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L'ARCHITECTURE FUNÉRAIRE

monté d’une coupole; trois côtés contiennent chacun une sorte de niche, le quatrième est occupé par la porte. La polychromie se fait jour à partir du sol, qui est recouvert d’un pavement en pierres de couleur formant des ornements géométriques (étoiles, etc.), et imitant les riches tapis d’Orient, d’où leur nom de « opus alexandrinum ». A gauche, dans l’un des enfoncements, un trône épiscopal en marbre, avec des incrustations de porphyre et de serpentine. Audessus, une fresque représentant V Annonciation, touchée d’or et de couleurs très riches. A droite, le tombeau, dû au ciseau d’Antonio Rossellino, monument d’une importance capitale et sur lequel nous reviendrons dans la biographie de ce maître. En face de l’entrée l’autel. De grandes rosaces en relief forment le parti pris général de la décoration. Les quatre lunettes au-dessous de la coupole renferment chacune deux saints (peints). Quant à la coupole, elle porte quatre anges en terre cuite émaillée (figures blanches sur fond bleu) et au centre la colombe du Saint-Esprit entre sept candélabres. Plus bas, huit saints à mi-corps tenant des banderoles. On a donc mis à contribution la sculpture en marbre, la sculpture en terre cuite émaillée et polychrome, la peinture à fresque, la mosaïque et enfin les incrustations en marbres de couleur. Aussi la chapelle du cardinal de Portugal peut-elle passer pour un modèle achevé de la richesse jointe à l’élégance.

Prenons maintenant un mausolée isolé : le modèle par excellence est le chefd’œuvre qui s’appelle le tombeau de Léonard Bruni (Leonardo Aretino) dans l’église Santa Croce à Florence, édifié et sculpté par Bernard Rossellino (gravé page 25). Décrivons en détail, afin d’éviter les redites, ce type reproduit à l’infini. Le soubassement se compose d’une frise ornée de génies supportant des festons, avec une tète de lion au centre, et d’une corniche ornée de rangées de palmettes et de perles. Sur ce socle proprement dit reposent, d’une part, les deux pilastres cannelés qui encadrent le monument, de l’autre les griffes et tètes de lion qui servent de support au sarcophage, d’une décoration sobre et véritablement classique. Au centre, sur un cartouche tenu par deux anges voltigeant1, une inscription en beaux caractères romains, puis des moulures, des rangées de perles, d’oves, etc. C’est au-dessus du sarcophage seulement que fait son apparition la statue funéraire : Bruni est représenté étendu, la tète placée sur un coussin, les mains croisées, dormant sur une bière, que recouvre un riche drap funéraire et que soutiennent deux aigles d’une tournure superbe. Derrière la statue se développe une paroi formée de trois compartiments aux lignes aussi simples que nobles. En rejoignant le sommet des pilastres, nous trouvons un entablement d’une grande richesse (oves, palmettes, dènticules, etc.), puis une lunette contenant, au centre, la \ ierge et

I. Ces anges drapés, avec le bas du corps à peine indiqué, qui soutiennent en volant un médaillon, procèdent de modèles du quatorzième siècle (on les trouve également sur le tombeau de l’évêque Federighi par Luca délia Robbia). On peut les rapprocher, soit de ceux du tabernacle d’Orcagna, à Or San Michèle, soit de ceux de la façade de la cathédrale d Orvieto.

l’Enfant Jésus, sur les côtés deux anges en adoration, avec une bordure de rais de cœur, d’oves, de guirlandes, de festons; enfin, couronnant le tout, deux génies nus tenant une couronne au centre de laquelle se dresse un lion cou ronné. Dessin, proportions, décor, tout est hors de pair.

Moins pur, moins classique, mais peut-être plus pittoresque et plus personnel, est le mausolée placé du côté opposé, celui de Charles Marsuppini, par Desiderio de Settignano. Ici le soubassement a pour ornement un vase de fleurs que des festons entourés de banderoles rattachent aux sphinx sculptés aux extrémités. De ce soubassement partent deux pilastres cannelés, peut-être

un peu trapus, aux pieds desquels se tiennent deux génies nus, une main appuyée sur une targe, motif charmant dans sa naïveté et qui a fait la fortune du monument. Le sarcophage, d’une exécution incomparable, à griffes de lion et à rinceaux (ainsi beaucoup plus mouvementé que celui de Bruni), pose sur une base décorée de vases de fleurs.

Quant à la statue, se montrant presque de face, et non pas de trois quarts, et pressant sur sa poitrine un respectable in-folio, elle est moins heureuse d’arrangement et heurte quelque peu les lignes de l’encadrement. Il en est de même des guirlandes si longues et si massives, en forme de boudins, qui partent d’un candélabre placé au sommet du fronton circulaire par lequel est couronné le mausolée, et qui retombent jusque vers le milieu des pilastres. On sent bien, à telles enseignes, que chez Desiderio le statuaire n’était pas doublé d’un architecte, comme il l’était chez Rossellino, et que le plaisir de faire briller son talent de modeleur l’emportait chez lui sur la recherche des belles lignes et du rythme.

Les tombeaux calqués plus ou moins fidèlement sur celui de Bruni dépassent peut-être la centaine. A Florence, à Lucques, à Borgo San Sepolcro, d’un bout à l’autre de la Toscane, à Rome, à Bologne, à Venise, à Padoue, partout ce chef-d’œuvre a provoqué des imitations.

Les auteurs du Cicerone font honneur à Donatello et à son école d’un type de mausolée aussi simple que noble et dont le premier exemple est le tombeau d’Onofrio Strozzi (J- 1417), par Piero di Niccolô, dans l’église de la Trinité à Florence. Ce mausolée se compose d’une niche semi-circulaire, encadrée par une guirlande et contenant le sarcophage, aux côtés duquel se tiennent deux

Tombeau de Roland de Médias.

(Eglise de l’Annonciation à Florence.)

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