L'ARCHITECTURE ITINERAIRE
« putti » avec l’écu du défunt. Plus bas, des plaques de marbre de couleur forment une sorte de soubassement. Comme monuments analogues, le Cicérone mentionne, à Florence, ceux de Giannozzo Pandolfino (ÿ 1456), à la Badia, par un imitateur de Desiderio; de Roland de Médicis, à l’Annunziata; de Neri Capponi (1457), à S. Spirito, par Simone di Niccolô de’ Bardi; au dôme de Prato, de Filippo Inghirami (1480). A Rome, ce motit a été plus ou moins modifié dans le tombeau du jeune Albertini.
Le Sepolcro in aria', c’est-à-dire le sarcophage incrusté dans le mur audessus du sol, type favori du moyen âge, ne compte plus qu’un petit nombre de partisans. Giacomo délia Quercia, novateur si hardi sur certains points, conservateur à outrance sur d’autres, le remit en honneur, dans le tombeau d’A. Galeazzo Bentivoglio, à San Giacomo Maggiore de Bologne. A Venise, cette disposition se rencontre dans les tombeaux des doges Antonio Venier et Michèle Morosini, à SS. Giovanni e Paolo. Une niche ogivale avec des figures sculptées y surmonte le sarcophage; elle y supporte à son tour des statues qui donnent à l’ensemble un grand air de richesse, sinon un grand air d’élégance.
Une variante très ingénieuse du Sepolcro in aria nous est fournie par le tombeau de l’évêque Salutati, dû au ciseau de Mino de Fiesole (gravé page 42O). Un autre tombeau du même genre, celui de la « Diva Isotta », au temple des Malatesta à Rimini, a pour supports des éléphants en place de consoles (gravés page 427).
Les sculpteurs du moyen âge, Arnolfo à Orvieto, les Cosmati à Rome, avaient mis en œuvre une idée aussi touchante que pittoresque : devant la statue du défunt ils aimaient à étendre deux rideaux glissant sur une tringle, et ces rideaux, deux anges debout aux extrémités les écartaient comme pour montrer une dernière fois à ses amis celui qui n’était plus, ou les fermaient comme pour dire que le dernier acte du drame était joué. Le quinzième siècle, préoccupé avant tout de la correction des lignes et de l’harmonie de l’ensemble, ne garda de cette disposition, avantageuse entre toutes, que stricte-
1. Expression de Sansovino, citée par Burckhardt ; Gcschichtc dci Rcimissuncc 111 Ituluii , p. Ak).
E. Müntz. — I Italie. Les Pnmitils. •>
Tombeau de M. A. Albertini.
(Église Sainte-Marie du Peuple à Rome.)
ment ce qu’il fallait pour les besoins de la décoration : les rideaux devinrent un ciel de lit, noué au sommet, et s’écartant sur les côtés pour encadrer le monument entier : c’est dire que l’idée primitive perdit sa poésie et sa saveur.
Donatello et Michelozzo firent usage les premiers, si je ne me trompe, de cet arrangement dans le mausolée de l’ex-pape Jean XXIII, au Baptistère de
Florence, en le combinant avec des niches et avec des consoles supportant le sarcophage, comme dans le Sepolcro in aria.
Ils provoquèrent d’innombrables imitations, dont les principales sont indiquées ci-dessous, en note1.
Dans le mausolée du cardinal Brancacci, à Naples, les deux collaborateurs reprirent le thème primordial d’Arnolfo et des Cosmates, mais en le dénaturant par un changement maladroit : les rideaux que soulèvent les deux anges y sont tellement courts, qu’ils n’arrivent même pas au niveau du visage du défunt. Et cependant quelle tournure, rien que le choix de ce motif, tout mutilé qu’il est, ne donne- t-il pas à l’ensemble du monument !
A cette époque d’imitation, les initiateurs sont plus rares que jamais dans l’architecture et la sculpture. On est effrayé et humilié en découvrant le nombre prodigieux d’artistes qui ont vécu rien que sur les idées de Donatello. Cet homme de génie, qui avait imaginé de donner pour cadre à ses tombeaux des tentures disposées en forme de ciel de lit, dota l’architecture funéraire de plusieurs autres inventions, appelées à une fortune non moins brillante. Le premier
i. Florence. S. Miniato, tombeau du cardinal de Portugal, par A. Rossellino. A S. Maria Novella, dans le tombeau de la Beata Villana, B. Rossellino a trouvé le moyen de concilier le ciel de lit avec les anges qui tiennent les coins de la tenture.
Pistoia. S. Domenico, monument de F. Lazzeri par B. Rossellino.
Rome. Eglise de la Minerve, tombeau du cardinal D. Gapranica; les rideaux y sont figurés sur la paroi du fond, derrière la statue.
Forli. S. Girolamo, tombeau de Barbe Manfredi. Le rideau est réduit à une simple draperie recouvrant la paroi derrière la statue.
Rimini. S. Francesco, chapelle de S. Sigismond. Ciel de lit avec des anges qui en soulèvent les côtés.
Venise. SS. Giovanni e Paolo, tombeaux du doge Malipieri et du doge Tommaso Mocenigo (gravé ci-dessus, p. 167), ce dernier par Pietro de Florence et Giovanni de Fiesole; — Frari,
Tombeau de l’évèque Salutati, par Mino.
(Cathédrale de Fiesole.)