‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 119 sur 337 · RÉALISME AU QUINZIEME SIÈCLE. LA PERSPECTIVE. — L’ANATOMIE · texte numérisé non relu

RÉALISME AU QUINZIEME SIÈCLE. LA PERSPECTIVE. — L’ANATOMIE

n regard de la tradition sous toutes ses formes, en regard de l’expérience accumulée par les ancêtres, qu’ils aient eu pour patrie la Grèce ou les pays du Nord, et transmise par eux à l’état de .dogmes, en regard des modèles que l’on imite, des formules et des canons que l’on applique, il fuit placer le réalisme ou naturalisme, c’est-à-dire l’étude de la nature vivante et de la société contemporaine, l’effort individuel de tout artiste doué de quelque initiative, le levain en un mot qui doit introduire la vie dans les enseignements classiques. Jusqu’à ces dernières années ce ficteur de l’art du quinzième siècle a été complètement passé sous silence dans l’histoire des quattrocentistes, et ce ne sera pas trop d’un chapitre ou deux pour lui restituer la place à laquelle il a droit.

Pour découvrir les origines du réalisme dans l’art italien, il nous fuit remonter, comme nous l’avons fût pour la tradition classique, au moyen âge proprement dit.

Le style roman, style conservateur s’il en fut, était aussi réfractaire à l’étude de la nature ou de la vie, que favorable au maintien de la tradition classique. L’abstraction, avec ses qualités et ses défauts, avec ses combinaisons fondées sur la raison pure, on serait tenté de dire sur la géométrie, n’en formait-elle pas la base? L’idéal de ses représentants ne consistait-il pas à rendre leurs figures aussi impersonnelles que possible, à mettre partout le symbolisme à la place de récits vivants et dramatiques? En Italie, l’influence de ces doctrines fut particulièrement désastreuse pour la sculpture : rien ne saurait donner une idée de son abaissement : tout sentiment de la forme humaine a disparu des bas-reliefs informes qui s’appellent l’ambon de Saint- Léonard de Florence, les portes de bronze de lit cathédrale de Pise, la Porta Romand de Milan.

Assurément, les sculpteurs et les peintres de l’époque romane avaient essayé plus d’une fois de mettre de l’animation, soit dans les récits de l’histoire contemporaine (telle est la fameuse broderie de Bayeux, du onzième siècle, représentant la Conquête de /’ Angleterre par les Normands ), soit dans les scènes de l’histoire sainte; exemples : la Construction de T arche, ou encore le Voyage d'Eléagar, dans les mosaïques de la cathédrale de Montréal en Sicile (douzième siècle). Nous y voyons à tour de rôle des soldats en costume du temps, des charpentiers travaillant avec acharnement, des animaux de toute sorte, depuis les brebis jusqu’aux chameaux. Mais tout s’y borne à l’intention. La structure des figures trahit une ignorance complète des règles les plus élémentaires du dessin; leurs gestes, un manque absolu d’observation. Et puis que de conventions arbitraires! Noé debout est plus grand que l’arche destinée à l’abriter; le bélier et le cheval ont la même taille, et ainsi de suite.

Le réalisme ou naturalisme, on pourrait aussi dire le besoin de précision, car ce qui distingue les réalistes ou naturalistes, c’est le désir de pénétrer plus profondément dans la caractéristique des hommes et des choses, ce principe fécond, appelé périodiquement à renouveler la littérature et l’art, s’est affirmé pour la première fois dans la poésie italienne avec la génération à laquelle appartenaient Dante, Pétrarque, Boccace, Fazio degli Uberti; dans la sculpture italienne, ses plus anciens champions sont Nicolas de Pise et surtout son fils Jean de Pise; dans la peinture, Giotto, dont Politien a si bien mis en lumière le rôle en lui faisant dire : Je suis celui par qui la nature éteinte ressuscita,

Ille ego sum per quem natura extincta revixit.

Retrouver la nature cachée sous les conventions des artistes romans, ou mieux la nature que leur ignorance les empêchait de reproduire, telle a été en effet la mission de ce grand affranchissseur.

Nicolas de Pise, le thaumaturge qui d’un coup de baguette ressuscita l’anti-

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