DEVISES, EMBLEMES ET ARMOIRIES
de Rome et de Sienne, lis florentin, aigle de la famille d’Este, dragon des Yisconti, éléphant des Malatesta, boules des Médicis, croissant des Piccolomini, chêne des délia llovere, taureau des Borgia, — mais chaque membre de ces familles a ses emblèmes, ses devises à lui, Cosme de Médicis la bague aux trois plumes, Laurent le Magnifique, le laurier toujours vert et le mot Semper, Borso d’Este la licorne, Ludovic le More le mûrier, Frédéric de Montefeltro la belette, la cloche, les clefs de l’Église,
François Sforza la pomme de pin qui s’entr’ouvre, avec la devise allemande Mit Zeit (avec le temps).
Si l’on descend d’un degré, même abondance d ’imprese, — c’est le terme consacré. — A Florence, chaque quartier a son gonfalon orné d’un signe de ralliement distinct : dragon, coquilles, clefs, lion d’or. Bien plus, chaque famille, chaque citoyen, jusqu’au moindre artisan, a ses armoiries et son cachet. Les dames font broder sur le col ou les manches d’ingénieuses ou touchantes devises, comme à Ferrare : Loiaume.nl vuoil finir ma vie, ou encore Nul bien sans peine'.
Ce sont là autant de conquêtes pour l’art. Les inventions héraldiques du moyen âge ont perdu leur raideur, sans perdre leur caractère; l’écusson, la « targe », généralement de forme octogonale, brille a l’angle des palais ou sur la façade des églises, motif souverainement élégant et qui a paru digne à M. Nénot, l’habile architecte de la nouvelle Sorbonne, d& former la base de la décoration de son monument.
Dame italienne du xv' siècle. D’après un bas-relief de Mino de Fiesole. (Musée national de Florence.)
i. Venturi. I Primordi del Rinasciviento a Ferrara, p.
Mais la targe compte à peine, si l’on considère le parti qu’ont tiré les maîtres du quinzième siècle des armoiries particulières : les racines de garance des Ruccellaï, sculptées par ordre de L. B. Alherti sur la façade de Sainte-Marie
Nouvelle, les éléphants des Malatesta couvrant de la base au sommet le temple de Rimini ', les rosaces des Riario marquant les clefs de voûte du palais de la Chancellerie, les emblèmes du duc Frédéric courant sur la frise du palais d’Urbin, pour ne point parler des frontispices manuscrits dont les devises des Médicis, des princes d’Aragon ou de Matthias Corvin forment la trame vitale, des bordures de tapisseries, avec les armoiries des Trivulce, etc. Mettre à la fois dans ces ouvrages une note intime et y prodiguer des ornements du goût le plus exquis, n’était-ce pas faire deux coups d’une pierre?
Devise italienne du xv* siècle.
I t'après un pavement en taïence (Dôme de Parme.)
L’art du quattrocento, si bien secondé par les moeurs et par les modes
contemporaines, fut en revanche absolument privé de cette source d’inspiration qui s’appelle la littérature. Jamais poètes ne trahirent plus cruellement les espérances des artistes de leur temps, ne laissèrent ceux-ci plus complètement livrés à euxmêmes. Leurs élucubrations pseudo - classiques , écrites dans une langue morte, et consacrées non à la peinture
d’une époque si vivante, mais Armoiries de Sigismond Malatesta. 11-,
Bas-reliet du temple de Rimini. ^ glorification des Romains
d’autrefois, étaient incapables
de développer quelque idée généreuse : on ne pouvait attendre davantage des
épopées ayant pour héros quelque prince du quinzième siècle, la Sforzjade, la
Borséide; la plus plate adulation les avait seule dictées.
1. La statue de lion (« il marzocco ») placée sur une colonne dans chacune des villes soumises à Florence se 'rattache à l’art héraldique. Florence entretenait dès le treizième siècle, avec un soin jaloux, une fosse aux lions — les Italiens disent un « Serraglio », un Sérail. Les souverains, le Pape, le seigneur de Sassari, le bey de Tunis, lui faisaient leur cour en lui offrant de ces fiers carnassiers; elle faisait cadeau, à son tour, de ceux qui naissaient dans la fosse, à des souverains ou à des États alliés : en 1390 au seigneur de Padoue, en 14.38 au roi d’Aragon, en 1406 au marquis de Bade, en iq63 au roi d’Angleterre, en 1469 et en 1471 au roi de