lorsque deux sculpteurs étrangers vinrent s’y fixer. C’étaient deux Crétois nommés Dipœne et Scyllis. Yinrent-ils s’établir à Sicyone parce qu’ils devaient y trouver des compagnons et des élèves? Existait-il entre la Sicyonie et la Crète des relations habituelles, tradition des Telchines que l’on sait avoir habité l’un et l’autre pays? Cette dernière supposition n’a rien d’iuvraisemblable.

Le développement des métiers qui peu à peu conduisirent à l’art apparaît de bonne heure en Crète. Les Dactyles et les Telchines furent toujours renommés

dans le travail des métaux. Le voisinage de l’Égypte et de la Phénicie exerça une salutaire action. La Crète se trouvait sur la grande ligne de navigation commerciale des Phéniciens, qui y possédèrent des établissements. L’art de sculpter le bois et d’y tailler des dieux est représenté par le fabuleux Dédale, dont le mythe ligure, peut-être les exportations des produits crétois. Dédale vint à Athènes à la suite de Minos, comme il alla avec lui en Sicile. N’est-ce pas dire que le conquérant apportait avec lui la civilisation et les arts naissants? L’empire maritime établi par ce roi, la Grèce réduite en partie à lui payer tribut, Athènes et Mégare notamment, la mer purgée des pirates phéniciens (car sur mer, comme sur terre, la race sémitique est portée au brigandage), furent des événements qui agirent sur la destinée de la race grecque. La Crète, celte île au climat privilégié, aux ports magnifiques, au sol fertile, vaste comme un continent et cependant à l’abri des invasions, était dans une situation admirable pour commander la mer. Elle était le centre de la Méditerranée orientale, et Aristote, dans Sa Politique (II, 10), remarque aussi qu’elle semblait appelée à régner sur toute la Grèce. L’empire de Minos fut la première manifestation de cette belle destinée. Pourquoi finit-il avec lui? Pourquoi la Crète disparutelle aussitôt de la scène du monde? C’est un problème qui n'a point été résolu, et que les historiens modernes , qui se sont occupés spécialement de la Crète , n’ont point accusé assez fortement. Peut-être est-ce dans la constitution intérieure d’un pays qu’il faut

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chercher les causes de sa grandeur ou de sa faiblesse extérieure : la même loi préside à la destruction des États et à la décomposition du corps humain.

Les colonies doriennes qui vinrent s’établir en Crète y trouvèrent plus de calme que les conquérants de même race n’en trouvèrent dans le Péloponèse. Aussi l’île était-elle déjà redevenue florissante quand la.Grèce était encore déchirée par les luttes des races qui se la disputaient. Les arts y grandirent d’autant plus vite qu’ils sentaient de plus près l’influence orientale. Les artistes crétois purent, à diverses reprises, venir donner des leçons à la Grèce. Ce que Dédale était pour la sculpture en bois, Dipœne et Scyllis le furent pour la sculpture en marbre. Les premiers, dit Pline, ils s’illustrèrent par ce genre de travail.

Le marbre qu’ils employaient était le marbre de Paros, à l’exemple des sculpteurs de Chio, et, ce qui est digne d’être noté, c’est que dans les deux îles de Paros et de Chio les Crétois avaient établi des colonies.

Dipœne et Scyllis vivaient avant Cyrus, vers la Le olympiade ; car Cyrus, parmi le butin enlevé de Sardes, emporta une statue d 'Hercule que ces deux artistes avaient faite pour Crésus. Ainsi, ce roi éclairé autant que magnifique avait demandé des œuvres d’art à la Crète, aussi bien qu’à Samos et à Plonie. Seulement comme le royaume de Lydie fut détruit trente-cinq ans plus tard par Cyrus, on ne peut décider si laL° olympiade marque l’époque de la naissance des deux artistes ou celle de leur activité.

Arrivés à Sicyone, Dipœne et Scyllis entreprirent

quatre statues de divinités. Peut-être les Sicyoniens les avaient-ils appelés de Crjète pour exécuter ce travail, séduits, comme Crésus, par leur réputation. Ces quatre statues étaient commandées et payées par l’État : c’était donc un travail d’une grande importance. Avant de l’avoir achevé, cependant, les artistes étrangers quittèrent Sicyone et se réfugièrent en Étolie. Ils se plaignaient, dit Pline, d’une injustice. Sans doute, persécutés par leurs rivaux, ils avaient subi quelque affront public. La jalousie dut être le fond de cette querelle. Les artistes sicyoniens, qui façonnaient les métaux, durent considérer avec envie ces étrangers qui savaient travailler cette belle pierre blanche transparente, rehaussée de grains harmonieux qui imitaient la fleur et jusqu’aux taches légères de l’épiderme humain, cette pierre qui n’avait, pas de nom dans la langue grecque, que l’on faisait venir à grands frais de l’ile de Paros, qui donnait aux formes une douceur et une lumière inconnues.

Dipœne et Scyllis restèrent quelque temps en Étolie, ou plutôt en Acarnanie, car je crois à une erreur géographique de Pline, qui ajoute que la ville d’Ambracie (en Acarnanie) était remplie des oeuvres des deux Cretois. Les pays étant limitrophes, [le naturaliste romain a pu se tromper. Les arts n’avaient rien de com- . mun avec les Étoliens, peuple grossier, adonné au brigandage, méprisé des autres Grecs. Ambracie, au contraire, située sur un beau golfe, entourée d’un fertile territoire, fut une ville très-riche jusqu’à la guerre du Péloponèse; c’était, de plus, une colonie corin-

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thiennc. Ce fut donc là que les Cretois trouvèrent un accueil si favorable qu’ils» y restèrent assez longtemps pour exécuter des œuvres nombreuses. Mais un jour la peste éclata à Sicyone; la famine s’ajouta à la peste, et l’oracle de Delphes, consulté par les Sicyoniens, leur répondit qu’ils étaient justement punis par les dieux de leur ingratitude envers Dipœne et Scyllis. Les artistes furent rappelés, reçus avec de grands honneurs, comblés de présents. De retour à Sicyone, ils achevèrent leurs quatre statues. C’étaient Apollon , Diane , Hercule , Minerve , qui peut-être ne formaient qu’un seul groupe représentant la fameuse dispute du trépied, si chère aux villes doriennes. Hercule, pour forcer la pythie à répondre à ses questions, enlevait le trépied de Délphes; Minerve l’assistait, comme cela se voit sur les vases peints; Apollon et Diane s’efforçaient de reprendre le trépied. Toutefois, ce sujet se prête , peu à être traité en ronde bosse; il est plus favorable au bas-relief; le fameux relief du musée de Dresde en est la preuve. La vivacité des poses, les personnages entremêlés, le mouvement des divinités qui se disputent le meuble sacré, tout cela était difficile à rendre pour un art qui s’essayait à sculpter le marbre, et n’était encore que peu sûr de sa force. Il est plus naturel de croire que c’étaient des statues isolées destinées à divers sanctuaires et représentant les divinités principales de la ville.

La statue de Minerve fut plus tard frappée de la foudre; à Rome, sans doute, où les statues auraient été transportées, car Pausanias ne les vit plus à

Sicyone. Clément d’Alexandrie rapporte que Dipœne et Scyllis avaient sculpté en outre pour les Sicyoniens une statue de Diane, non plus en marbre, mais en bois. Il faut bien noter que ces deux artistes n’ont pas seulement travaillé le marbre. Avant de suivre l’exemple des statuaires de Chio, ils taillaient le bois; c’est pourquoi on les appelait élèves de Dédale, bien que plusieurs siècles les séparassent de ce temps fabuleux. On ne doit donc pas craindre de prêter à leurs œuvres un caractère archaïque, embarrassé, roide, et, lorsqu’ils façonnaient le marbre, le mérite d’exécution devait être contestable. D’ailleurs, ni les Orées ni les Romains n’ont loué leurs essais, tandis qu’ils avaient un goût si vif pour les œuvres de Théodore de Samos, et surtout pour celles de Bupalus de Chio.

Cléone et Argos, deux villes peu éloignées de Sicyone, possédaient également des statues des vieux maîtres crétois. Pline dit que l’une et l’autre cité en étaient remplies; mais cette assertion exagérée ne persuadera personne. Soit que les Crétois eussent continué de résider à Sicyone, soit qu'ils se fussent transportés dans deux villes si voisines, il est certain qu’ils travaillaient pour les habitants de Cléone et d’ Argos. Pour Cléone, ils firent une Minerve; pour Argos, six. statues composant un ensemble placé dans le temple des Dioscures. Ou voyait Castor et Pollux, tenant chacun un cheval ; Hilaïra et Phœbé, leurs femmes ; Anaxis et Mnasinoos , leurs fils. Ce groupe autoriserait la supposition que j’indiquais plus haut, et qui

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réunit en un même drame les quatre dieux qui se disputent le trépied de Delphes. Les figures étaient en bois d’ébène, quelques parties seulement en ivoire. L’art d’associer et d’agencer des matières différentes est déjà développé; les morceaux d’ébène, qui ne pouvaient être considérables, étaient ajustés avec soin ; l’ébène lui-même n’est guère moins dur à tailler que le marbre. Sans rien préjuger du style encore primitif de ce groupe, on devine qu'il comporte une assez grande habileté pratique et que les combinaisons de substances variées qui ont été le privilège de l’art grec sont déjà en honneur.

Argos n’est séparée que par deux heures de marche de Tirynthe, la ville d’Hercule, Tirynthe, qui montre aux voyageurs l’enceinte complète de ses murs cyclopéens, roches superposées que des portes et des passages obliques semblent défendre encore. C’est bien la cité homérique, le repaire d’un chef de bande établi sur une éminence d’où il surveille la plaine, le camp fortifié où une tribu belliqueuse renferme aussi bien le butin conquis par son propre brigandage que les troupeaux et les instruments de labourage menacés par d’autres brigands. Tirynthe avait perdu de son importance et Argos l’avait facilement effacée. Elle .n’en était pas moins respectée à cause de ses antiques souvenirs. Aussi les Tirynthiens imitèrent-ils l’exemple de leurs voisins et demandèrent-ils aux Crétois une statue d’Hercule, leur fondateur. C’est la troisième statue de ce dieu, si révéré des Doriens, qu’exécutèrent Dipœne et Scyllis. De même ils répé-

tèrent plusieurs fois l’image de Minerve. La Renaissance italienne nous montre avec quelle tranquillité naïve les maîtres primitifs se copient eux-mêmes.

Enfin le moine Cédrénus, historien byzantin dont les inepties sont nombreuses en matière d’art, raconte qu’il y avait à Constantinople, dans le palais de Lausus, une Minerve en émeraude haute de quatre coudées, * c’est-à-dire de six pieds. Sésostris, roi d'Egypte, l’avait envoyée en présent à Cléobule, tyran de Lindos, dans l’ile de Rhodes. Cette statue était l’œuvre de Dipœne et de Scyllis. Il est aussi naturel de faire ces artistes contemporains de Sésostris, qui vivait un millier d’années avant eux, que de confondre Bupalus de Chio avec Lysippe, comme l’a fait le même Cédrénus. Je ne dis rien de l’émeraude de quatre coudées, ou plutôt je soupçonne le moine ignorant d'avoir mal compris le mot lychnitès , par lequel on désignait une certaine qualité de marbre de Paros, et d’avoir cru qu’il s’agissait d’une pierre précieuse, émeraude ou autre. Dans ce cas, on admettrait simplement qu’il y avait dans le palais de Lausus une statue de Minerve, haute de six pieds, en marbre blanc, attribuée à Dipœne et à Scyllis. Cette statue, commandée anciennement par le tyran Cléobule, un des sept sages, avait été enlevée deLindos. Lindos était une des cités dorjen nés de l’île de Rhodes; ses relations avec la Crète étaient tout à fait naturelles. Cléobule, d'ailleurs, fit ce qu’avait fait Crésus.

Tels sont les détails que l’antiquité nous a transmis sur les œuvres de ces deux artistes, mais sans parler

de leur beauté ni de leur mérite ' relatif. Peut-être Dipœne et Scyllis s’étaient-ils uniquement rendus célèbres par l’art d’employer le marbre, chose nouvelle sur le continent. Ils sont appelés fils ou élèves de Dédale, ce qui semble les rattacher aux anciennes traditions et au style archaïque; de plus, ils travaillaient le bois, même sur le continent. Je serais tenté de croire qu’ils ne surpassaient leurs contemporains que par « leur adresse, leurs connaissances techniques; l’art leur dut un progrès tout matériel. Il n’est pas jusqu’à leur association qui ne me paraisse trahir des habitudes encore étroites, une routine timide ; chacun avait sans doute sa spécialité, celui-ci le nu, celui-là les draperies. Deux hommes qui unissent constamment leurs forces accusent par là leur faiblesse. Cette uuion est fréquente dans l’enfance de l’art : Théodore et Rhœcus, Téléclès et Théodore, Bupalus et Athénis en sont la preuve. Un tel dualisme rappelle les métiers où chaque ouvrier exécute constamment la même pièce d’une arme ou d’une machine, ou, pour nous servir d’une comparaison plus noble et plus juste, il rappelle certains tableaux flamands où les animaux sont d’une main, le paysage d’une autre main ; les ligures sont de Rubens, les accessoires et les fleurs sont de Pierre Breughel.

. Sans attribuer un grand mérite à Dipœne et à Scyllis, il faut reconnaître quelle salutaire influence ils ont exercée sur l’art de la Grèce continentale. Ils lui ont apporté des procédés plus savants et cette admirable matière dont la sculpture moderne est si éprise,

sans laquelle la sculpture ancienne n’aurait point atteint sa divine perfection, le marbre». Leur action s’étendit d’autant plus qu’ils se déplacèrent : Ambracie, Cléone, Argos, Tirynthe, s’enrichirent de leurs productions; Corinthe était trop voisine pour ne pas profiter de leur exemple; Sparte leur dut son école de sculpture. C’est ce que nous constaterons en retraçant l’histoire de leurs élèves immédiats.

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