‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 106 sur 337 · Décrites par M. H. Brockhaus, dans les Springer-Studien · texte numérisé non relu

Décrites par M. H. Brockhaus, dans les Springer-Studien

3. Gravé dans lu Renaissance au temps de Charles VIII, p. l5y.

Le Jugement de Pâlis Pavement en faïence du Dôme de Parme.

portent la traîne des dames de Mycènes ou de Troie; des hallebardiers servent d’escorte aux rois de Rome; des flammes, costumés à la dernière mode du quinzième siècle, officient dans des temples voûtés en tiers-point et éclairés par des vitraux de couleur.

L’ignorance des données les plus élémentaires de l’archéologie et l’absence de couleur locale passent toute mesure dans ces travestissements, d’ailleurs si amusants dans leur naïveté. Le seul trait qui semble avoir frappé leurs auteurs, c’est que les anciens plaçaient les idoles sur des piédestaux.

Orphée, Hercule et Thésée.

D’après une miniature de Leonardo da Besozzo. (Ancienne collection Morbio à Milan.)

Voyez combien cette Première Renaissance est inconséquente : elle évite de représenter les sujets contemporains, et lorsqu’il s’agit de ressusciter quelque sujet antique, elle donne aux Grecs et aux Romains les traits des hommes du quinzième siècle!

Ces anachronismes se renouvelèrent à tout instant, jusqu’aux premières années du seizième siècle. Le Pérugin encore et Piero di Cosimoet bien d’autres s’en rendirent coupables. On peut dire d’une manière générale que Mantegna fut à cet égard le grand précepteur de la Renaissance.

Ce fut sous le voile d’allégories essentiellement morales que les sujets tirés du monde antique se glissèrent d’abord dans l’art. Ils firent leur première apparition sur les meubles peints — coffres de mariage, plateaux de relevailles, etc. 1 , — sur les armes (heaume de la collection des Médicis représentant

]. On trouvera une liste de ces peintures dans la Mosa'ik \ar Kunstgeschichle de G. Kinkel; Berlin, 1876, p. 3t>8 et suiv., et dans la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 1 58.

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Cupidon les mains attachées a un laurier ), se liant ainsi intimement aux événements les plus saillants de la vie domestique.

Si au début on leur demanda d oflrir un enseignement à la jeune épouse, à la

Jupiter et Mars. Fresque de Taddeo di Bartolo (Palais public de Sienne).

jeune mère, au guerrier qui se prépare à combattre, 011 ne tarda pas à sacrifier cette préoccupation quelque peu utilitaire au désir de rappeler quelque histoire fameuse de l’antiquité : le Jugement de Paris, Y Enlèvement d'Europe, Y Enlèvement d Hélène, le Combat des Centaures et des Lapitbes.

E. Miintz. — I. Italie. Les Primitifs. -i.

De même aussi, dans la décoration des édifices publics, on se plut à représenter des scènes tirées de l’histoire romaine : tels furent les bas-reliefs des chapiteaux du Palais ducal de Venise avec les Fondations religieuses de Nurna Pompilius, la Continence de Scipion; les fresques de l’hôtel de ville de Bellune exécutées en 1490 par Jacopo Montagnana, etc.1.

Aux scènes de l’histoire ancienne s’ajoutèrent les portraits des hommes célèbres, et surtout des empereurs romains.

Sculpteurs, peintres, médailleurs, miniaturistes, s’évertuèrent à reproduire, en pied, en buste, en médaillon, d’après des documents authentiques, ou plus souvent d’après les suggestions de leur fantaisie, qui des philosophes, qui des guerriers fameux : Mino de Fiesole sculpta en bas-relief le profil de l’empereur Aurélien (Musée national de Florence); un anonyme de génie prit .pour modèle Publius Scipion (collection Ratifier à Paris); Verrocchio modela les bustes d’Alexandre le Grand et de Darius. Les médaillons des empereurs se développent tout le long du soubassement de la Chartreuse de Pavie, au nombre de plus de quarante; leurs médailles, sur les miniatures des Médicis, des rois de Naples, du duc d’Urbin, des Sforza. La peinture nous offre, au Palais communal de Sienne, les portraits de César, de Pompée, de Cicéron, de Caton d’Utique, par Taddeo di Bartolo (1414); au Palais communal de Foligno (voy. p. 80), des figures de guerriers illustres; dans l’ancien palais des Médicis à Milan, les portraits de huit empereurs peints par Vincenzo Foppa.

De l’habitude d’incruster partout les médaillons des Césars, on passa, par une pente naturelle, à l’habitude de leur associer, puis de leur substituer les médaillons des souverains régnants. Nulle part, je pense, ce moyen de décoration ne fut autant en honneur qu’à Milan. Il a déjà été question du buste de François Sforza sculpté sur la casa Vimercati (p. 180). J’ai encore vu en place, dans la même ville, sur la casa Yerri, les médaillons, aujourd’hui dispersés, des Sforza. A Milan également, une maison du forum Bonaparte (n° 29), près du Champ de Mars, nous offre dans sa cour, son « cortile », les médaillons de François Sforza, de Galéas Marie, de Jean Galéas et de Ludovic le More. Un autre médaillon de Ludovic le More, ayant certainement une provenance analogue, a été acquis par le Louvre dans ces dernières années.

Pendant la seconde période (souvent parallèle à la première, selon que l’on envisage le nord ou le midi de l’Italie, des villes en avance ou des régions attardées), les artistes, plus familiarisés avec les exigences de l’archéologie, s’évertuent à reproduire plus ou moins fidèlement les modèles antiques; mais la pratique du style leur fait défaut encore, et leurs compositions abondent en incorrections d’une naïveté charmante. Telles sont les fresques de Domenico

1. Woltmann et Wœrniann, Gescbicbte der Malerei, t. II, p. 2C0. — Annales archéologiques , XVII, p. 206.

LES SUJETS ANTIQUES

Ghirlandajo, de Botticelli, de Filippino Lippi, les dessins de Jacopo Bellini dans les recueils du British Muséum et du Louvre, et cent autres morceaux analogues.

D’abord ce sera un joli air de tète, un motif de draperie gracieux que l’on prendra aux anciens; puis, le champ de ces études s’élargissant, on s’inspirera des règles mêmes de leur sculpture, de leur manière d’envisager le monde extérieur, de leur manière de penser.

Dans le choix des sujets on commence à faire preuve d’une rare indulgence : pourvu que les héros soient Romains et célèbres, on n’en demande pas davantage; les mauvais empereurs ont leur buste au même titre que les bons : Domitien à côté de Titus, Caracalla à côté d’Antonin le Pieux. Cela ne signifierait-il pas que l’on ne songe pas tant à honorer le mérite de ces souverains qu’à marquer la succession des empereurs légitimes, dont se réclamait le saint-empire romain ?

Durant cette seconde période, le monde mythologique (abstraction faite d’Hercule, si populaire au moyen âge, ainsi que des Saisons et autres personnifications analogues) commence à solliciter l’attention. Cependant ce n’est que rarement encore que les artistes osent consacrer une statue ou une fresque monumentale à la glorification des dieux de l’Olympe h Force est à ce s ressuscités de conquérir d’abord le domaine des petits arts : gravure, miniature, sculpture décorative, art du médailleur, peinture sur meubles, etc. Nous avons à constater ici une loi historique. De même que ces souvenirs se maintinrent le plus longtemps, jusqu’en plein moyen âge, dans les branches accessoires, de même c’est dans les régions neutres, échappant au contrôle de l’autorité religieuse, qu’ils font leur première réap-

I. Citons, à titre d’exemple, le Cupidon de bronze de Donatello, des Faunes de Desiderio da Settignano, et des Centaures de Bertoldo, tous deux dans la collection des Médicis; la Naissance de Vénus, le Triomphe de l'Amour, et les différentes Vénus de Botticelli, le Triomphe de Pan de Signorelli.

Médaillon de Romulus et de Remus.

(Chartreuse de Pavie.)

parition. Peu à peu ils se glissent dans les chambranles des églises (cathédrales de Florence et de Côme, Chartreuse de Pavie, chapelle du Colleone à Bergame), sur le fût des colonnes historiées (cathédrale de Sienne), se prélassent sur les bases des bénitiers (même cathédrale) ou dans la frise des mausolées, en attendant qu’un pape ouvre le Vatican à l’apothéose d’Apollon dans le Parnasse de Raphaël. Mais avec les œuvres que nous venons de mentionner nous touchons déjà à la Renaissance du seizième siècle,

I.a Mort d’Orphée. D'apres une gravure anonyme du nord de l’Italie.

et ici nous ne devons pas franchir les limites de la Première Renaissance.

Pour le quinzième siècle, la gravure particulièrement se montra d’une complaisance à toute épreuve. L’œuvre des burinistes du quattrocento abonde en réminiscences du paganisme. Citons, pour Andrea Mantegna, outre le Triomphe de Jules César, Hercule et Antée, les Combats des Tritons et des Dieux marins, la Bacchanale à la Cuve, la Bacchanale au Silène ; pour Baccio Baldini ou son entourage, les Planètes, Jason et Médée, Bacchus et Ariadne, le Labyrinthe, la Mort d'Orphée, de nombreux Cupidons ; pour Pollajuolo, Hercule et Antée, Hercule et les Géants, le Combat des deux Centaures, les Gladiateurs ; pour Mocetto , le Jugement de Midas, Amymonc, des Tritons et des Néréides, le Sacrifice du Pourceau; puis un Sacrifice au dieu Mars, gravure anonyme de l’École vénitienne, etc.1.

I . Voy. le Peintre-Graveur de Bartsch, te Peintre-Graveur de Passavant (t. V, p. 1 1 , et passim), la Gravure en Italie avant Marc-Antoine, du vicomte Henri Delaborde.

'OMBAT DE DEUX CENTAURES. FaC-SIMILÉ D'UNE GRAVURE DE POLLAJUOLO.

La dernière phase est celle où, l’assimilation étant complète, tant au point de vue de la forme qu’à celui de la conception, Mantegna pourra créer son étourdissant Triomphe de Jules César, ce chef-d’œuvre immense, et Raphaël, l'Ecole d'Athènes.

Après les idées, les formes; après les sujets que l’on interprète, les modèles que l’on imite : ce sont ces modèles, de l’étude desquels est sorti le style de la Renaissance, que je me propose d’étudier dans la seconde partie du présent chapitre; une troisième partie sera consacrée à l’analyse des emprunts qu’ont faits à l’antiquité les quattrocentistes les plus marquants.

La sculpture antique est avec l’architecture l’art qui a le plus pesé sur l’évolution de la Renaissance. Brunellesco déjà avait formulé cet axiome : « Il faut étudier la sculpture là où elle est bonne, à Rome. » Cependant, lors du mémorable concours pour les portes du Baptistère (1.402), qui marque l’aube de la Renaissance, ni lui, ni son concurrent Ghiberti n’avaient très probablement visité la Ville éternelle. Mais Florence même leur offrait un choix intéressant de statues ou de bas-reliefs antiques : la Vénus dite de Médicis, depuis longtemps connue et imitée (Giovanni Pisano l’avait copiée dans sa chaire du Dôme de Pise); puis les sarcophages romains exposés devant le Baptistère (les collections de Niccolô Niccoli, du Pogge et des Médicis ne se formèrent que plus tard). Dans les environs, à Pise par exemple, les novateurs avaient à leur disposition les sculptures qui, un siècle et demi auparavant, avaient inspiré Niccolô Pisano. Puis, deci delà, à Lucques, à Sienne, à Cortone, des fragments plus ou moins considérables — statues, bustes, sarcophages — , sans compter les nombreuses médailles, intailles et œuvres de toute sorte que le hasard des fouilles mettait en tous lieux à jour.

Essayons, avant d’aller plus loin, de dresser l’inventaire de ce musée d’antiques dont les éléments se trouvaient alors partout, le centre nulle part.

Rome offrait à l’admiration de ses visiteurs, outre les nombreux marbres ou bronzes que le pic des démolisseurs faisait sortir du sol presque semaine par semaine, plusieurs monuments d’une importance capitale : les bas-reliefs des colonnes Trajane et Antonine, des arcs de Titus, de Trajan, de Sévère, de Constantin; la statue équestre de Marc-Aurèle, alors exposée devant leLatran, le Tireur d’épine, imité au onzième siècle déjà dans une dalle du Dôme de Magdebourg1 2, et dont Brunellesco à son tour s’inspira dans son Sacrifice d' Abraham (il en aura eu connaissance par quelque reproduction); la statue du Marforio; la statue de Gaulois copiée par un des miniaturistes du duc de Berry3.

Si Naples ne s’était pas encore enrichie des dépouilles d’Herculanum et de Pompéi, elle possédait néanmoins des spécimens intéressants, des statues et des

1. Voy. Springer, Bilder aus der neueren Kunstgeschichte, nouv. édit., t. I, P- M-

2. Gesammelte Studien \ur Kunstgeschichte ; Eine Festgabe fur Anton Springer ; Leipzig, 1885.

p. 1-7 (article de H. de Duhm). Cf. la Galette archéologique de j885, p. 172.

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