CHAPITRE I
LES MÉDICIS ET LE MILIEU FLORENTIN. — PISE, LUCQUES, SIENNE ET LES AUTRES VILLES DE LA TOSCANE. — l’oMBRIE : PÉROUSE ET ORVIETO.
endant le moyen âge les arts avaient reçu la protection la plus large, la plus libérale. L’Église, les souverains, les municipalités, de pieux fondateurs, avaient rivalisé de zèle pour élever des cathédrales, des hôtels de ville, des palais, d’une richesse merveilleuse; la sculpture et la peinture se voyaient partout associées aux cérémonies du culte; les trésors regorgeaient des chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie. Mais il semble que le terme de Mécènes, qui implique à la fois la libéralité et le dilettantisme, ne saurait s’appliquer qu’aux amateurs de la Renaissance. En effet, seuls ils possédaient, avec l’amour de la magnificence, le goût éclairé qui leur permettait d’apprécier à la fois l’ancien et le moderne, les chefs-d’œuvre de l’art rétrospectif et ceux de leur temps; seuls ils intervenaient comme collaborateurs, en quelque sorte, des artistes attachés à leur service. Beaucoup d’entre eux ne dédaignaient pas de discuter avec leurs architectes, le crayon et le compas à la main; tels étaient les papes Nicolas V et Pie II, le duc Frédéric d’Urbin, Laurent le Magnifique. Si les deux premiers fixèrent jusque dans les moindres détails les dispositions de leurs palais de Rome et de Pienza, Frédéric d’Urbin et Laurent semblent avoir apporté une compétence encore plus technique dans
leurs entreprises; Laurent, surtout, consulté de près et de loin par tous les bâtisseurs, pouvait entrer en lice avec les hommes du metier : il le prouva en prenant part, en 1491, au concours pour l’achèvement de la façade du dôme de Florence, cette tâche si épineuse qu’il a été donné au dix-neuvième siècle seulement de mener à fin. C est donc a bon droit que, dans une lnstoiie de l’art pendant la Renaissance, les Mécènes (les Italiens emploient le terme pittoresque de « fautori delF arte », fauteurs de l’art) viennent revendiquer un chapitre à part, à côté des artistes qu’ils ont encouragés, inspirés et souvent dirigés.
Cette revue aura en outre l’avantage de nous faire parcourir successivement les différents foyers de l’art en Italie et de nous montrer le groupement régional des Écoles. Sans prétendre substituer l’action d’un Mécène a’ux causes permanentes ou aux causes historiques qui président à la formation des Écoles (pour ne point parler du hasard, qui fait parfois naître l’homme de génie dans le milieu le plus ingrat), il est permis d’affirmer que, les éléments favorables préexistant, les Mécènes, pour peu qu’ils aient su nettement ce qu’ils voulaient, ont toujours réussi à leur imprimer une direction déterminée : ainsi l’ont fiait les Médicis à Florence, les Montefeltro à Urbin, les princes d’Este à Ferrare, Ludovic le More à Milan. Si l’exemple des cours de Naples et de Rome nous apprend que les encouragements les plus efficaces ont été impuissants à créer une Ecole locale, vivace et homogène, alors qu’une Ecole douée de toutes ces qualités a spontanément surgi dans l’Ombrie abandonnée à elle-même, il n’est pas moins certain que toutes les fois qu’une cité n’a pas eu à sa tête une famille, ou un homme disposé à prendre en main la cause de la Renaissance, le développement de celle-ci en a été retardé : tel est justement le cas de l’Ombrie (ses peintres, malgré leur mérite, ne sauraient passer pour des représentants de la Renaissance), ainsi que de Sienne, de Bologne, de Venise, de Gênes. Les humanistes et les artistes avaient si intimement lié leur cause a celle des grands personnages avides de gloire, que ceux-ci se trouvaient tout naturellement portés à favoriser le mouvement de toutes leurs forces et à appeler à leur cour, leur popularité auprès de leurs concitoyens ou sujets dût-elle en souffrir, les Florentins, apôtres du nouvel art; le calcul, à définit de conviction, leur en eût fait une loi. Les encouragements d’en haut venant à manquer, la foule s’en tenait au contraire au style traditionnel. Seules Padoue et Vérone firent exception : c’est que la Renaissance y remontait au quatorzième siècle et à Pétrarque, et qu’au quinzième siècle le long séjour, dans ces régions, d’un artiste aussi extraordinaire que Donatello tint lieu de toute autre propagande.
Dans ce grand concours entre des races aussi différentes les unes des autres que le Napolitain, avec sa mobilité et son brio, l’est du grave et orgueilleux citoyen de la \ ille éternelle, que le Florentin, avec son esprit à la fois vif et posé et son activité féconde, l’est des Calabrais ou des Romagnols, dominés par la violence de leurs passions, ou l’Ombrien, pauvre et mystique, du Vénitien,
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L'Italie Artiste
au XV1, Siècle
Les noms de villes écrits en petites capitales désignent les grands centres d'Art
ceux composés en Romain les cités de second ordre, ceux en Italiques les localités d’importance moindre.