LES NOVATEURS ET LE STYLE GOTHIQUE
nation en règle, dans le fameux rapport de Raphaël, ainsi que dans les ouvrages de Vasari, de Varchi, de Serlio, etc. Ht encore certaines municipalités ou fabriques continuent-elles à en prendre la défense, témoin la fabrique de San Petronio de Bologne, qui s’autorise, pour ce faire, de l’autorité de Palladio'. Il était utile, je crois, de mettre en lumière cette haute leçon de tolérance donnée par les quattrocentistes.
Il y a d’ailleurs aussi loin des silhouettes vigoureuses, originales et imprévues du style gothique aux formes épurées et rigoureusement architectoniques du quinzième siècle, que de celles-ci à l’ampleur de lignes et à l’exubérance de
Couronnement d’un tabernacle de Donatello. (Sacristie de Saint-Pierre de Rome.)
formes propres au siècle suivant : comparé au style qui l’a suivi, celui du quinzième siècle produit l’impression d’un pilastre opposé à une colonne, d’un basrelief timide opposé à une sculpture en ronde-bosse qui déborderait de vie et de force.
La recherche de l’ordre et de la symétrie, qui n’est au tond que l’application à l’architecture des méthodes scientifiques, retrouvées dans l’héritage de l’antiquité, on la constate dans l’arrangement des demeures les plus modestes, tout comme dans les grands travaux d’édilité. Dès la fin du treizième siècle, en i 299, on avait institué à Florence l’Office des rues, places et ponts. Le principe de l’alignement s’affirma vers le milieu du quinzième siècle, sous les auspices de Nicolas V et de Sixte IV, infatigables dans leur ardeur à ouvrir à travers le dédale de la Ville Éternelle des voies de communication nouvelles, à rectifier les anciennes, à créer des quartiers modèles avec des places spacieuses, entourées de portiques et ornées de plantations, de fontaines, de cours d’eau, d’après toutes les données de la raison pure. Ici encore les maîtres de la voirie, les Magistri viarum, eurent pour mission spéciale de s’occuper de la correction des rues et de leur embellissement. Mêmes préoccupations à Sienne, où l’on trouve les Uffigiali delT ornato (1469), à Ferrare, à Milan *.
1. Springer, Bilder ans der neueren Kunstgesclnchte , t. I, p. 37 et suiv.
2. Gaye, Cicerone, t. I, p. 218, 242. — Burckhardt, Gescbicbte, p. 7, 212, 218. — Les Arts à lu Cour des Pupes, passim.
En parcourant, dans le Traité T Architecture de Filarete, la description de la ville idéale rêvée par le loquace architecte-théoricien, j’ai longtemps été tenté de traiter l’auteur de visionnaire, de bâtisseur de châteaux en Espagne. L’amour de la vérité m’oblige à déclarer que l’examen des plans du pape Nicolas V, tels qu’ils nous ont été conservés par son biographe Gianozzo Manetti ', est de nature à réhabiliter Filarete : ses projets n’ont rien d’invraisemblable comparés à ceux que la mort seule empêcha le pape de mettre à exécution. Nicolas V, comme Filarete, avait décidé de grouper les artisans et les marchands par quartiers, selon leur spécialité, d’établir partout des portiques, pour protéger contre la pluie et le soleil, etc., etc.
Prise dans son ensemble, la Renaissance du quinzième siècle a surtout continué les monuments commencés par le moyen âge (cathédrales de Florence, de Bologne, de Milan, Chartreuse de Pavie, etc.), puis greffé des constructions ou des ornements nouveaux sur un fonds ancien (cathédrale de Turin, églises Sainte-Marie des Grâces à Milan et Saint-François à Rimini, Sainte-Marie Nouvelle à Florence, palais du Vatican, palais ducal de Venise, Château neuf de Naples, palais de Pavie et de Vigevano, etc.). On dirait que ces générations si essentiellement élégantes n’avaient pas assez de vigueur pour concevoir et pour mener à fin quelque entreprise grandiose. Cependant il ne manque pas d’édifices religieux ou civils importants, qui ont été à la fois commencés et achevés au quinzième siècle. Rappelons seulement les églises de Saint-Laurent, du Saint-Esprit et de Saint-François à Florence, le couvent de Saint-Marc dans la même ville, la « Madonna delle Carceri » à Prato, la « Madonna del Calcinajo » à Cortone, la cathédrale de Pienza, l’église Saint-Augustin à Rome, le petit temple de Vicovaro, l’église Saint-André à Mantoue, les nombreuses églises de Venise, de Milan et des environs. Dans le domaine de l’architecture civile, si peu d’hôtels de ville ou de palais du gouvernement voient le jour — le patriotisme du treizième et du quatorzième siècle n’avait à cet égard rien laissé à faire après lui, — nous pouvons par contre enregistrer une série de magnifiques habitations élevées tout entières pendant cette période : le colossal château de Milan, le grand hôpital et le lazaret de la même ville, des palais de toute sorte à Venise, à Ferrare, à Bologne, à Urbin, à Sienne, à Pienza, les palais des Médicis, des Ruccellai, des Pazzi et des Pitti à Florence, les villas des environs, le palais de Saint-Marc à Rome, le palais de Poggio Reale près de Naples, pour ne point parler des constructions de moindre importance, les portes monumentales, telles que la porte de Saint-Pierre à Pérouse ou la porte de Capoue à Naples, l’hôpital du Saint-Esprit à Rome, la loge des Nobles et la loge du Pape à Sienne, la fontaine monumentale de la même ville, la bibliothèque de Césène, etc., etc.
C’est dire qu’il est possible d’étudier l’architecture de la Première Renaissance,
l. J’ai reproduit ce document dans les Arts à lu Cour des Papes, t. I, p. 842.