Corio, l'Historiadi Milano, p
3. Ce mot est écrit ailleurs « camorra ». Le Dictionnaire de la Crusca définit « camorra » un vêtement antique de femme. La « bernia » ou « sbernia » était une sorte de manteau ; la « gorghera » ou « gorgiera », une collerette de toile; la « balzana », la garniture placée à l’extrémité des vêtements.
l'n atelier de chaussures en Italie au xv" siècle. Fac-similé d'une gravure du Novellino de Masuccio.
LE COSTUME AU XV" SIECLE : LES ITALIENNES
de cramoisi découpé, avec une garniture de brocart d’or doublée d’hermine1.
De même que les hommes, les femmes jouissaient d’une liberté sans limites pour l’arrangement de leur chevelure : bandeaux, boucles, tresses tombant droit, cheveux ramenés sur le sommet de la tête, ou flottants, ou noués sur l’occiput en forme de couronne, ou épars sur les tempes, tresses jetées par-dessus l’épaule, comme chez la Belle Simonetta du Musée de Berlin, avec sa figure de louve : la mode autorisait toutes les licences, et généralement, pendant cet âge heureux, le goût n’eut pas à souffrir de l’excès de liberté. Une des innovations les moins heureuses consista à relever les cheveux jusqu’à la racine, parfois même à en raser une partie, de manière à découvrir le front le plus possible2 3 *. Telles s’offrent à nous Isotta de Rimini, dans les médailles de Matteo de’
Pasti (voy. page 3 24), la duchesse d’Urbin, Battista Sforza, dans le portrait de Piero délia Francesca (p. 1 32), ainsi que la dame anonyme dont le buste, sculpté par Verrocchio, appartient à M. Dreyfus5.
Comme couvre-chef nous trouvons simultanément le voile (médaille d’Isotta de Rimini) ou la résille (portrait de Blanche-Marie Sforza, par Léonard de Vinci, à l’Ambrosienne de Milan). Les plumes jouaient également un rôle dans la coiffure : Catherine Strozzi reçut lors de ses fiançailles avec Marc Parenti une couronne composée de huit cents yeux de plumes de paon. A Mantoue (fresques de Mantegna) et à Ferrare (fresques du palais de Schifanoja) on trouve des bonnets plats descendant en pointe sur les oreilles, avec une échancrure qui laisse à découvert une partie des cheveux. Piero délia Francesca, dans un portrait de la collection Poldi-Pezzoli, à Milan (gravé page 16), nous montre un arrangement assez répandu de son temps, des cordons de perles séparant les
1. Gregorovius, Lucre^ia Borgia, p. 2i5. — La description du trousseau de Catherine Strozzi (voy. ci-dessus, p. 16-18) a été donnée dans la Cultur de Burckhardt, t. II, p. 97.
2. Voy. l'article de M. Gustave Gruyer dans la Revue des Deux-Mondes , août i883, p. 623.
3. Les Italiennes de la Renaissance se fardaient outrageusement. Dès le quatorzième siècle Sacchetti faisait dire à Taddeo Gaddi que « les Florentines étaient les meilleurs peintres, sculpteurs et correcteurs qu’on eût jamais vus, parce qu’elles restituaient les lacunes de la nature. » (Nouvelle 1 36.) Cennino Cennini, dans son Traité de Peinture, consacre un chapitre spécial à
l'art de « réparer des ans l'irréparable outrage ». (Voy. Belgrano, delta Vita privât a dei Geno-
vesi, p. 274-276.)
cheveux; un corsage noir, fortement échancré autour du cou, avec une grande fleur sur l’épaule; un collier de perles blanches séparées de trois en trois
par des perles noires.
Nul doute qu’un archéologue, en serrant de plus près ces questions, ne parvienne à déterminer les caractères spéciaux des modes provinciales, à nous montrer en quoi les élégants de Milan se distinguaient de ceux de la Toscane et les Romains des Ombriens ou des Napolitains. Il y avait là des nuances infinies. C’est ainsi qu’il est question, chez le chroniqueur Corio, de costumes « alla sforzesca » , à la façon des Sforza. C’est ainsi encore, si j’en juge patdeux anecdotes rapportées par le libraire Vespasiano1, que les Siennois se distinguaient dans leur costume par quelque chose de particulièrement grave, antique et solennel. Deux de leurs ambassadeurs, dont l’un ne se présentait jamais chez le roi sans se parer d’un vêtement en riche brocart d’or, furent en butte,
de ce chef, de la part de la cour de Naples, à des plaisanteries d’un goût assez douteux. — Pour aujourd’hui, il ne nous est possible que d’indiquer ces problèmes, sans essayer de les résoudre.
Coiffure d'une dame italienne au xv" siècle.
D'après une médaille.
Coiffure d’une dame italienne au xv" siècle.
(Isotta de Rimini.) D’après une médaille.
< oiffure d'une dame italienne au xv" siècle.
Envisageons-nous l’ornementation : ici encore perce partout ce réalisme fécond qui ne veut représenter que des hommes en chair et en os, qui ne veut parler que la langue du temps, persuadé qu’il saura bien l’imposer par la sincérité de sa conviction à l’attention de la postérité.
Prenons ces auxiliaires de la vanité, ces ressources si variées que- l’art héraldique met à la disposition de qui veut affirmer, soit ses relations de famille, soit sa richesse, soit sa réputation ou sa valeur personnelle. Non seulement chaque dynastie ou chaque ville libre prodigue en tous lieux ses armoiries, — louve