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L'ANTIQUITÉ ET LES SCULPTEURS

dernière une médaille avec les trois nymphes « Batinia, Priscilla, nymphis sacrum. Romae [e] marmore. »

La Statue équestre de Mare-Aurèle, au Capitole, a été copiée ou imitée à l’infini; d’innombrables petits bronzes, dispersés dans les collections publiques ou particulières de l’Europe entière, ont servi à populariser ce monument, le plus complet et le plus imposant de ceux qui ont reflété aux yeux du quinzième siècle l’image d’un empereur romain.

Passons aux pierres gravées. L 'Apollon et Marsyas, de la collection de Laurent le Magnifique (aujourd’hui au Musée de Naples), a été successivement copié dans les monuments suivants :

Médaille de Nicolas Schlifer, par Boldu; diverses autres médailles; — cinq plaquettes décrites par M. Molinier;

— pierre gravée, avec le buste de Paul II au revers (Venise, Musée Correr); — cornaline du Cabinet des Médailles de Paris; — bas-relief de la porte de Crémone, au Louvre; — médaillon du tombeau des Brivio (1484), Milan, église Sant’ Eustorgio;

— bas-relief de l’église Saint-Michel à Troyes (photographie Dumeteau, n° 790); — portrait de jeune fille, attribué à Botticelli (Musée de Francfort) ; — le Jugement de Camhyse ( 1 498), tableau attribué à Gérard David (Musée de Bruges); — Y École d’Athènes de Raphaël ; — les Loges de Raphaël ; — frontispice d’un manuscrit exécuté pour Mathias Corvin (Bibliothèque Impériale de Vienne); — frontispice de la Sforziade (Bibliothèque lliccardi à Florence); — plat en majolique exécuté vers 1482 (Venise, Musée Correr), etc., etc.

Une autre gemme, Y Enlèvement du Palladium, attribué à Dioscoride, a servi de prototype au médaillon de Donatello, dans la cour du palais des Médicis, à une médaille de Niccolô Fiorentino, à trois plaquettes décrites par M. Molinier, etc.

Ces œuvres, le moulage, dont l’emploi s’était dès lors fort répandu, permettait de les multiplier à l’infini. Signalé par Cennino Cennini, dans son Traité de la Peinture, qui remonte à la fin du quatorzième siècle, ce procédé servit, du temps de Ghiberti, à reproduire jusqu’aux compositions des artistes contemporains : le célèbre sculpteur nous apprend en effet qu’il avait vu beaucoup de figures moulées sur celles d’un sculpteur de Cologne : « vidi moltissime figure formate dalle sue. » Un peu plus tard, le Squarcione réunit dans son atelier de Padoue, à côté des originaux antiques, une riche collection de plâtres.

E. Münlz. — I. Italie. Les Primitifs.

L’Enlèvement du Palladium.

Revers d’une médaille de Niccolô Fiorentino.

Verrocchio en généralisa encore davantage l’usage, comme nous l’apprend Vasari '.

Ce qui pouvait rester de la peinture antique mérite à peine une mention, et il est permis de se demander si un seul parmi les Primitifs s’avisa de regarder, soit les vestiges des fresques conservées dans les ruines, soit les mosaïques dans lesquelles un certain nombre de peintures importantes s’étaient perpétuées. Ces études ne commencèrent à se dessiner que vers la fin du siècle, avec le peintre Morto da Feltro. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

On ne saurait songer à supputer ici la dette colossale contractée par le

quinzième siècle envers l’antiquité, ni à relever les emprunts faits par chaque artiste pris isolé ment. Il suffira de quelques exemples pour établir que pas un maître de la Première Renaissance, même en choisissant parmi les réalistes les plus acharnés, n’a su se dérober aux enseignements de cette grande dispensatrice de modèles.

De l’attitude de Donatello vis-à-vis des chefsd’œuvre de la statuaire ou de la glyptique des anciens, il peut paraître superflu de parler ici. L’artiste qui passe pour le plus fougueux des réalistes a su se montrer aussi le plus respectueux des disciples : il a pris à l’antiquité ses sujets, ses types, ses attitudes, ses draperies, la conception générale des compositions tout comme les moindres particularités du style : ici, dans la suite des huit médaillons de la cour du Palais des Médicis, il n’a d’autre ambition que de reproduire, en les agrandissant, des pierres gravées antiques ; là, dans sa frise du Musée national de Florence, il copiera, en le modifiant, quelque bas-relief bachique; on a récemment constaté l’imitation de l’antiquité jusque dans ces enfants ayant sur le front une mèche relevée : ils rappellent de la manière la plus frappante la série de sculptures à laquelle appartient Y Enfant à F Oie*.

Chez les élèves de Donatello, ces imitations dégénèrent véritablement en abus : l’invention et l’inspiration ne tardent pas à en souffrir cruellement. Chez les représentants de la section lombarde — les Riccio, les Vellano et autres — ce ne furent plus que Tritons, Néréides, Satyres. La section florentine ne se modéra guère davantage. Certains bas-reliefs de Bertoldo ressemblent à des centons, tant ils sont faits de pièces et de morceaux. Son Combat de.

1. Bibl. : Ch. Perkins, du Moulage en plâtre che\ les anciens. Paris, 1869. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. i3o. — L. Courajod, Quelques monuments de la Sculpture funéraire; Paris, 1882; — et la Revue des Arts décoratifs; 1888, t. VIII, p. 161, 227, 250, 3 1 1 et suiv.

2. L. Courajod, dans la Galette des Beaux-Arts, 1886, t. II, p. 190.

Composition mythologique.

Médaille attribuée à Bertoldo.

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