LES FENETRES
rence, dans les palais des Pazzi (aujourd’hui palais Quaratesi); dans ceux des Médicis, des Ruccellai, des Strozzi; à Sienne, dans ceux des Piccolomini et des Spannocchi; à Pienza, également dans le palais des Piccolomini; à Bologne, dans le palais Pava; à Urbin, dans certaines parties du palais ducal; à Venise, dans les palais Vendramin-Calergi, Corner-Spinelli, etc.; à Milan, à « l’Ospedale Maggiore », avec cette seule différence qu’ici l’ogive remplace le plein cintre.
Avec la fenêtre cintrée dans le haut alterne la fenêtre à encadrement rectangulaire qu’une colonnette subdivise en deux arcs.
Ce motif, d’une parfaite élégance, se voit à Rome sur une maison de la Piazza Capranica, à Corneto au palais Vitelleschi, à Venise dans bon nombre d’édifices civils, à Vérone au palais de la Ragione, à Milan et ailleurs dans une foule de constructions publiques ou privées.
Comparées aux fenêtres cintrées, les fenêtres rectangulaires, surmontées d’ordinaire d’une corniche de peu de saillie, forment l’exception. Non moins rares sont les meneaux, si chers à nos architectes français des quinzième et seizième siècles. Des fenêtres rectangulaires, coupées en quatre par des meneaux en croix1, la partie intérieure de la fenêtre étant d’ordinaire plus haute que la partie supérieure, distinguent le palais de Saint-Marc ou de Venise à Rome, l’évêché de Pienza (où elles sont surmontées d’arcs de décharge), le cloître de Monte Oliveto Maggiore, le palais communal de Jesi, etc.
Luciano da Laurana, l’habile architecte du palais d Urbin, créa un modèle plus élégant et plus riche de fenêtre rectangulaire, avec des pilastres ornés de torsades et de médaillons.
* Le modèle de fenêtre le plus magnifique que jamais art ait créé, celui de la façade de la Chartreuse de Pavie, appartient déjà a une période plus avancée de la Renaissance : nous l’étudierons dans notre second volume.
Des fenêtres rectangulaires de petites dimensions, avec ou sans moulures, mais d’ordinaire grillées, trouvent leur emploi dans les rez-de-chaussee ou
i . Cette disposition remonte au quatorzième siècle : on la remarque dès cette époque au palais des Papes à Avignon.
E. Miintz. — I. Italie. Les Primitifs.
dans les attiques : palais des Ruccellai A Florence, palais des Piccolomini à Sienne et à Pienza.
Les « oculi », souvent de dimensions gigantesques, mais nullement comparables pour la richesse de la décoration aux rosaces du moyen âge, pourvoient à l’éclairage d’une foule d’églises ou de palais : églises de Brunellesco, façade de Santa Maria Novella, par Alberti, façade de la cathédrale de Pienza, façade de Saint-Marc à Rome et de diverses autres églises de la même ville, « Madonna di Galliera » à Bologne, « Santa Maria dei Miracoli » et San Zaccaria à Venise, chapelle des Portinari à Sant’ Eustorgio et sacristie de San Satiro, toutes deux à Milan, Chartreuse de Pavie, palais des Doges à Venise, etc.
Après les tentatives que nous avons faites pour .définir les tendances générales de l’architecture du quinzième siècle, qui fut essentiellement un style de conciliation, il est inutile d’ajouter que des fenêtres gothiques, moresques et autres, continuèrent à figurer sur un grand nombre d’édifices religieux ou civils, au palais Vitelleschi à Corneto, au Grand Hospice et au palais Marliano à Milan, et surtout dans les palais de Venise.
Les frontons triangulaires ou circulaires sont rares encore au-dessus des fenêtres. Il se passe un assez-long intervalle avant que les quattrocentistes reprennent cette donnée, esquissée pour la première fois probablement par Brunellesco, à l’flospice des Enfants trouvés (1421).
Sur la façade des palais, les fenêtres sont d’ordinaire pratiquées à des intervalles égaux. De temps en temps, cependant, comme au palais Roverella, à Ferrare, éclate le désir d’obtenir plus de variété. L’architecte de ce palais a rapproché l’une de l’autre les deux fenêtres du centre et éloigné en raison inverse celles des extrémités.
La toiture, qui joue un rôle si considérable dans les édifices religieux ou civils de notre Renaissance française, n’intervient comme élément décoratif dans les monuments italiens que lorsque le prolongement de ses chevrons protège la façade et y remplace la corniche. D’ordinaire elle y tient de la plateforme plutôt que de la pyramide, et s’enlève à peine sur le ciel, au lieu de donner naissance à une forêt de cheminées et de clochetons. Le pape Pie II cependant, en traçant les plans de son palais de Pienza, s’occupa de produire à distance un certain effet au moyen de cheminées ayant la forme de tours et rehaussées de couleurs, quelque chose comme les mitres et les épis de no? anciennes maisons françaises. (« Très et viginti quasi turres, pinnis et propugnaculis picturisque variis ornatæ, quæ procul visæ, nuiltum splendoris et gratiæ addiderunt. »)
Il était rare que les fenêtres ne fussent pas garnies de vitres; les pierres spéculaires, les toiles huilées et autres matières plus ou moins transparentes employées pendant le moyen âge disparurent très certainement de toutes les habitations confortables.