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LES MEDICIS

sans bornes, est encore le moindre des services rendus à l’art : il s’y mêlait, avec la foi la plus vive et le goût le plus sûr, je ne sais quel besoin d’affection

Le palais des Médicis (palais Riccardi), dans l'ancienne Via Larga, a Florence.

et de familiarité bien propre à tirer les artistes de l’état d’abaissement dans lequel la société contemporaine les avait si longtemps laissés languir.

L’action des Médicis s’exerce dans toutes les directions à la fois, plutôt par

l’expansion naturelle de leur enthousiasme que par l’application de quelque programme bien méthodique : l’architecture, la sculpture, la peinture, les arts décoratifs sous toutes les formes, profitent de leurs encouragements autant que les fettres et les sciences ; ils se passionnent pour l’art contemporain autant que plou les vestiges de l’antiquité ; leur bibliothèque si riche a pour pendant un musée encore plus précieux, parce qu’il est absolument unique. Et même si, à travers la multiplicité de ces efforts, se renouvelant jour par jour pendant la durée de trois générations, on peut saisir une idée maîtresse, une note dominante, cette idée, c’est la conviction qu’il faut accroître sans cesse leurs collections de modèles antiques, source intarissable de la Renaissance florentine.

Dans cette œuvre gigantesque, chacun des trois chefs successifs de la famille a cependant joué, peut-être à son insu, un rôle distinct. Cosme, le Père de la Patrie (1389-1464), l’homme d’Etat profond, le banquier aussi habile qu’audacieux, est le bâtisseur par excellence, à qui l’église Saint-Laurent, le couvent de Saint-Marc, le palais de la Via Larga, l’abbaye de Fiesole, les villas de Careggi, de Caffaggiuolo, de Trebbio, doivent leur édification ’. Son bras droit est Brunellesco, assisté ou remplacé dans la suite par Michelozzo ; Donatello, son ami, n’intervient guère que pour décorer ses bâtisses (médaillons de la cour du palais de la Via Larga et statue de la Judith ; chaires de Saint-Laurent; portes de bronze et tombeau de Jean de Médicis dans la sacristie de la même église; tombeau du pape Jean XXIII, au Baptistère).

Cosme est le premier chef de gouvernement qui ait fait de l’architecture un moyen de propagande. Il répétait souvent que, connaissant l’humeur de ses concitoyens, il savait que dans cinquante ans il ne resterait de lui et des siens que les quelques constructions élevées par ses soins : « quelle poche reliquie ch’egli aveva murato » (notons cette jolie expression de « niurare », bâtir). En réalité, en Italie, dans le reste de l’Europe, en Asie même, partout des monuments somptueux proclamaient la magnificence du chef des Médicis. A Assise, il fit restaurer l’église Sainte-Marie des Anges, dont le puits porte encore aujourd’hui ses armes; à Rome, il enrichit la basilique de Saint-Pierre de six vitraux également à ses armes; à Cortone, il perpétua son souvenir par le don d’un riche retable, offert à l’église Saint-Dominique2; à Venise, par la construction d’une bibliothèque; à Milan, par la décoration du palais dont François Sforza lui avait fait présent; à Paris, par la restauration du collège des Florentins; à Jérusalem, par la fondation d’un hospice. Comme Benozzo Gozzoli a lu dans l’âme du vieux Cosme en le représentant, au Campo Santo de Pise, assistant, avec les siens, à la construction de la tour de Babel, la plus gigantesque entreprise architecturale de l’humanité! (Voy. les gravures des pages 36 et 37.) Un tel monument eût été en effet le rêve suprême de ce bâtisseur enthousiaste.

]. Voy. les Précurseurs de la Renaissance, p. i3y et suiv. — Redtenbacher, die Architectur der Renaissance, p. 9 et suiv.

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