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TRAVAIL ET LES IDÉES SUR LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE

ontrer, après cette vue générale des principes qui ont inspiré l’art italien du quinzième siècle, quelles turent les méthodes d’éducation employées par la Première Renaissance, l’organisation des ateliers d’artistes, enfin la place faite aux artistes dans la société de leur temps, tel est l’objet du présent chapitre.

Comment les artistes comprirent-ils leur mission? comment s’acquittèrent -ils de leur tâche, et comment le public, à son tour, envisagea-t-il le rôle de l’œuvre d’art ? Autant de questions qu’il importe de résoudre avant de poursuivre notre exposé.

Le moyen âge avait fait â l’art une place si belle, que celui-ci pouvait passer pour l’auxiliaire autant que pour le serviteur de la religion. Des ecclésiastiques sans nombre, réguliers ou séculiers, s’étaient dévoués â ces études destinées a rehausser l’éclat de leur ministère; des prélats même n’avaient pas dédaigné de prendre en main, qui le compas, qui le pinceau, s’autorisant de l’exemple

de saint Luc, de saint Éloi, de saint Bernward de Hildesheim, de Suger et de tant d’autres.

L’art du quinzième siècle n’a pas la puissance collective de l’art du moyen âge, avec ses légions de maîtres anonymes, son unité et sa fixité d’inspiration, son dédain pour les courants de la mode; il n’a même pas une esthétique nettement définie, et l’on eût fort étonné les braves contemporains de Masaccio ou du Pérugin en leur parlant de la « destination sociale de l’art », de sa mission moralisatrice, etc.

Ce qui s’affirme à cette époque, c’est la liberté individuelle de chaque artiste (la Renaissance n’a pas connu les prescriptions étroites formulées à l’usage des Byzantins dans le Traité de la Peinture du mont Athos, à l’usage des Latins dans le Rationale de Guillaume Durand), et, comme corollaire de cette indépendance, une sorte d’empirisme de tout point opposé aux systèmes rigoureux des grandes écoles nationales de l’antiquité ou du moyen âge.

Eclectiques avant tout, mais cependant bien de leur temps, les Primitifs ou Précurseurs, dont nous essayons de définir l’attitude, ont pour principale ambition de charmer, d’éveiller des émotions douces, d’évoquer des images riantes, un idéal de pureté, de candeur ou de distinction : ils y ont réussi, et je défie n’importe quelle école de nous offrir une telle abondance de créations sympathiques, les plus fiers et généreux adolescents, les vierges les plus gracieuses.

Aussi le mot d’organisation a-t-il une désinence furieusement moderne, quand il s’agit du quinzième siècle. A cette époque l’art n’était pas régi, patenté, enseigné du haut des chaires ou formulé dans des manuels, comme il le fut dans la suite, et c’est pour cela qu’il se développa si librement. L’Etat, pomme servir de l’heureuse expression de M. Janitschek dans sa délicate et pénétrante étude sur la société italienne de la Renaissance et ses rapports avec l’art ', l’Etat encourageait l’artiste isolé, non l’art considéré comme une abstraction. Nulle institution officielle d’écoles ou d’académies. Les corporations d’artistes elles-mêmes n’étaient que simplement assimilées à celles des industriels ou des commerçants, et la preuve c’est qu’à Florence les peintres firent longtemps partie de la corporation des médecins et apothicaires, à Sienne de celle des marchands. Ou bien c’étaient des confréries religieuses, placées tantôt sous l’invocation de saint Luc, tantôt sous celle des Quatre Saints couronnés, ou encore de saint Joseph, et préoccupées d’entretenir chez leurs membres la dévotion, l’horreur des blasphèmes, l’observation des jours fériés (à Pise, au quatorzième siècle, le chiffre total de ces jours s’élevait à 48, non compris les dimanches; à Florence pour les « legnajuoli grossi » à 62 ; à Sienne, en 1441, à environ 5o; à Milan, en 1467, à 35), etc.1 2.

1. Die Gesellschaft der Renaissance in Italien und die Kunst ; Stuttgart, Spemann, 1879, p. 76 et suiv.

2. Bonaini, Statuti inediti délia città de Pisa, dal XII al X IV’ secolo ; Florence, 18.34- 1807,

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