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I.e Christ, par Quentin Metsys

(Londres, National Gaiiery.) vanche un autre peintre ombrien,

Pinturicchio, se plaît à détailler les siens avec toute la minutie d’un Flamand. Léonard de Vinci lui-même s’est parfois essayé dans ces analyses à outrance : son carton du Péché originel, que Vasari a encore vu, égalait, pour la surabondance et le rendu des détails, les tableaux flamands les plus poussés; on y voyait une prairie dont les moindres touffes d’herbe étaient reproduites avec une minutie, un amour inépuisables, un figuier, un palmier dans lesquels le botaniste le plus méticuleux n’aurait pas trouvé à reprendre la plus légère erreur. Est-il possible, ajoute Vasari, qu’un homme ait eu tant de patience!

Quels sont les secrets, pour employer une expression chère au quinzième sièJe, aux yeux duquel il n y avait pas de supériorité sans un certain mystère,

LES LNERGÜMÈN LS DU RÉALISML.

quelles sont, dis-je, les découvertes qui ont valu aux Flamands leur réputation européenne? Ce sont avant tout les perfectionnements techniques, perfectionnements favorisés par l’invention de la peinture à l’huile, mais que l’on pourrait, à la rigueur, concevoir sans elle. Et quel a été le premier résultat de ces perfectionnements? De leur permettre de reproduire plus fidèlement la réalité; en d’autres termes, c’est par leur réalisme qu’ils ont imposé leur domination à l’Europe. Examinez les jugements que les auteurs italiens de la Renaissance ont portés sur les tableaux flamands primitifs : ce qui les a invariablement frappés, c’est l’habileté avec laquelle ont été rendus les jeux de lumière les plus compliqués, la ressemblance d’un portrait, ces plaies qui paraissent réelles, ce paysage dont on peut compter toutes les touffes d’herbe, et ces touffes d’herbe sur lesquelles on peut compter toutes les gouttes de rosée. De pareils trompe-l’œil, ayons le courage de prononcer ce mot, excitèrent infiniment plus d’admiration que l’harmonie du coloris, la force de l’invention, la noblesse de la composition, qualités qui chez les réalistes de tous temps et de tous pays ont toujours passé pour secondaires.

La qualification de réaliste revient tout d’abord, parmi les Italiens, à Paolo Uccello, artiste heurté, bizarre, parfois extravagant, dont le nom est resté attaché et à tant de progrès techniques du premier ordre et à tant d’erreurs.

Parmi les fresques de Paolo, la plus célèbre, le Déluge, peinte dans le cloître de Sainte-Marie-Nouvelle, nous fait toucher au doigt les qualités et les défauts du maître. A côté de la figure de Noé, superbement drapée, on rencontre des détails absolument ridicules. Les victimes expérimentent toutes sortes d’appareils de sauvetage plus ou moins saugrenus. L’une a placé autour de son cou une bouée; l’autre s’est réfugiée dans une cuve; une troisième, sur le point de disparaître, s’accroche aux pieds de Noé, debout sur la terre ferme. — Girodet- Trioson n’a pas mieux trouvé dans son Déluge de la salle des Sept Cheminées au Louvre. — Plus loin, apparaissent des noyés étendus sur le dos comme s’ils faisaient la planche, un corbeau dévorant un cadavre, etc., bref, des motifs qui

seraient horribles s’ils n’étaient le plus souvent grotesques. Ajoutons qu’alors même que les figures d’Uccello ont quelque chose de grandiose, elles le doivent à l’impassibilité, au manque absolu d’expression et à une sorte d’hébètement.

Uccello était, pour nous servir d’un néologisme qui a fini par conquérir son droit de cité, un « animalier » hors ligne. Vasari cite de nombreuses compositions dans lesquelles il fit éclater sa connaissance approfondie des quadrupèdes et des bipèdes, et jusque des reptiles; par exemple, chez les Médicis, des Lions se battant entre eux et un Lion luttant avec un serpent. Ainsi, de toutes parts, à Florence aussi bien qu’à Bruges, on constate les plus grands efforts pour

rapprocher l’art de la nature, par l’étude du corps humain tout comme par l’étude de l’anatomie des animaux, par l’observation de leurs mœurs et, enfin, par l’observation des phénomènes atmosphériques les plus divers.

En résumé, le réalisme de Paolo Uccello est le réalisme scientifique et sec par excellence, sans le goût qui distingue les autres Florentins et les empêche de tomber dans le ridicule, sans naïveté gracieuse ni généreuses ardeurs. L’influence du vieux perspectiviste eût été désastreuse s’il s’était trouvé des élèves assez insensés pour suivre sa manière : mises à contribution avec une sage réserve, ses découvertes techniques ont fait faire à la peinture italienne des progrès décisifs.

A côté d’Uccello, le principal champion du réalisme florentin fut Andrea del Castagno, tempérament brutal, qui ne reculait devant aucune difiormité, devant aucune exagération pour donner à ses figures plus de caractère, et qui était porté vers la laideur comme d’autres le sont vers la beauté. Coloriste assez faible d’ailleurs, mais dessinateur dont la hardiesse et l’étrangeté vont parfois jusqu’à la grandeur, Andrea réussissait surtout, comme l’a dit excellemment M. Georges Lafenestre, « les précurseurs faméliques et les ermites émaciés ». Le portrait est chez lui, comme chez les Flamands, la base même de l’art. Il en fait de toutes les sortes : en buste, à pied, à cheval, et même des portraits de suppliciés. C’est lui en effet qui, en 1 4-35, lors du retour des Médicis, fut chargé de pein-

Le Sentiment du Paysage au xv' siècle.

Fac-similé d’une gravure du Songe de Polyphile.

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