L'ARCHITECTURE FUNÉRAIRE
il pratiqua des niches dans le soubassement de ses mausolées et garnit ces niches de statuettes, rompant ainsi le développement des lignes de l’architecture. Peut-être s’inspira-t-il, dans cet arrangement, de l’exemple de nos sculpteurs français, qui aimaient à incruster des figurines à la hase ou dans les flancs deleurs monuments funéraires, — il suffit de rappeler le tombeau de Philippe le Hardi par Claux Sluter, au musée de Dijon. En tout cas, si le mérite absolu de l’invention ne revient pas à Donatello, le sculpteur florentin a, le premier en Italie, prêté à cette innovation l’appui de son autorité.
Le mausolée, avec des niches, soit dans le soubassement, soit sur les côtés, et des statuettes (principalement des figures allégoriques, telles que les Vertus théologales, les Vertus cardinales, les Arts, les Sciences, etc.) trouva surtout faveur à Rome, à Padoue, à Venise.
Ne nous séparons pas de Donatello sans signaler une autre de ses inventions : je veux dire les génies assis qui supportent le cartouche avec l’inscription funéraire, à la place des génies voltigeants, qu’on trouve dans la majorité des autres tombeaux. Ces figures , d’une grâce et d’une beauté inimitables, font leur apparition sur les tombeaux de Jean de Médicis le Vieux (gravé page 429) et du pape Jean XXIII. Elles passèrent de là dans le tombeau de G. Tebaldi (f 1466) à la Minerve, dans ceux de Barbe Manfredi à Forli, et de Gattamelata au Santo de Padoue.
Il arrive fréquemment que la face des sarcophages a pour ornement des génies ou des anges tenant, comme chez les anciens, un cartouche sur lequel sont inscrits le nom et les titres du défunt. Chez Donatello, on l’a vu, ces génies, représentés tout nus, sont assis sur le sol; chez d’autres sculpteurs, par exemple chez Bernard Rossellino et chez Ghiberti, dans la châsse de saint Zanobi, ils voltigent; parfois, comme dans le mausolée du marquis Hugues, par Mino de Fiesole (gravé page io5), ils courent l’un vers l’autre avec une précipitation que rien ne justifie.
Éléphants employés comme supports.
(Église Saint-François à Rimini.)
tombeau du doge Foscari, avec deux personnages armés tenant les bords du ciel de lit, réminiscence des anges du moyen âge. Un motif analogue se remarque au tombeau de Sarego, à Vérone.
Vérone. S. Fermo, tombeau de Brenzoni, par le Rosso.
Bergame. Tombeau de la fille du Colleone : les rideaux y sont littéralement atrophiés.
Desiderio de Settignano rompit avec cette donnée et, au lieu de figurer ses génies en bas-relief sur la face du sarcophage, il en fit des statues et les plaça debout aux côtés du monument, disposition dont Mino de Fiesole s’est inspiré dans le mausolée ci-dessus mentionné, où il a cherché à combiner les génies en bas-relief avec les génies en ronde-bosse.
Il nous resterait à étudier les dalles tombales; mais, comme elles ne relèvent à aucun titre de l’architecture, nous nous occuperons des plus marquantes d’entre elles dans la notice consacrée aux sculpteurs qui les ont modelées ou ciselées, nous bornant ici à mentionner les dalles de Giovanni Crivelli et de l’évêque Pecci, par Donatello (église de l’Aracœli à Rome, cathédrale de Sienne).
Les stèles et les cippes, plus simples, deviendront surtout fréquents à partir de la fin du quinzième siècle.
Parmi les éléments qui interviennent dans les mausolées, il faut également mentionner les cariatides, quelque limité que soit encore leur rôle. Quoique leurs prédécesseurs du quatorzième siècle eussent essayé d’en tirer parti (entre autres dans le mausolée véritablement grotesque des Pazzi, sculpté par Agostino et Agnolo de Sienne pour l’église Santa Croce de Florence), les architectes et sculpteurs du quinzième siècle, ou ignorèrent ou méconnurent ce facteur si important de la sculpture décorative. Seuls Donatello et Michelozzo en firent un usage rationnel dans le mausolée du cardinal Brancacci, à Naples : ils y placèrent le sarcophage sur les épaules de trois femmes se tenant debout. Le sculpteur Andrea de Florence imita leur exemple dans le tombeau de F. Sanseverino (église S. Giovanni a Carbonara à Naples). On peut citer comme un spécimen achevé de mauvais goût les cariatides assises du tombeau du Golleone à Bergame (gravé page iç3), et les cariatides pliées en deux du tombeau du doge J. Marcello (f 1484) aux Frari de Venise.
Rien de plus rare pendant les deux premiers tiers du siècle que la construc tion d’ hôtels de ville, de palais de la Seigneurie, ou autres lieux de réunion destinés aux membres du gouvernement. Puis tout à coup, après 1470, un véritable feu d’artifice; les sanctuaires de la vie municipale naissent comme sous le coup de baguette d’une fée : 1476, le palais « délia Ragione.» ou « del Consiglio » à Vérone; 1488, la partie du palais ducal de Venise qui donne sur la cour; 148b, le palais du Podestat de Bologne; i486, le palais communal de Jesi; i5o8, le palais de Brescia, etc.
On s’étonne également à bon droit de ne pas trouver un plus grand nombre de lieux de réunion ouverts, dans le genre de la « Loggia dei Lanzi » ou de la « Loggia di San Paolo » à Florence, ou du « Foro dei Mercanti » à Bologne. Ne semble-t-il pas que ces portiques, rappelant les habitudes des