LELE DU RÉALISME ITALIEN ET DU RÉALISME FLAMAND
arallèlement aux perfectionnements techniques qui permettaient de serrer de plus près la reproduction de l’homme et de la nature, il convient de passer en revue les éléments destinés à établir des relations plus intimes entre l’art et la société contemporaine. On comprend que je veux parler, non plus de la solution de problèmes communs à tous les temps et à toutes les nations, — l’étude du corps humain ou du paysage, les lois de l’architecture, etc., — mais de ces mille et mille particularités qui rattachent les artistes à leurs concitoyens, qui font d’eux les interprètes de leur temps et de leur pays, en un mot qui rendent l’art vivant et pittoresque.
A première vue, l’art italien du quinzième siècle parait un art plus ou moins idéaliste, plus ou moins abstrait, puisqu’il s’est consacré principalement à 1 illustration de scènes appartenant au passé, d’une part le cycle chrétien, de l’autre le cycle grec et romain. Mais ce ne sont là qu’apparences. Les quattro-
centistes n’ont pas peint ou sculpté que des Christs et des Vierges, des dieux ou des héros, comme on aurait pu le croire : sans cesse la société contemporaine a sollicité leur attention. Le catalogue publié ci-dessous dispense à cet égard detout commentaire.
La mise en oeuvre d’événements contemporains ou de scènes tirées de l’histoire nationale tend à gagner du terrain, quoiqu’elle n’occupe pas encore la place à laquelle elle a droit. En commençant par l’Italie septentrionale, pour descendre successivement jusqu’au royaume de Naples, nous rencontrons les compositions suivantes : au château de Milan et au château de Pavie, les fresques de l’histoire des Sforza (voy. ci-dessus page 1 H 4) ; à la Chartreuse de Pavie, les bas-reliefs illustrant la vie de Jean Galéas-Visconti; au château de Malpaga, résidence du Colleone, les peintures murales de la salle à manger avec des scènes de chasses et de combats1; à Venise, au palais des doges, les fresques de Gentile da Fabriano, de Pisanello et de Jean Bellin, avec les souvenirs des grandes luttes patriotiques du moyen âge. Le château de Mantoue tut orné par Mantegna de fresques représentant la cour de la marquise Barbe de Gonzague et la rencontre de son époux Louis avec son fils le cardinal. A Ferrare, les fresques du palais de Schifanoja retracent les grands exploits cynégétiques du duc Borso d’Fste. A Florence, après la conquête de Pise en 1406, Gherardo Starnina peignit la cité vaincue sur la façade du Bargello. Plus tard Paolo Uccello célébra les victoires de ses compatriotes dans les grands cartons aujourd’hui exposés aux Offices, au Louvre et à la National Gallery de Londres. Les médailles de Pollajuolo nous ont conservé le souvenir de la conjuration des Pazzi (gravées page 60), et un tableau, exposé dans un des musées de la même ville, celui du supplice de Savonarole. A Rome, les bas-reliefs des portes de bronze de Saint-Pierre retracent les principaux épisodes du concile tenu à Florence en 1489, et les fresques de l’hôpital du Saint-Esprit les principaux épisodes de la vie du pape régnant, Sixte IV. A Naples, enfin, la lutte du roi Alphonse avec le roi René a été illustrée sur l’arc de triomphe, et la guerre des Barons dans les portes de bronze du Castel Nuovo (gravées pages 110- 1 17), ainsi que dans les fresques des Donzello au Poggio Reale.
Comme pendant â ces spécimens de l’art officiel, citons les illustrations des fêtes, des jeux, des cérémonies privées, les fresques de la Casa Borronreo, â Milan2, avec le Jeu de Cartes, le Jeu du Ballon, etc.; les peintures des coffres de mariage, par exemple les Noces Ad i ma ri et Rieasoli, à l’Académie de Florence, ou encore quelques rares bas-reliefs funéraires, tels que celui de Verrocchio, représentant la Mort de la Jeanne de Jean Tornabuoni .
Au point de vue de l’art, les Mécènes qui n’appartenaient pas â des maisons