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LES PILASTRES

Les pilastres accouplés font leur apparition sur le portique de la chapelle des Pazzi, sur le mausolée du cardinal Brancacci à Naples, et sur la chaire de Prato, ces deux derniers ouvrages sculptés par Donatello et Michelozzo.

Au-dessus des colonnes on place tour à tour un entablement horizontal ou des arcs (malgré l’opinion contraire d’Alberti, qui soutient que les arcs ne conviennent qu’aux piliers). Ces arcs reposent parfois directement sur le chapiteau des colonnes; plus souvent on interpose entre la retombée de l’arc et le chapiteau un fragment d’architrave, de frise et de corniche, comme qui dirait un coussin, destiné à amortir le poids. Cet arrangement, qui a quelque chose de prétentieux, quoiqu’il s’appuie sur l’autorité de Vitruve, a été adopté par Brunellesco dans ses deux principales constructions religieuses, San Lorenzo et San Spirito : il a passé de là dans d’innombrables monuments modernes, car le propre de ce novateur ou plutôt de ce restaurateur de génie a été d’imposer jusqu’à ses erreurs aux architectes à venir, et cela grâce à l’énergie de sa conviction. Aussi la moindre de ses innovations a-t-elle une importance capitale, parce que c’est sur elles que l’art a vécu pendant près d’un siècle, et souvent même jusqu’à nos jours.

Brunellesco a été mieux inspiré en coupant un entablement par un arc, de telle façon que, sur un ensemble de six colonnes, trois de chaque côté portent la masse horizontale de l’architrave, de la frise et de la corniche, mais que l’intervalle entre la troisième et la quatrième soit occupé par un arc imposant, correspondant à la porte principale. 11 a imaginé ce contraste si ingénieux dans le portique de la chapelle des Pazzi.

Une autre innovation féconde de Brunellesco, et qui produisit l’effet d’une traînée de poudre, ce fut le choix de médaillons pour orner les écoinçons des arcs, soit sur les taçades, comme celle de l’Hospice des Enfants trouvés, soit surtout dans les cours, par exemple au palais des Pazzi et dans le second cloître de Santa Croce. (A S. Lorenzo, cette addition était superflue, les archivoltes étant déjà très richement ornées.) Au début, on ne fit usage, sauf au palais des Pazzi, que de simples bas-reliefs, bustes ou figures entières, incrustés dans un cercle, conformément à la loi que s’était imposée la Première Renaissance, d’éviter partout les saillies ou les creux excessifs. Dans la suite, on creusa ces niches de manière à pouvoir y installer commodément un buste en ronde bosse; plus tard encore, on plaça ces bustes sur des* piédouches. C’était une suprême concession, et cependant, vers la fin du siècle, elle paraissait déjà bien insuffisante aux novateurs : dans un des cloîtres de la Chartreuse de Pavie, un de ces enfants terribles qui s’appelaient les Omodeo, les Rodari, les Dolcebuono, plaça des bustes, non plus dans une cavité, mais en saillie sur un fond circulaire plat, de manière à les faire déborder sur le nu du mur.

Médaillon

dans un écoinçon.

(Palais des Pazzi.)

On peut affirmer hardiment que les escaliers ou les rampes disposés à l’extérieur des édifices sont un élément de décoration absolument sacrifié par la Renaissance du quinzième siècle. Elle ne les admet, à l’exception peutêtre d’Alberti dans l’église Saint- Sébastien à Mantoue, ni sur la façade, comme devait le faire avec tant de succès le siècle suivant (toujours ce souci

de la surface plane!), ni comme construction indépendante, sauf dans l’élégant escalier en spirale du palais Minelli à Venise, La règle, c’est l’escalier à rampe droite, sans balustrade, pratiqué dans l’intérieur des palais et montant du « cortile » aux étages supérieurs. Le premier exemple d’un escalier monumental, se détachant nettement à l’extérieur, est la Limeuse Scala dei Giganti, au palais des doges à Venise (commencée en 1485).

Les quattrocentistes se sont par là volontairement privés d’un auxiliaire auquel nos maîtres français du seizième siècle ont dû quelques-uns de leurs Escalier du palais Minelli à Venise.* plus éclatants triomphes :

telles les fameuses cages

d’escalier de nos châteaux de Blois et de Chambord.

La sculpture décorative, que les Florentins sacrifièrent plus ou moins sur les façades de leurs églises et de leurs palais, ne se donne carrière que sur les chambranles des portes : sobre et élégante chez Brunellesco, Michelozzo, Alberti, Rossellino; exubérante chez les maîtres de l’Ombrie, des Marches, de l’Emilie, de la Vénétie et de la Lombardie. Ici quelques arabesques se développant avec un goût exquis, parfois aussi de simples pilastres supportant une frise sur laquelle des Putti' soutiennent un écusson; là une accumulation de

1. Les Italiens, comme on sait, désignent par le nom de « Putto » (enfant) les petits

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