Voy. V Histoire du Costume en France de Jules Quicherat
Etudes de costumes. Fac-similé d’un dessin de Pizanello (Collection Malcolm)
LE COSTUME AU XV' SIECLE : LES ITALIENS
donner ces admirables types de héros, le Saint Georges de Donatello, le Gattamelata et le Colleone, les jeunes guerriers de Gentile da Fabriano, de Piero délia
Costumes italiens du xv" siècle. D’après une fresque (restaurée) attiibuée à \. I'oppa. (Église Sant’ Eustorgio à Milan.)
Francesca, de Pisanello, de Benozzo Gozzoli, dont le rendez-vous ordinaiie était le cortège des rois mages venant adorer 1 Enfant Jésus; les liai dis et cyniques soldats de fortune de Signorelli, les adorables pages et fauconniers, etc.
E. Müntz. — 1. Italie. Les Primitifs. 4°
Chaque peintre de race s’improvisait costumier, comme certain dessinateur habile de nos jours, qui s’est fait une spécialité de défrayer de modèles les
théâtres et les bals. Pisanello se distingue par la désinvolture et la crânerie de ses toilettes, robes à longue traîne, mantelets disparaissant sous le poids des plumes qui les garnissent. Chez Benozzo Gozzoli, qui excelle dans cet art, le costume est d’une élégance, d’une variété et d’une richesse admirables; ce sont les ajustements à la fois les plus pittoresques et les plus no'bles. Botticelli, délicieux maniériste, affectionne les draperies molles et lâches; ce ne sont que plis et replis, rubans flottants, tailles déhanchées. Signorelli, au contraire, donne quelque chose de rude et de brutal à ses accoutrements : plus d’un de ses personnages semble se présenter devant nous en bras de chemise et en caleçon, arrangement qui permettait
au fougueux anatomiste de mieux montrer sa
Laurent de Médicis en guerrier.
D’après une médaille.
Jeune archer vénitien.
D’après une peinture de Carpaccio.
(Académie de Venise.)
connaissance du corps humain; et puis quel luxe d’aiguillettes, de crevés, de vêtements mipartis! comme toutes les portions du corps sont sectionnées et hachées!
Ne croyons pas au reste que tous les costumes représentés dans les bas-reliefs ou les peintures du quinzième siècle aient été pris dans la réalité ou bien aient inspiré à leur tour la jeunesse dorée du temps : beaucoup d’entre eux n’ont jamais existé que dans l’imagination d’artistes, les uns épris de l’antiquité, les autres de l’idéal. Tels sont les costumes miantiques de Donatello, dans les bas-reliefs de l’histoire de saint Antoine de Padoue, et ceux de Mantegna dans les fresques des Eremitani; tels sont ceux de Fra Angelico, du Pérugin, de Francia et en général de l’Ecole mystique.
Examinons de plus près cette révolution — c’en fut une — qui réagit à son tour sur les arts du dessin, car ceux-ci ont suivi le courant plutôt qu’ils ne l’ont dirigé'.
Chez les hommes, la tunique â manches plus ou moins larges, ou plutôt une
j . Le costume italien de la Renaissance, ce chapitre si important de l’histoire des arts, attend encore son historien. J’emprunte quelques-uns des détails qui suivent, mais en petit nombre seulement, à la Kosliiiii-Kitiulc de Hermann Weiss (t. III. p. 2<;2 et suiv. Stuttgart, 1872);
LE COSTUME AU XV* SIÈCLE : LES ITALIENS
espèce de manteau de lévite, — la marra — , tombant jusqu’aux pieds, qui sont cachés, continue à tormer le vêtement de cérémonie, mais en devenant plus
Costumes de dames italiennes au xv siècle.
D’après une fresque du palais de Schitanoja a Ferrare.
ample, de manière à favoriser les effets de draperie. C est le vêtement que portent les Médicis dans les fresques de Benozzo Gozzoli et de Filippino Lippi; les ambassadeurs de Sainte-Ursule dans les tableaux de Carpaccio.
quant au fonds même de mon essai d’exposition, il repose sur l’examen soit des oeuvres d art contemporaines, soit des chroniqueurs, soit encore des inventaires manuscrits.
Vers la fin du siècle, ce vêtement, qui pouvait tenir lieu de tout autre, alterne avec une tunique par-dessus laquelle on jette un manteau sans manches offrant une certaine analogie avec la toge antique.
Disons tout de suite que rien ne varie plus que ces vêtements de dessus. Chez les jeunes Bentivoglio, c’est un manteau assez raide et fort long, à col droit, échancré sur la poitrine, noué à la ceinture et s’entr’ouvrant dans le has, comme un triangle, de manière à laisser à découvert la partie inférieure de la tunique ou plutôt de la robe, car c’en est une en réalité1 2. Ailleurs c’est un mantelet ( mantellina ) pesant et assez raide, sans manches, avec une échancrure pour laisser passer les bras, fermé de toutes parts, et tombant en plis parallèles jusqu’au-dessous du genou, tout en s’élargissant vers le bas, ou encore un mantelet laissant la poitrine à découvert et retombant le long des hanches8.
Un costume d’adolescent, d’une souveraine élégance, est celui des deux jeunes saints, deux guerriers peints par Ambrogio Borgognone, debout aux côtés de saint Ambroise, dans un des retables de la Chartreuse de Pavie : l’un porte un justaucorps raide, formant presque jupon, et une culotte collante; l’autre, une culotte semblable et, par-dessus son pourpoint, une sorte de blouse sans manches tombant droit, avec une échancrure à la hauteur des coudes, pour laisser passer les bras; autour du cou, une triple chaîne d’or; la tète nue, avec de longs cheveux ondulés; à la main une palme et une épée dont la pointe repose sur le sol. Supposons qu’au lieu de vivre au quinzième siècle et de pouvoir introduire dans ce tableau de sainteté les costumes de son temps, Borgognone eût vécu au dixneuvième siècle et eût voulu procéder de même; quelle caricature n’aurait-il pas mise au jour!
Puis nous avons le costume chaste, sans prétention et cependant plein d’élégance, du jeune clerc dans les gravures du Songe de Polyphile (1499) : calotte recouvrant des cheveux épais, légèrement ondulés; manteau long et étroit, boutonné sous le menton et ne laissant apercevoir des vêtements de dessous que les manches de la tunique.
Les souverains affectaient tour à tour le plus grand luxe ou la plus grande simplicité. Le roi Alphonse de Naples portait d’ordinaire un vêtement noir, avec une chaîne d’or au cou, ou avec un « fermaglio » sur le chapeau : il était rare qu’il fit usage de brocarts ou d’autres étoffes de soie3. Nous rencontrons le même dédain pour les raffinements de la toilette chez le duc Frédéric d’Urbin,