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LES ORDRES

leurs poteaux en guise de colonnes, leurs frontons et leurs couvertures, offrent bien plus de résistance que les arcs en tiers-point, qui ont deux centres. Les mathématiques ne nous enseignent-elles pas qu’un demi-cercle, dont chaque point se rapporte à un centre commun, peut supporter un poids bien plus grand ? Outre sa faiblesse, l’arc en tiers-point n’a pas cette grâce que l’œil trouve dans le cercle parfait et qui lui plaît tant; aussi la nature ne cherche-t-elle pas, pour ainsi dire, d’autres formes. »

Après la substitution du plein cintre à l’arc brisé, la plus importante des innovations dues à la Renaissance est la substitution des colonnes — d’ordinaire monolithes — aux piliers ou aux faisceaux du style gothique. Comme chacun des types de ces colonnes se rattachait à un ordre d’architecture déterminé, dorique, ionique, corinthien, etc., les architectes du quinzième siècle, par

cela seul qu’ils adoptaient les colonnes, se virent obligés de modifier les proportions des différentes parties de leurs édifices, conformément aux règles posées par les anciens. On devine du coup la portée de cette révolution.

Brunellesco déjà savait distinguer les différents ordres de colonnes. Il employait tour à tour des colonnes à chapiteaux dérivés du composite (second cloître de Santa Croce, palais des Pazzi), des chapiteaux corinthiens (chapelle des Pazzi, Hospice des Enfants trouvés, San Lorenzo et San Spirito). Le style ionique, moins fréquent, se montre dans les cloîtres de San Lorenzo et de la Badia de Fiesole, ainsi que dans les balustrades du palais Pitti et du dôme de Florence.

Michelozzo appliqua l’ordre composite dans la cour du palais des Médicis et l’ordre ionien au troisième étage du même palais.

Alberti enfin se plut à superposer, au palais lluccellai, les ordres dorique,

Modèle de colonne historiée.

• Porte de Crémone, au Musée du Louvre.)

ionique et corinthien. Il remit en outre en honneur les colonnes engagées, dans sa façade de Saint-François de Rimini. Le premier enfin, dans l’essai

intitulé I cinque ürdini architettonici, Alberti passa en revue les ordres toscan, dorique, ionique, corinthien, latin, et fit connaître successivement les dimensions de la colonne, de la base, du chapiteau, de l’architrave, de la frise, de la corniche, du stylobate. Mais ce résumé, d’une extrême sécheresse, ne contient que des . indications de mesures, sans aucune considération d’esthétique.

Dans les constructions florentines, le fût des colonnes est d’ordinaire lisse, légèrement renflé vers le milieu, d’après les meilleurs modèles romains; les fûts cannelés forment encore l’exception. Les fûts historiés abondent , par contre , dans l’Italie du Nord : portes de la cathédrale de Côme, porte de Crémone au Musée du Louvre, « Madonna dei Miracoli » à Brescia, « Scuola di San Marco » à Venise, etc. Quant aux colonnes torses, aux colonnes nouées et autres inventions du moyen âge, elles ont disparu pour longtemps.

Les colonnes engagées se montrent, je viens de le dire, sur la façade du temple des Malatesta ou église Saint-François, à Rimini.

On en fait couramment usage dès le milieu du siècle dans la cour du palais de Saint-Marc à Rome.

Les colonnes accouplées tardent davantage à rentrer dans leurs droits. Elles font leur apparition dans les tribunes placées à la base du tambour de la cathédrale de Florence.

Il est inutile d’ajouter que chaque colonne reçut invariablement sa plinthe : ce n’est que dans notre siècle, en effet, que l’on a de nouveau posé les colonnes directement sur le sol, comme l’avait fait le style dorique.

Aussi longue que variée est la série des chapiteaux historiés. D’ordinaire on prend pour thème les armoiries du bâtisseur, qui met ainsi sa griffe sur chaque partie de l’édifice et mêle une note personnelle, une note intime, aux combinaisons plus ou moins abstraites poursuivies par son architecte. A Florence,

Chapiteau orné de dauphins.

( Palais des Pazzi à Florence. )

Chapiteau historié aux armes des Monlefeltro. (Palais d’Urbin.)

au palais des Pazzi, nous trouvons le dauphin et la flamme, emblèmes de cette famille ; au palais d’Urbin, les différentes pièces composant l’écu des Monte-

Porlique de la chapelle des Pazzi à Florence.

feltro; au château de Milan, le dragon des Visconti et des Storza. Des chapiteaux particulièrement intéressants comme iconographie sont ceux de 1 église San Giobbe à Venise (bucranes par les yeux desquels sort un serpent), du

E. Müntz

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