Voy. les Précurseurs de la Renaissance, p. 96 et suiv
Ë. Münlz. — 1. Ilalie. Les Primitifs.
Le Festin d'Hérode. Fresque de Masolino a Castiglione d'ülona.
couvent de Sant’ Apollonia ; la Crucifixion, à l’hôpital de Santa Maria Nuova; les Portraits d'hommes et de femmes célèbres, au Bargello.
Voilà donc une loi bien établie : dès ses débuts, la peinture florentine renaissante s’imposa de reproduire l’ornementation romaine : oves, guirlandes, banderoles, cornes d’abondance, pilastres, grecques, rosaces, godrons, statues placées dans des niches, bustes se détachant sur un fond rayonné1 2. Le tour des ligures ne viendra que longtemps plus tard.
Prenons maintenant les coryphées du second âge, et tout d’abord Piero délia Francesca, esprit libre et primesautier par excellence. Partout, dans ses fresques d’Arezzo ( Annonciation , dans l’église Saint-François; Entrevue de la reine de Saba et de Salomon, dans la même église; 'Sainte Marie-Madeleine, à la cathédrale), partout où l’architecture intervient, elle procède des modèles antiques; il en est de même de la fresque du temple des Malatesta, à Rimini, représentant Sigismond agenouillé devant le saint qui porte le même nom.
Nous attachons-nous aux champions de l’Fcole mystique, aux plus rigoureux observateurs de l’iconographie chrétienne, nous trouvons ici encore un fonds d’éléments profanes. Je surprendrai plus d’un lecteur en rangeant le bienheureux Jean de Fiesole, le peintre angélique, séraphique, parmi les sectateurs de l’antiquité. Et cependant, quelque paradoxale que semble une telle assertion, de nombreux arguments, des arguments irréfragables, viennent la corroborer. C’est à Rome, devant ces ruines éblouissantes, que l’esprit du pieux peintre dominicain s’ouvrit à l’admiration du monde païen. Les fresques dont il orna la chapelle du pape Nicolas V, au Vatican, nous permettent de le prendre en flagrant délit : tantôt il place au-dessus d’un tribunal l’aigle romaine de bronze au milieu d’une couronne de laurier; tantôt il drape à la romaine l’empereur Decius, et lui met en main un sceptre se terminant par la statuette d’une divinité1. Du moins dans ces détails d’architecture et de costume Fra Angelico avait-il pour excuse la recherche de la couleur locale. Mais si nous considérons les proportions des édifices, des draperies et jusqu’aux types des figures, partout nous découvrons des traces palpables de la complaisance avec laquelle le peintre de Fiesole a regardé les modèles du paganisme. Les mêmes réminiscences apparaissent dans le curieux tableau de Munich, Saint Cosme et saint Damien devant le juge Lysia. Ne l’en blâmons pas : son évolution nous prouve que ce noble génie est allé progressant, montant toujours; après avoir été l’interprète le plus pur du christianisme, il a fait un pas de plus, et comme son protecteur, le pape Nicolas V, il s’est efforcé d’unir les conquêtes de deux civilisations.
1. Les fresques des San Severino à Urbin (1416) nous montrent, sur la frise du portique qui abrite Zaccharie, trois figures à mi-corps s’enlevant sur un fond de coquillage, comme les imagines clypeatœ des anciens. Les modèles antiques avaient donc pénétré jusqu’au fond des Rcmagnes, jusqu’au fond de l’Ombrie !