Voy. la gravure de la page 1Ô
2. Voy. le fragment de fresque de Vincenzo Foppa gravé dans la Renaissance an temps de Charles 11 II. p. 261. (Collection de sir Richard Wallace.)
3. Vespasiano, Vite ài notnini illnstri. édit. Bartoli , p. 6 r.
Costume italien du xv" siècle.
D'après une fresque de Mantegna.
LE COSTUME AU XVe SIECLE : LES ITALIENS.
resté fidèle, comme Alphonse, aux habitudes des camps; chez les Médicis, chez lesquels cette simplicité était de la prudence'.
Les papes, au contraire, se distinguèrent tous par la richesse de leur costume, y compris Nicolas V, qui aimait, au témoignage de son successeur Pie II, « vestes ornatas » .
Il en était de même des Sforza. Le duc Galéas- Marie, soucieux de sa tenue jusqu’à l’excès, se montrait vêtu tantôt d’un manteau de damas cramoisi tombant jusqu’aux pieds, tantôt d’une « veste » de soie cramoisie, doublée de zibeline et ceinte d’un cordon de soie brune, avec une toque également brune et des chausses mi-parties, une moitié brune, l’autre blanche, conformément à son habitude; des brodequins blancs (« due bottine ») complétaient son costume. Le frère de Galéas-Marie, Ludovic le More, montrait ici encore le goût exquis qui le distinguait
en tout : une miniature de la collection du marquis d’Adda, à Milan, le représente vêtu d’une culotte collante et d’un mantelet descendant jusqu’aux genoux, à la façon de nos pardessus modernes, une toque noire sur ses longs cheveux bouffants, semblables à une perruque.
Coiffure italienne du xv“ siècle.
Pierre de Médicis le jeune. D’après une miniature de Gherardo. (Bibliothèque nationale de Naples.
i . La garde-robe de Pierre de Médicis et de sa femme Lucrèce Tornabuoni était richement montée, mais il est permis de croire que c'était pour les grandes occasions, mariages, visites princières, etc. Parmi les vêtements de Pierre je remarque les pièces suivantes : « cioppa (jupe), mantellina (mantelet), giornea (journade), guebarello (sorte de jupon), coppa (cape); parmi ceux de sa femme figurent, en outre, la « giornea », la « cioppa », la « cotta » (cotte). Les fourrures se composent de martre, de zibeline et de vair. Voy. les Collections des Médicis au XVe siècle ; Paris. Rouant, p. 2q. Le « robone » est, d'après le Dictionnaire de la Crusca, le vêtement
Lorsque César Borgia fit son entrée à Chinon en 1499, le cortège se composait de 12 chariots pleins de malles (« forzeretti ») avec des couvertures de drap rouge et jaune, de 40 mulets avec des housses rouges et jaunes, de i3 mulets avec des couvertures de velours cramoisi et jaune, de 8 mulets avec des couvertures de velours violacé et jaune, de 1 2 genets à brides d’argent avec des bouffettes d’or à l’espagnole et des housses de velours cramoisi et jaune, de 12 chevaux couverts de velours et de brocart, et parmi eux un cheval harnaché à l’allemande, avec des sonnettes d’argent et une selle de brocart, de 20 pages sur des chevaux couverts de velours cramoisi, les pages portant des savons rayés de brocart et de velours, et coiffés de bérets. Suivaient 60 écuyers avec des colliers d’or et des savons de velours noir. Ensuite venaient
8 trompettes vêtus de velours, qui précédaient César Borgia. Celui-ci, accompagné de 18 estafiers à pied, vêtus de manteaux de velours, portait une veste à la française, de velours noir à gauche, avec 12 bandes d’or, sur chacune desquelles se trouvait un grand rubis balais; sa poitrine était ornée d’un miroir de diamants d’une grande valeur; ses manches bordées de grosses perles. Le côté droit de sa veste se composait de brocart avec une manche descendant jusqu’au coude; le bas du vêtement était ourlé de grosses perles. Sur sa tête, un béret de velours noir, avec une perle sur le devant, longue et grosse comme un gland, et avec une garniture de grosses perles montant sur le béret. Les bottes étaient en velours; au-dessus du genou, elles étaient couvertes de perles et de broderies d’or; des tresses d’or servaient à
Coiffure italienne du xv* siècle.
D’après une plaquette en bronze. les nouer .
Les coiffures varient à l’infini : le quinzième
siècle a passé en revue toutes les formes imaginables, depuis la calotte, la
Coiffure italienne du xv* siècle.
D’après Benozzo Gozzoli.
porté par les chevaliers, les docteurs et autres personnages ; F « auccho », « lucco » ou « uccho », celui qui caractérisait les citoyens florentins, quelque chose comme la toge des magistrats.
1. (Ferrato) Entrain del Valnitino ncl 1499 à Ci noue, in carte del Cristianissimo. Venis A. Clementi. 1868.
LE COSTUME AU XV* SIECLE : LES ITALIENS
Coiffure italienne du xve siècle.
D'après une médaille de Pisanello.
toque, le bonnet carré de docteur, le turban, jusqu’au feutre à larges bords que porte saint Georges dans le tableau de Pisanello, à la National Gallery de Londres. La fantaisie seule, non la mode, semble avoir dicté ces formes, dont il serait véritablement difficile d’épuiser la liste, car en dehors de la cape du moyen âge, du tricorne du dixhuitième siècle, du chapeau à haute forme, remis à la mode par notre siècle (on trouve déjà des exemples de cette horrible invention au seizième siècle, dans un dessin ou une gravure de Dürer), la Première Renaissance a essayé de tout, s’est enthousiasmée et s’est lassée de tout. A travers ces variantes innombrables, qui sortent d’ailleurs rarement des limites du bon goût, on démêle cependant quelques types caractéristiques : la toque, plus ou moins modifiée (le sommet en est tantôt aplati, comme dans la
médaille de Piccinino, tantôt godronné, tantôt tronqué, comme le serait un cône; le milieu, tantôt renflé, tantôt creusé, comme une casquette sans visière; le bas tour à tour nu ou garni d’un voile noué par derrière et retombant sur le dos, comme chez un des personnages de Mantegna, aux « Eremitani » de Padoue; tantôt encore elle forme un triple étage comme une pièce montée), la toque, dis-je, sert de base à la coiffure chez tous ceux qui n’ont pas à cœur de se singulariser; le béret ducal, « il berrettone », n’en est qu’une variante. Signalons à côté d’elle la calotte (tantôt simple, tantôt relevée par derrière), dont procède le « camauro » ou bonnet papal, que porte Sixte IV dans la fresque de Melozzo ; puis les chapeaux de feutre ou de bièvre, sans bords, mais aux formes extraordinairement capricieuses, relevés par devant ou par derrière ou sui les côtés, et les chapeaux a bords, parfois ornés de plumes comme ceux des bersagliers modernes. Quant au turban et autres couvre-chefs qui en dérivent, après avoir été à la mode au début du quinzième siècle (peintures de Masolino, de Pisanello, etc.), ils finissent par tomber en désuétude, le goût s épurant de
Coiffure italienne du xve siècle.
D’après une médaille de Pisanello.
Coiffure italienne du. xv' siècle.
D'après une médaille de Pisanello.
Coiffure italienne du xv" siècle.
D’après une médaille
Coiffure italienne du xv" siècle.
D'après une médaille.
plus en plus. Cependant on en rencontre encore un exemple dans le portrait de Balthazar Castiglione, cette merveille du pinceau de Raphaël.
Pour l’arrangement des cheveux, liberté illimitée. Lionel d’Este porte les siens crépus et coupés court; Alphonse d’Aragon, roi de Naples, longs, coupés droit sur le front, mais les oreilles dégagées; c’est aussi avec une chevelure longue et ondulée, parfois bouclée (coupe dite des Enfants d'Edouard , remise à la mode par Delaroche), que se montrent d’ordinaire* les jeunes garçons. Chez Platina, le bibliothécaire de Sixte IV, les cheveux sont divisés sur le côté par une raie; chez les neveux du même pape, ils retombent pêle-mêle sur le front, dans le genre des coiffures à la chien (je demande pardon au lecteur d’employer cet horrible néologisme), leur donnant un air particulièrement niais. Le même système de coiffure — les cheveux couvrant les oreilles et tombant jusqu’aux yeux — , avec cette différence que les extrémités sont égalisées avec soin, reparaît chez un
jeune homme qui a évidemment voulu poser pour un fashionable accompli, mais qui n’a réussi qu’à nous laisser l’image d’une bêtise prétentieuse (bas-relief en marbre du Musée de South- Kensington).
La barbe, la moustache et les favoris étaient, par contre, absolument proscrits par la mode : porter la barbe eût été chercher à se singulariser au quinzième siècle tout comme au dix-huitième, où le peintre Liotard se fît une réputation et mérita le titre de « peintre turc » pour avoir laissé pousser la sienne. Dans le recueil de Vasari on ne trouve, pour tout le quinzième siècle, que huit artistes portant la barbe : ce sont Donatello, Michelozzo, Nanni di Banco, Antonio Rossellino, Paolo llomano, puis Paolo Uccello, Cosimo Rosselli et Carpaccio, c’est-à-dire, sur ce total de huit, cinq sculpteurs, gent qui a d’ordinaire l’humeur fort indépendante. Seuls les Orientaux étaient en possession de se montrer avec cet appendice : aussi
Coiffure italienne du xv" siècle.
D’après une médaille.
Coiffure italienne du xv" siècle.
D’après une médaille.
LE COSTUME AU XV SIÈCLE : LES ITALIENNES
François Philelphe, pour être revenu de Constantinople avec une barbiche, se vit-il traiter de « Græoulus », de « Barbula », et le marquis Louis II de Gonzague reçut-il de sa propre mère, pour une fantaisie analogue, le surnom de « Turco1». Bessarion paya plus cher encore son attachement pour un usage qu’il tenait de ses ancêtres : le conclave réuni à la mort de Nicolas V était sur le point de 1 élire, lorsque le cardinal français Alain de Taillebourg s’écria : « Quoi! je voterais pour un Grec qui n’a pas encore eu le temps de couper sa barbe’2! »
Ses collègues se rangèrent à son avis et une question de mode coûta le trône pontifical à Bessarion. On sait que le premier pape qui rétablit dans ses droits la barbe fut Jules II : il fallait une volonté aussi énergique que la sienne pour opérer cette révolution.
Si dans beaucoup de tableaux du quinzième siècle la barbe que portent les patriarches, les apôtres et les saints paraît postiche, c’est que les modèles vivants faisaient défaut.
La chaussure, tour à tour arrondie par le bout ou légèrement effilée , reproduisait exactement les formes du pied, aussi éloignée des souliers à la poulaine, avec leurs
pointes d’une longueur démesurée, que des souliers épatés, crevés ou déchiquetés du règne de François I1'1'. Souvent c’étaient de véritables pantoufles en drap, sans talons, cousues aux chausses, dont elles formaient partie intégrante; d’autres fois le soulier était retenu par un nœud placé au-dessus du cou-de-pied; on rencontre aussi des bottes molles à revers ( Adoration des Mages, de Gentile da Fabriano, etc.).
Un Elégant italien au xv° siècle.
^Bas-relief du Musée de South-Kensington.)
Si aujourd’hui, où une mode unique régit la toilette des femmes d’un bout a l’autre de l’univers civilisé, l’inépuisable fécondité du génie féminin décourage
1. Voigt, die Wiederbelebung des Klassischen Alterthums ; 2e édition. — Hofmann, Barbara von Hoben^oUern, p. g.
2. Æneas Sylvius Piccolomini, Opéra; édit, de Bâle. 1Ô84, p. 40.
E. Müntz. — I. Italie. Les Primitifs. 41
à tout instant l’écrivain dont la plume essaye de retracer ces inventions sans nombre, combien une telle tâche n’est-elle pas plus ardue lorsqu’il s’agit du quinzième siècle, avec ses modes variant de pays à pays, de province à province, parfois de ville avilie! Désespérant d’analyser ces mille arrangements et ornements si ondoyants de leur nature, et que la fantaisie de ces grandes artistes de la Renaissance s’est encore plu à compliquer, je me bornerai à signaler, en quelques traits sommaires, du moins les phases essentielles de la mode au quinzième siècle, en tant qu’elle se rattache au développement des arts du dessin.
Au siècle précédent, en dehors des exceptions que nous avons indiquées, la taille était fort courte, à peine indiquée par le corsage; un bandeau fixé sous
le menton donnait quelque chose de monacal et de rigide au visage, par exemple chez Giotto.
Au quinzième siècle, les robes deviennent plus amples et moins raides; la taille se dessine plus normalement (les longues basquines dans le genre des spencers sont surtout usitées en France), la gorge se découvre légèrement. (Parlant du bal donné à Florence, en iq.32, en l’honneur des ambassadeurs impériaux, Vespasiano dit que les vêtements n’étaient pas décolletés, « iscollate », comme ils le furent plus tard, mais collants : « accollate1 »). Tantôt la robe est froncée dans le haut de manière à s’ouvrir dans le bas en éventail. 1 antôt, chez les Florentines de Ghirlandajo, on voit des robes à ramages, sans col, longues et raides, tombant droit à terre, sans dessiner la taille. Les manches sont tour à tour amples (manches à la juive), ou plates, fermées sur le poignet; souvent elles ont une autre couleur que le corsage. Comme ornements, des broderies, des plumes, des fourrures.
Lorsque Eléonore d’Aragon fit son entrée à Rome en 1473, à cheval entre deux cardinaux, elle était vêtue de velours noir, avec une « baviera » et un chapeau (« capelletto ») également noirs; ce dernier orné, sur le devant, de perles et de pierres précieuses sans nombre, sur le derrière de plumes blanches*.
Au début du siècle suivant, Lucrèce Borgia, en quittant Rome pour se rendre à berrare ( 1 002), portait une « gamurra3 » brochée d’or et recouverte