‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 138 sur 337 · Gaye, Carteggio, t. I, p · texte numérisé non relu

Gaye, Carteggio, t. I, p

3. Annali delta fabbrica del duoiiio di Milano, t. III, p. 64.

LE COSTUME AU XVe SIÈCLE.

ou

d’élégance, surtout dans le costume féminin; il y a déjà beaucoup de liberté et de grâce dans la toilette des dames du temps peintes à Florence sur les murs de la chapelle des Espagnols, à Avignon sur ceux du palais des Papes.

La Renaissance ne pouvait rester indifférente à un facteur si important dans le développement du goût; elle poursuivit cette réforme et alla épurant de génération en génération. Si le premier tiers du quinzième siècle offre encore

Costumes italiens du xv" siècle. D’après les peintures d’un coffre de mariage. (Collection de M. Cernuschi.)

en abondance des formes hétéroclites de vêtements, de coiffures et de chaussures (étoffes empesées ou bouffantes, avec garnitures de plumes, dans les peintures ou dessins de Masolino, de Pisanello, de Piero délia Francesca, etc.), la coupe des différentes parties du costume ne tarde pas à se régler de jour en jour plus étroitement sur la structure même du corps humain : sans revenir à la simplicité et en même temps à la liberté ou à la souplesse du costume antique, on finit par élaborer des modes à la fois élégantes, pittoresques et variées, aux couleurs tour à tour vives ou harmonieuses, avec un mélange d’étoffes molles et d’étoffes empesées, de chausses et pourpoints en drap ou en satin se moulant sur le corps comme du caoutchouc, de brocarts d’or crépus ou plats à grands ramages donnant au costume quelque chose de plus solennel et de plus riche. C’est le triomphe des ateliers de soieries de Florence, de Lucques, de Milan, le triomphe du ras de Gênes, des fourrures rares, des broderies éblouissantes.

•il 2

Peu d’époques ont porté le luxe aussi loin : le brocart d’or coûtait jusqu’à 12 ducats (6oo francs) la brasse; un vêtement de femme en brocart d’or cramoisi revenait facilement à 8oo ou iooo ducats, — 40000 à 5oooo francs de notre monnaie1.

Les édits somptuaires avaient beau frapper des peines les plus sévères : les grands donnant l’exemple du faste, c’était une bataille à recommencer tous les jours et où l’usage triompha presque constamment de la loi. La seule réforme efficace fut celle que provoqua Savonarole à Florence : elle dura juste autant que le prophète, c’est-à-dire quelque six ou huit ans.

Mais la marque distinctive de la Renaissance, c’est aussi de pouvoir établir le costume le plus élégant avec les étoffes les plus'communes : le style ici prime le reste; la matière première, la main-d’œuvre, simples accessoires que tout cela.

Le progrès ne frappe pas moins si l’on compare les modes italiennes aux modes françaises contemporaines : aux souliers à la poulaine, aux patins , aux chaperons, aux hennins, aux guimpes, aux robes à la Agnès S or el, laissant à découvert les épaules et les seins jusqu’au milieu de la poitrine, au costume de folie, du règne de Charles VI, en un mot aux mille inventions de l’oisiveté ou du dévergondage2, les Italiens substituent un costume tour à tour somptueux, élégant ou coquet, mais jamais grotesque ni iqdécent.

L’enfance, l’adolescence, l’âge mûr, la vieillesse, autant de catégories distinguées par leur costume, habitude si éminemment pittoresque et bien préférable à celle du dix-septième et du dix-huitième siècle, où les jeunes garçons et les jeunes filles étaient d’ordinaire vêtus comme les grandes personnes, dont ils reproduisaient le costume en miniature. Les diverses classes de la société ne tranchaient pas moins les unes sur les autres. Aussi l’art du quinzième siècle put-il tour à tour représenter, avec une science consommée, rien qu’en puisant dans les rangs, si bien enrégimentés, de la société contemporaine, la magnificence du prince, la gravité du magistrat, les ardeurs belliqueuses de la jeunesse, la fierté ou l’élégance un peu apprêtée de la grande dame, la sévérité des matrones, la grâce naïve des jeunes bourgeoises ou des filles du peuple.

Il restait dans les mœurs je ne sais quelles velléités chevaleresques, qui ne laissaient pas de donner une tournure martiale et un air décidé même aux plus pacifiques. Les exercices militaires étaient encore en grand honneur : Pierre de Médicis le goutteux se crut obligé, malgré ses infirmités, de tenir tout un arsenal d’armures de joute. Ses fils Laurent et Julien remportèrent des succès brillants — quoique peut-être dus à la complaisance de leurs adversaires — dans les célèbres joutes de 1468 et de 1469, dont l’une a été immortalisée par Politien dans son poème de la Giostra. Il n’est donc pas surprenant que les peintres, en se bornant à copier les modèles qu’ils avaient sous les yeux, aient pu nous

1 . Archives de Milan. — Sur les raffinements de la toilette, la parfumerie, etc., voy. Burckhardt, la Civilisation, t. II, p. 112 et suiv.

Page 1