CHAPITRE Y
MÉTAPONTE, CHOTONE.
En quittant Pæstum, nous ne quitterons point l’Italie sans chercher les monuments de l'art grec ; nous les chercherons dans toute la partie de ritalie où la race grecque s’est établie, dans cette immense contrée qu’ils appelaient la Grande-Grèce, parce qu’elle leur semblait en effet à eux-mêmes plus grande et plus riche que leur propre patrie. Malheureusement, peu de pays ont été aussi cruellement ravagés. Dans l’antiquité, tantôt les possesseurs légitimes du sol, Samnites ou Lucaniens, Chones ou OEnotriens, refoulés par les colonies dans leurs montagnes, réunissaient toutes leurs forces, et écrasaient quelque ville de la côte ; tantôt les Grecs eux -mêmes, divisés par la différence de race, d’intérêts, d’ambition, détruisaient leurs propres cités. Plus tard, les guerres d’Annibal, retranché dans le sud de l’Italie comme dans une forteresse, ne furent pas moins funestes. Que dire des temps modernes, où la barbarie et la dévastation ont été promenées sous tant de formes dans ces malheu-
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reux pays? Aujourd’hui, il reste encore debout, çà et là, quelques colonnes pour marquer l’emplacement des lieux antiques. Il faudrait entreprendre des fouilles pour retrouver sous le sol qui les recouvre les débris propres à éclairer la science; mais la Grande-Grèce est peu explorée, les voyages y sont difficiles, ceux qu’on y a faits, et dont la relation a été publiée, n’ont point un caractère assez scientifique, et nous présentent plus de déceptions que d’enseignements. Deux points seulement, Pæstum et Métaponte, sont bien connus. Nous avons parlé de Pæstum; il nous reste à étudier Métaponte.
Métaponte est située dans le sud de l’Italie, sur la côte occidentale du golfe de Tarante, dans une plaine d’une admirable fertilité jadis; aussi les monnaies de Métaponte présentent-elles constamment un épi, emblème des richesses de la terre; parfois on y a joint divers attributs de Cérès, ou l’image de Gérés elle-même. Un jour, les Métapontins consacrèrent à Delphes, dans le grand sanctuaire du monde grec, une gerbe d’or, pour marquer qu’ils devaient à l'agriculture leur prospérité.
Je ne redirai point toutes les fables qui entourent l’origine de Métaponte et rattachent son histoire, par . des liens assez vagues, à l'histoire de la Grèce. Au milieu de la confusion des traditions et des mythes, on démêle cependant que les premières colonies qui fondèrent Métaponte étaient parties des contrées occidentales du Péloponèse, de i’Élide, de l’Arcadie, de la Triphylie; c’étaient, en effet, les plus voisines. Mais
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nous n’avons point à scruter tout ce passé qui fut effacé en un seul jour. Vers le commencement du sixième siècle avant notre ère, les Samnites, peuple rude, belliqueux, conquérant, étaient devenus maîtres des Apennins, qu’ils avaient enlevés aux premiers habitants de cette partie de l’Italie, les GEnotriens et les Chones. Ils réunirent toutes leurs forces, s’élancèrent dans la plaine, surprirent Métaponte, l’anéantirent de fond en comble, et regagnèrent leurs montagnes avant ' que les autres villes grecques pussent venger le coup terrible frappé sur une de leurs sœurs.
Voilà un fait mémorable qui fixe déjà une date aux monuments de Métaponte. Aucun ne peut être antérieur au commencement du sixième siècle, c’est-àdire au commencement du siècle de Pisistrate, puisqu’à cette époque la ville fut complètement détruite.
Elle fut bientôt relevée par les Achéens de Sybaris, qui voulaient s'en faire un rempart contre Tarente. Car nous retrouvons en Italie, comme nous l’avons retrouvée en Sicile, l’hostilité des races, qui est le fond de l’histoire grecque. Les villes situées sur la côte qui regarde l’Orient et le Péloponèse, Crotone, Locres, Sybaris, étaient des villes achéennes. Elles appartenaient aux Achéens, chassés du Péloponèse après l'invasion dorienne, et qui nécessairement restaient les. ennemis irréconciliables de la race conquérante. Aussi, lorsque les Doriens parurent à leur tour dans ces parages, lorsque Tarente eut été fondée par les Spartiates nés de l’union des femmes lacédémoniennes avec leurs esclaves pendant les guerres de Messénie, les deux
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races se retrouvèrent-elles en présence. Sybaris, plus exposée aux attaques des Doriens, pensa qu’en relevant Métaponte, en plaçant une forteresse avancée entre elle et Tarente, elle pourrait retomber sans crainte dans sa douce mollesse. Le calcul était juste : Métaponte, dont Leucippe lut le second fondateur, arrêta les armes des Tarentins, et fut comme le boulevard des républiques achéenues.
Un second fait qu’il importe de noter, c’est que dans cette ville, d’origine achéenne, ennemie des Do- ' riens, nous verrons deux temples, tous les deux d’ordre dorique. Par conséquent, ainsi que je le disais dans un des chapitres qui précèdent, l’hostilité, de race n’entraînait point l’hostilité des Écoles, et l’architecture dorique n’a point reçu ce nom, parce qu’elle appartenait exclusivement à la race dorienne; c’est un style qui fut admiré, copié, développé par les autres peuples de la Grèce : Athènes en offrira l’exemple le plus frappant. .
Métaponte est surtout célèbre, parce qu’elle fut le dernier asile de Pythagore et des pythagoriciens. Lorsque le grand philosophe eut été expulsé de Crolone, il trouva à Métaponte un accueil respectueux et des honneurs inouïs. Sa maison devint, après sa mort, un temple dédié à Gérés ; la rue qu’il avait habitée fut consacrée aux Muses. C’est à Métaponte qu’il mourut; e’est à Métaponte que se maintint son Ecole, l’Institut pythagoricien, dont l’histoire est mêlée de tant d’obscurités, où l’on était à la fois philosophe, mathématicien, moraliste, homme d’État, homme de
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guerre, où le mérite ne repoussait point un certain charlatanisme, Tous les pythagoriciens de Crotone périrent dans un combat contre les Thuriens. Ceux de Métaponte furent moins heureux : assiégés dans leur École par les factieux, attaqués par le fer et par le feu, ils périrent presque tous de la main de leurs concitoyens ; taut le despotisme est dangereux, même au nom de la vertu !
Je ne suivrai point l’histoire de Métaponte, qui offre peu d'intérêt pour l’art. J’arrive aux ruines ellesmêmes. J’y arrive avec un regret, c’est de ne pouvoir servir de guide au lecteur, ainsi que je l’ai fait jusqu’ici. Je n’ai point visité Métaponte. J’ai longé plus d’iine fois les côtes de la Grande-Grèce, mais sans pouvoir m’y arrêter. J’ai vu de bien près, et à différentes reprises, ces vastes campagnes où s’élevaient jadis de grandes cités, et sur lesquelles planent aujourd’hui, au matin et vers le soir, des vapeurs qui annoncent des marécages, c'est-à-dire la solitude et la fièvre. J’ai vu les Apennius au moment où ils viennent mourir à l’extrémité de l’Italie , avec leurs sommets encore sauvages, leurs rochers qui se dresr sent en aiguilles * leurs vallées plus riantes, où l’on distingue des troupeaux et des villages pittoresques. Mais il ne m’était permis de m’arrêter nulle part. Sur un bâtiment de l’État, le but est fixé; sur un vapeur du commerce, la route est tracée : dans les deux cas, le voyageur n’a point de volonté ; iJ faut qu’il passe en suivant du regard les rives qui fuient derrière lui, et qu’il ne reverra peut-être jamais.
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Heureusement, nous avons un guide illustre qui a attaché son nom au nom de Métaponte, en publiant une histoire et une description excellentes de ses monuments. L'ouvrage du duc de Luynes est trop connu du monde savant pour que j’aie besoin de reproduire tous les détails précieux qu’il renferme. J’y prends seulement les documents qui concernent l’architecture, afin d’en déterminer la valeur, l’époque, et d’essayer de les classer d’après la méthode que nous avons adoptée. L’ouvrage de Al. le duc de Luynes offre un plan des ruines de Métaponte. En remontant du lac de Santa-Pelagina vers le Bradano, on rencontre les débris d’un premier temple, nommé Chiesa di Sansone; plus près du Bradano se présente le portique d’un second temple, que les habitants du pays appellent Tavola dei Paladini. Nous étudierons d’abord ce dernier temple, parce qu’il est debout, et surtout parce qu’il est plus ancien. Il est situé, en effet, sur une hauteur peu considérable, mais sur une hauteur d’où il domine la plaine, et que, pour cette raison, on serait tenté de regarder comme l’acropole de Métaponte. Toute ville grecque cherchait une acropole, du moins quand la disposition des lieux s’y prêtait : quelquefois, à Pæstum par exemple, les lieux ne s’y prêtaient point. Lorsque la ville eut été détruite par les Samnites, lorsque Leucippe vint avec une colonie nouvelle relever ses ruines et s’établir à l’avant-garde des républiques achéennes pour barrer le passage aux Doriens de Tarante, l’acropole était la position la plus favorable pour la défense.
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Là, peut-être, on s’établit d’abord, et, peu à peu, en s’agrandissant, la ville descendit vers la mer, attirée par son port, son commerce, ses intérêts de chaque jour. C’est ce qui est arrivé aux villes peu éloignées de la côte, mais fondées dans l’intérieur des terres, à Athènes, à Sicyone, à Agrigente, à bien d’autres. Dans tous les cas, le caractère du monument lui-même atteste qu’il a dû être contemporain de la deuxième fondation de Métaponte, au commencement du sixième siècle.
Quinze colonnes sont restées debout, toutes unies encore par leurs architraves. De là ce nom, populaire et qui fait image, de Table des Paladins. Les colonnes paraissaient les supports d’une immense table autour de laquelle la légende faisait asseoir les géants de la chevalerie. A côté de ces quinze colonnes, qui appartenaient au péristyle du temple, il ne faut chercher aucun autre débris : tout a disparu. Les matériaux tombés sur le sol ont été enlevés et ont servi à bâtir les demeures modernes, surtout les murs et le château qu’on avait élevés jadis contre les Barbaresques. De sorte que des fouilles seraient inutiles sur un sol déchaussé au-dessous du niveau antique ; il faut accepter le temple tel qu’il est, sans espérer de nouvelles découvertes.
Les colonnes qui sont debout appartenaient aux longs côtés du temple. Il ne reste rien des façades qui comptaient six colonnes : il est aisé de s’en convaincre en ajoutant six fois le diamètre d’une des colonnes latérales et cinq fois l’entrecolonnement. La largeur,
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sur les façades, était d’environ 16 m. ; la longueur ne peut être précisée puisqu’on ignore combien de colonnes le péristyle comptait sur les côtés. Selon que leur nombre variera de ±3 à 14, nombre ordinaire des temples hexastyles, au sixième siècle, le temple aura de 48 à 52 mètres de long. C’est, par conséquent, un petit temple : les colonnes n’ont, en effet, que 5 met. 12 cent, de hauteur.
Leur diamètre à la base est de 4 m. 8 cent., ce qui fait, en tenant compte du stuc qui rendait l’épaisseur un peu plus forte, 4 diamètres 2/3, proportion que nous savons, par les monuments de Syracuse, de Sélinonte et de Pæstum, être celle des temples du sixième siècle.
11 convient, en outre, de remarquer que les colonnes sont galbées, c’est-à-dire renflées vers le milieu, qu’elles diminuent beaucoup au somme! et que le chapiteau a la forte saillie, la courbe molle et aplatie, la gorge des plus anciens temples de Pæstum et de Sélinonte. Par conséquent, on est assuré que sur les points les plus divers de la Grande-Grèce, le même style d’architecture était pratiqué à la même époque : ce qui confirme notre théorie de la tradition.
Il reste des traces nombreuses de stuc sur les colonnes. M. Debacq, architecte, qui accompagnait le duc de Luvnes et qui a mesuré le temple de Métaponte, a remarqué une couche de stuc très-fin appliquée sur le calcaire dur et grossier. Ce stuc n’est pas blanc, il est jaune, renseignement précieux pour la question de la polychromie.
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L’architrave a peu d’épaisseur; elle n’a point la pesanteur des architraves du sixième siècle. Mais il faut remarquer que les gouttes des triglyphes n’y sont point sculptées, ainsi que cela se voit sur les architraves doriques. Il est donc vraisemblable qu’il y avait au-dessus de l’architrave un bandeau , une moulure contiuue comme au portique et au temple de Gérés à Pæstum, où les Romains ornèrent d’oves ce bandeau. Les Trézéniens qui fondèrent Pæstum étaient partis de Sybaris : la nouvelle Métaponte fut fondée par Sybaris. Ainsi s’explique une ressemblance qui, du reste, ne mérite point autrement l’attention ou les % éloges.
En descendant de l’acropole vers le port de Métaponte, dont le goulot est aujourd’hui ensablé et qui forme le lac de Santa-Pelagina, on 'trouve les débris du temple que les Italiens ont nommé l’église de Samson. À une époque où les matériaux n’avaient point été enlevés et attestaient une chute épouvantable, l'imagination populaire s’était souvenue de la mort héroïque de Samsûu et avait créé quelque naïve légende. Aujourd’hui les pierres qnt disparu ; le limon déposé par les inondations du Bradano a recouvert le sol du temple. Quand le duc de Luynes et M. Debacq visitèrent ce lieu, ils trouvèrent seulement quelques fragments de colonnes et de chapiteaux, ainsi que des morceaux de terre cuite avec des ornements en relief. Le duc de Luynes entreprit immédiatement une fouille, espérant mettre au jour le plan du temple et des restes considérables. Mais à cinq pieds de profondeur, les ouvrier^
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furent arrêtés par un sol boueux, délayé, qui rendait les travaux impossibles. Cependant on avait découvert déjà dans une tranchée peu profonde de nombreux morceaux de terre cuite d’une grande beauté. Je renvoie aux dessins si remarquables qu’a publiés le duc de Luynes dans son ouvrage sur Métaponte.
Une cimaise de couronnement, chéneau qui servait à l’écoulement des eaux pluviales, est un des morceaux principaux. La palmette, la fleur de lis marin coupée en deux, alternativement rouge et bleue, ou bleue et rouge, la tête de bon à gueule ouverte et à langue rouge, le méandre avec des rectangles rouges, le méandre blanc sur un fond jaune, tout était encore , peint de couleurs très-vives, durables, qui ont dû être cuites avec la terre et s’y imprégner profondément. Ce chéneau peut être rapproché du chéneau d’un temple de Sélinonte, du temple F, hors de l’acropole. A Sélinonte, nous l’avons vu dans un précédent chapitre, la pierre calcaire destinée aux couronnements du temple était plus dure que les parties du temple qu’on pourrait appeler de pure construction. A Métaponte, la pierre dure manquait peut-être, ou l’on a craint son poids : on a employé la terre cuite. C’était l’invention des artistes corinthiens, car Dibutade le premier appliqua la terre cuite à la décoration des temples. Bien plus, le duc de Luynes a trouvé dans les ruines d’une maison particulière deux antéfixes, c'est-à-dire deux ornements que l’on plaçait au sommet du toit, à l’extrémité des tuiles, ce qui était proprement le procédé de Dibutade. Sur ces antéfixes
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sont sculptées des têtes ; l’une, selon le savant auteur de l’ouvrage sur Métaponte, serait celle d’Io, l’autre celle du dieu Lunus. Mais comme elles sont d’une époque postérieure au siècle de Pisistrate, je ne cite ces antéfixes que par esprit de rapprochement et pour faire remarquer une fois de plus combien la tradition des métropoles était fidèlement suivie dans les colonies.
Les autres fragments de terre cuite trouvés dans les fouilles de la Chiesa di Sansone appartenaient à l’intérieur du péristyle et semblent avoir décoré les plafonds des portiques. Dire précisément où ils étaient disposés, cela est difficile et peut-être n’acceptera-t-on pas sans de grands scrupules la restauration proposée par M. Debacq. Les morceaux ont deux faces en retour d’équerre : l’une est décorée de feuilles, de perles, d’oves, d’un méandre ; l’autre d’un entrelas formant corniche. Une des faces était verticale, l’autre horizontale ; toutes deux peintes. Un autre fragment décorait également la charpente intérieure du portique et s’appliquait en équerre sur les parties hautes des soffites. Des trous, qui sont ménagés dans l’épaisseur des plaques, servaient à les fixer par des tenons vigoureux. S’il est impossible, quand le monument a disparu et quand les débris de terre cuite sont peu considérables, de dire avec certitude quelle place elles occupaient, on peut du moins concevoir par un témoignage sensible, qui se touche, qui se manie, combien les Grecs apportaient de soin, de patience, de subtilité même dans la décoration de leurs monuments, combien ils pos-
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sédaient par excellence le génie des arrangements. Cela nous est démontré par une anecdote curieuse, si toutefois elle est croyable, que je raconterai tout à l’heure. La couverture d’un temple grec fut enlevée un jour par les Romains. Elle fut rendue plus tard; on voulut la replacer, et on ne trouva point d'ouvriers capables de le faire, parce que, dans un temps de décadence, le secret des arrangements ingénieux était perdu.
Le temple, qui reste encore à découvrir, parait avoir été décoré de sculptures : du moins, le duc de Luynes a trouvé dans ses fouilles un pied, de proportion demi-nature, qui peut avoir appartenu à une métope.
Il reste un problème non moins intéressant à résoudre. Quel était le plan du temple, son époque? quelles étaient ses proportions? car les fouilles du duc de Luynes, arrêtées par les dégâts d’une inondation récente du Bradano, n’ont pu résoudre ces questions. Les restes de chapiteaux qui gisaient à terre étaient trop altérés pour qu’on en put obtenir la mesure ou le galbe. Au temple de l’acropole, M. Debacq avait levé le profil du chapiteau à l’aide d’une lame de plomb et d’un marteau, sorte de moulage au repoussé : ici c’était impossible. Par induction, M. Debacq donne à la Chiesa di Sansone les mêmes proportions, le même chapiteau qu'à la Tavola dei Paladini. Pour moi, j’avoue que le caractère de cette architecture, qui est du sixième siècle , me paraît en contradiction manifeste avec le caractère des
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terres cuites. On a trouvé des terres cuites du sixièmo siècle dans l’acropole d’Athènes : ces terres cuites avaient appartenu à l’ancien Érechthéion et à l’ancien Parthénon, brûlés par le9 Perses. Nous y voyons les oves, les palmettes, les entrelas, avec un tout autre style, avec moins de finesse et de variété, soit dans le dessin, soit dans le choix des couleurs. Mais surtout, et c’est là un point décisif, nous les y voyons peints sur une surface lisse, et non pas tirés en relief avant d’être peints. Or personne ne doit ignorer quelles furent les trois phases de l’ornementation des temples. D’abord, on les peignit simplement, puis on les sculpta et on les peignit; enfin on les sculpta sans les peindre. Le marbre, la pierre, la terre cuite, le stuc, ont été soumis simultanément au même système, à des époques successives.
Les terres cuites trouvées à la Chiesa di Sansone appartiennent au second système qui commence avec le siècle de Périclès. De plus, la finesse des ornements, la délicatesse des reliefs sont très-cloignées de l’archaïsme. Les têtes de lion sont belles, mais elles ont trop de mouvement et de fantaisie pour être comparées aux têtes roides et inflexibles de l’ancien style. Par conséquent, ou bien le temple est de l’époque des terres cuites, c’est-à-dire du cinquième siècle, ou bien, le temple étant supposé du sixième siècle, les terres cuites sont une restauration postérieure. Rien n’est donc plus désirable que la continuation des fouilles du duc de Luynes par un autre savant, dans une saison plus favorable. De nouvelles découvertes peuvent