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L’ORFEVRE DE LA RENAISSANCE

contre des organisations aussi véritablement encyclopédiques, s’attaquant aux branches les plus diverses et excellant dans toutes, à la fois grands architectes, grands sculpteurs et grands peintres, parfois encore, pour comble, grands savants ou grands poètes, en un mot des Alberti, des Léonard ou des Michel- Ange. Cette universalité, qui s’affirme dès le treizième siècle (Nicolas, Jean et André de Pise étaient à la fois sculpteurs et architectes; Giotto, peintre et architecte; Orcagna, sculpteur, architecte et peintre), tient, si je ne m’abuse, aux leçons de l’antiquité, à cette méthode si véritablement scientifique qui avait l’avantage d’ouvrir l’esprit, de fournir la clef d’une infinité de problèmes, de rendre ses adeptes également propres à tous les travaux intellectuels, grâce à la iorce critique qu’elle leur communiquait. En possession de ce secret, les Italiens, au lieu de s’attarder au milieu de détails oiseux, allaient droit au but. Ils devinrent, pour un temps, les premiers diplomates, les premiers ingénieurs, les premiers commerçants du monde, de même qu’ils excellaient simultanément dans toutes les branches de la littérature ou de l’art. Une formule féconde, jointe à un certain entraînement, à un certain essor national, il n’en fallut pas davantage pour leur assurer l’empire — je parle de l’empire

intellectuel — du monde. „ , ...

Peintres, sculpteurs et orfèvres du xv siecle.

(Fragment.)

C’est parmi les artisans que se recru- Fac-similé d’une estampe de Baccio Baldini. taient de préférence les artistes, et ceux-

ci ne rougissaient pas d’une origine si humble. Le père du Sodoma, qui de\int bien le plus aristocratique des peintres, était cordonnier; celui d Andrea del Sarto, tailleur; Raphaël avait également pour proches parents des tailleurs; 1 01fèvre M. A. Bandinello avait pour père un charbonnier ; Fra Bartolommeo délia Porta, un charretier.

La classe agricole n’a pas donné aux arts autant de représentants que la classe industrielle; mais quelques-uns des siens ont marqué au premier rang; et de

E. Müntz. — 1. Italie. Les Primitifs.

fait, pour changer la pelle ou la bêche contre le pinceau, il fallait une vocation énergiquement dessinée. Comme Giotto, Andrea del Castagno et Mantegna avaient, dans leur enfance, gardé les brebis; Andrea Sansovino avait commencé, lui aussi, par être pâtre ou bouvier; il en fut de même de Beccafumi, l’habile dessinateur du pavement de la cathédrale de Sienne. De telles vocations ne prouvent-elles pas que la nature elle-même pousse à tout instant dans cette voie et que l’art n’est pas seulement le produit d’une civilisation plus ou moins raffinée ?

Beaucoup plus rares à cette époque, dans le camp des artistes, sont les fils de fonctionnaires : c’est que d’ordinaire leurs parents, sacrifiant à un préjugé qui n’a disparu que de nos jours, s’opposaient au choix de ce qu’ils considéraient comme un métier, comme une déchéance. Citons, parmi les maîtres appartenant à cette catégorie, Brunellesco, Léonard de Vinci, Michel-Ange.

Quant à la noblesse, si le dépouillement auquel je me suis livré est exact, elle n’est représentée au quinzième siècle que par deux artistes de marque : l’un, c’est Léon-Baptiste Alberti, l’autre le médailleur Baldassare d’Este, un des nombreux fils naturels du marquis Nicolas de Ferrare.

Les dilettanti proprement dits feront leur apparition plus tard, au seizième siècle, lorsque l’art aura fini par devenir l’expression de la fantaisie individuelle, au lieu de continuer à former un des rouages de la vie sociale ; tel sera Melzi, l’élève de Léonard de Vinci.

L’Eglise qui, dès ses origines, avait pris l’art sous sa tutelle, bien qu’elle fiât loin, pendant le moyen âge, de s’en être assuré le monopole ', comme on l’a souvent affirmé, l’Eglise produisit au quinzième siècle un brillant essaim d’artistes, en grande partie des Dominicains : Lorenzo Monaco, Fra Angelico, Dont Clemente d’Arezzo, Fra Bartolommeo délia Gatta et Fra Bartolommeo délia Porta, Fra Carnevale d’Urbin, Fra Giocondo, l’esthéticien Francesco Colonna et tant d’autres, pour ne point parler du très habile peintre et du très mauvais moine qui avait nom Fra Filippo LippiL II ne finit d’ailleurs pas perdre de vue que, pendant toute cette période, la sculpture et la peinture se consacrent encore principalement au service de la religion.

Rien ne saurait montrer plus clairement que l’exemple du clergé italien quel intérêt une ville ou une corporation peut trouver à la culture exclusive d’un art, surtout de ces arts dans lesquels la perfection technique l’emporte sur l’invention ou sur le style : pendant tout le quinzième siècle la peinture sur verre tut dans la Péninsule l’apanage des moines, Dominicains, Franciscains ou Bénédictins; nommons Stéfani de Florence, au service de P. Guinigi, seigneur

1. Ce fait a été établi, chiffres en main, par M. A. Springer : De Artificibus monachis et laids niedii œvi. Bonn, 1 86 1 .

2. Il est à peine nécessaire de rappeler ici l’ouvrage, depuis longtemps classique, du P. Marchese : Memorie dei pià iusigni pittori , scultori c architetti domeiiicaiii ; qc édit. Bologne, 1878-

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