L’ARCHITECTURE FUNERAIRE
Laurent, avec des sphinx, des dragons, un faucon, une tête de lion et les armoiries des Médicis, chef-d’œuvre d’Antonio Rossellino (faussement attribué par Vasari à Verrocchio).
Si les meubles, ornements ou ustensiles en marbre et en bronze suivent docilement le courant de la Renaissance, le mobilier en bois témoigne de plus d’hésitation : c’est que nombre de sculpteurs en bois avaient pour patrie, soit la France, soit l’Allemagne, et professaient en conséquence un vif attachement pour la tradition du jjji
moyen âge. C’est ainsi qu’au dôme de Pienza (1458-1464) les stalles sont encore gothiques : dans les compartiments rectangulaires s’inscrit une ogive contenant au sommet un cercle, et se subdivisant plus bas en deux ogives plus petites, que sépare une colonnette torse. Par contre, les pilastres qui encadrent ces compartiments, ainsi que la frise à rinceaux et à denticules qui les surmonte, procèdent du style nouveau. Même observation pour les stalles d’Assise.
Le quinzième siècle n’a pas à son actif des fondations de monastères aussi grandioses que Saint-François d’Assise, la Chartreuse du Val d’Ema, Monte Oliveto Maggiore, Camaldoli, la Vernia, Vallombrosa, etc., pour ne point parler de Monte Oliveto, de la Cava, de Subiaco, de Monreale. La Chartreuse de Pavie elle-même remonte, pour le plan général, au quatorzième siècle. Cependant quelques ordres privilégiés durent à leur propre ardeur ou à la munificence de Mécènes d’entrer en possession de vastes locaux, bâtis sur un plan régulier et formant un ensemble parfaitement raisonné et complet. De ce nombre furent les Dominicains de Saint-Marc de Florence. Leur protecteur, Cosme de Médicis, fit construire à leur intention, par Michelozzo, une longue rangée de cellules avec des cloîtres aussi élégants que spacieux, des réfectoires, une salle capitulaire, une bibliothèque, etc. A la Badia de Fiesole, destinée à héberger des chanoines réguliers de ses amis, Cosme confia une mission du même genre à Brunellesco.
Comparées à l’œuvre de Cosme, les autres constructions conventuelles ont quelque chose de fragmentaire : l’on bâtit ou l’on décore deci delà un cloître (Santa Croce à Florence, Monte Oliveto Maggiore), une chapelle (couvent des Carmes à Florence), le tout sans plan préconçu et sans grande dépense.
Coupe des stalles de
la basilique d'Assise.
L’architecture funéraire a été, jusque dans notre siècle, si intimement liée dans la Péninsule à l’architecture religieuse, qu’elle a sa place tout naturelle-
ment marquée à la suite de celle-ci1. Le Campo Santo, une des créations auxquelles l’Italie moderne a su donner l’aspect le plus monumental, n’existait pas, ou peu s’en faut, à l’époque de la Renaissance, et celui de Pise était à tous égards une création rare, pour ne pas dire unique. Partout ailleurs, les tombeaux prenaient place dans les églises, sur les parois des bas côtés, ou dans le sol, souvent aussi dans les galeries des cloîtres2 3.
Au moyen âge l’architecture funéraire avait eu autant d’originalité que de variété et d’éclat" : elle révélait la vigueur d’assimilation d’une époque habile à assouplir la matière et à y imprimer nettement ses aspirations. L’Italie avait créé le mausolée isolé de toutes parts, avec la statue du défunt placée sous un édicule, ou cette statue au contraire couronnant l’édicule, dans une attitude triomphante (tombeaux des Scaliger à Vérone, de Barnabô Visconti à Milan, etc.). Un autre type fort répandu, c’était le sarcophage incrusté dans le mur, à une certaine hauteur, et soutenu par des consoles (tombeau de Niccolô Acciajuoli à la Chartreuse du Val d’Ema, tombeaux des Carrare au Santo de Padoue). Nous trouvons en outre le mausolée accolé contre une paroi.
Au quinzième siècle, la tyrannie des architectes, qui redoutent avant tout de voir troubler par les accessoires les lignes générales de leurs constructions4, relègue d’ordinaire le mausolée contre une des parois de l’église, à laquelle il devra s’adosser. Cet excès de discipline a pour résultat de supprimer presque entièrement le mausolée isolé, si brillamment représenté au siècle précédent.
Etudions tour à tour les différents types de l’architecture funéraire pendant le quattrocento.
Comme le modèle le plus riche et le plus noble de l’architecture funéraire, et en même temps de la polychromie florentine, il faut citer la chapelle du cardinal Jacques, de la famille royale de Portugal, à San Miniato, (commencée en 1461), sur l’une des hauteurs qui dominent Florence. C’est un carré sur
1 . Bibl. : Grandjean de Montigny, Recueil des plus beaux tombeaux exécutés en Italie dans les XVe et XVIe siècles. Paris, 181 3, in-fol. (gravures sans caractère). — Clochar, Monuments et tombeaux conservés et dessinés en Italie. Paris, i8l5 (même observation). — Gozzini et Lasinio, Monumenti sepolcrali délia Toscana. Florence, 1819 (plus satisfaisant). — Tosi et Barbier de Montault, les Chefs-d’œuvre de la Sculpture religieuse à Rome à V époque de la Renaissance. 2“ édit., Rome, 1870. — Les photographies de MM. Alinari et Brogi, qui ont rendu tant de services à l’histoire de l’art italien.
2. A Milan, les cimetières suburbains furent établis en 1788 par ordonnance de P empereur Joseph II. (Ghiron, il Cimitero monumentale di Milano. Milan, s. d.) — A Gênes, le premier cimetière proprement dit date de 1 833 seulement. (Alizeri, Guida illustrativa... per la città di Genova, p. 625. Gênes, 187.5.)
3. Vov. le Donatello édité par la librairie Rouant, p. 3.5 et suiv. Au quinzième siècle les statues ou bas-reliefs équestres ne figurent plus que dans quelques tombeaux du midi ou du nord de l’Italie : tombeau du roi Ladislas (-J 1414). dans l’église S. Giovanni a Carbonaro, à Naples; tombeau de Sarego (j 1432), dans l’église S. Anastasia à Vérone; tombeau du Colleone, à Bergame (gravé p. 193), tombeaux de Venise.
4. Burckhardt ( Geschichte der Renaissance, p. 1.53- 1.54) analyse une série de mesures prises par les papes pour protéger leurs basiliques contre l’envahissement des tombeaux ou des autels.