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LES CORNICHES

Les bandeaux ou cordons destinés à accuser la division par étages sont d’ordinaire traités en corniches simples et saillantes; au palais des Médicis, ils se composent d’un cordon à modillons couronné d’une doucine; au palais des Pitti,

« d’un petit cavet, d’un petit filet, d’une doucine, d’un autre filet, d’un tord, et enfin d’une large bande1 ».

En revanche, la corniche devait jouer un rôle prépondérant, comme étant la seule ligne horizontale que le goût du temps permît à l’architecte de développer librement.

Au palais des Médicis, à Florence, Michelozzo n’a pas encore su lui donner assez de netteté ni d’ampleur, tandis que d’autres architectes sont tombés dans l’excès contraire et ont adopté des dimensions absolument anormales : on peut citer comme un exemple de mauvais goût les consoles gigantesques qui supportent la corniche du palais Spannocchi à Sienne. Dans cette même ville, la corniche du palais Piccolomini se distingue déjà par un dessin infiniment plus libre et plus pur : l’entablement comprend entre autres une rangée de denticules et d’oves, que des consoles, dont le bas est orné d’une feuille imitant la feuille d’acanthe, relient à la toiture.

Corniche du palais des Médicis à Florence.

Ouvrons ici une parenthèse pour examiner le problème si grave, et tout d’actualité, de la polychromie, en d’autres termes de l’art de décorer une façade, non plus seulement à l’aide d’ornements sculptés sur la pierre, mais encore à l’aide de matériaux teintés dans leur masse, à l’aide de couleurs appliquées soit à fresque, soit par le procédé appelé le « Sgraffîto », OU enfin Corniche du palais Piccolomini à Sienne, à l’aide d’incrustations de marbres, de terres

cuites coloriées, bref de toutes les substances ou de tous les ingrédients autres que la pierre de taille proprement dite. On peut poser en principe que le quinzième siècle, pris en gros, a été partisan de la polychromie, mais que l’Ecole florentine dessina dès le début, avec Brunellesco, un courant qui lui fut hostile, qu’elle la considéra comme une superfétation, sinon comme un danger. Le père de l’architecture moderne proscrivit en effet de ses palais aussi bien que

l. Ramé, Histoire générale de l'Architecture ; Renaissance, p. 112.

de ses églises les peintures ou les incrustations extérieures : il 11e fit d’exception que pour la chapelle des Pazzi, où, dès le portique, les terres cuites polychromes des délia Robbia occupent sur la voûte une place d’honneur, ainsi que pour l’Hospice des Innocents, où des médaillons décorés à l’aide du même procédé garnissent les écoinçons. C’est que les magnifiques blocs de « pietra serena», la pierre bleutée tirée des environs de Florence, ou les travertins, d’un ton doré si riche, employés à Rome, n’appelaient pas à la rigueur le secours de couleurs plus vives.

L’exemple de Brunellesco fut suivi par ses élèves ou imitateurs, Michelozzo, Léon-Baptiste Albert! et Rossellino. Michelozzo et Rossellino 11e firent usage de rinceaux peints à fresque ou à sgraftite que dans les cortiles (palais des Médicis et palais de Pienza) ou encore de lis dorés (cortile du Palais Vieux de Florence). Quant à Alberti, s’il couvrit d’incrustations en marbres de couleur la façade de Sainte-Marie Nouvelle, c’est qu’il s’agissait d’achever la décoration de cette église dans les données adoptées par ses prédécesseurs. La polychromie, réduite parfois, comme dans les monuments de Pise, à la simple alternance d’assises de marbre blanc et d’assises de marbre vert ou noir, était en effet de tradition dans toute la Toscane.

Vers la fin du siècle, pour la polychromie aussi bien que pour une foule d’autres éléments, nous verrons une réaction se produire à Florence contre la logique inflexible, le rigorisme d’un Brunellesco.

Partout ailleurs, en Ombrie aussi bien qu’en Lombardie, on prenait plaisir à faire alterner avec le marbre la brique, plus ou moins teintée de rouge, et les terres cuites.

Mais la patrie par excellence de la polychromie était Venise. On sait aujourd’hui que la « Ca d’Oro » était rehaussée de couleurs posées au pinceau. Quant au palais des Doges, les pierres étaient dorées par endroits (voy. p. 162, 164). La « Porta délia Carta » tout entière resplendissait d’or. O11 aimait surtout les incrustations en marbres de couleur, à la façon des Byzantins, les marbres formant des combinaisons purement géométriques, et non des figures élégantes dans le genre de celles de la cathédrale de Florence; ces rectangles et ces disques associés les uns aux autres, ou ce cercle entouré de quatre ou huit cercles plus petits, n’offrent véritablement aucun intérêt plastique, n’éveillent en nous aucun écho, ne flattent aucun sentiment; Burckhardt les a caractérisés d’un mot en les appelant de l’ébénisterie. Les Vénitiens faisaient également usage, pour la décoration extérieure de leurs constructions, de terres cuites vernissées h

Le triomphe de la Première Renaissance c’est I’oknementation, domaine sans bornes, oii sa grâce, sa fantaisie, sa tendresse, débordent sans s’épuiser,

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