INFLUENCE DE DANTE ET DE PETRARQUE
célèbre', c’est de l’art du moyen âge, et non de l’art classique, que procèdent les illustrations, d’ailleurs de plus en plus rares, de ce cycle funèbre. Les Danses macabres1 2 3, si populaires de ce côté-ci des Alpes, firent à peine leur apparition en Italie; on n’en connaît guère qu’une demi -douzaine d’interprétations. Le Dit des Trois morts et des Trois vifs ne tenta que le pinceau des auteurs de la fresque de Subiaco et de la fresque du Campo Santo de Lise (faussement attribuée à Orcagna). Par contre, les Triomphes de la Mort (toujours cette idée si foncièrement romaine du triomphe!) firent une fortune brillante dans l’art de la Première Renaissance, formulés comme ils l’avaient été par le génie de Pétrarque, qui leur avait donné place dans ses Trionfi.
En résumé , c’est sous forme de représentations directes , dépourvues de tout caractère symbolique, que ces graves et salutaires leçons trouvèrent le plus d’accueil dans l’art italien. Les têtes de mort figurent sur un grand nombre de monuments, depuis la Descente de Croix de Nicolas de Pise jusqu’au mausolée du cardinal de Portugal, par Antonio Rossellino, jusqu’à la médaille de Boldu; les squelettes font leur apparition dans les fresques de Giotto à Assise", pour se répandre de là dans une infinité d’œuvres d’art.
Enfin, c’est aux grands poètes du moyen âge, et à eux principalement, à Dante, à Pétrarque, à Boccace, non aux poétastres du quinzième siècle, que les Primitifs demandèrent des inspirations.
Une canxpna de Pétrarque, telle que l’admirable prosopopée de Rome et de
1. Ce fait vient d’être mis en lumière avec autant d’érudition que de sagacité par Mm* la comtesse Caetani-Lovatelli, dans un volume d’une rare élégance : Thanatos. Rome, typ. de l’Académie des Lincei. 1888.
2. Ces représentations font l’objet d’une intéressante monographie due à M. Vigo : te Dai/^e macabre in Italia. Livourne; 1878. Cf. la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 1 .'2 et suiv. M. Vigo annonce une nouvelle édition, entièrement refondue, de son travail.