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LES HOTELS DE VILLE

Romains d’autrefois, eussent dû regagner leur faveur auprès des pseudo- Romains du quinzième siècle! Malgré tant de chances de réhabilitation, nous ne pouvons citer comme offrant quelque intérêt que le « Casino dei Nobili » ou « Loggia degli Ufhziali (1417) », encore gothique, et la « Loggia del Papa (1460) », tous deux a Sienne. Ces sortes d’édifices abondent par contre dans les peintures, autant vaudrait dire sur le papier; nous en trouvons à un ou à deux étages, ouverts de toutes parts, dans les fresques de Benozzo Gozzoli et de Pinturicchio (Mort de saint Bernardin , église de l’Aracoeli à Rome, etc.).

Tombeau de Jean de Médicis, par Donatello.

( Sacristie de l'église Saint - Laurent a Florence.

La Renaissance, comme si elle avait pressenti quelles épreuves cruelles arrêteraient bientôt son essor, aimait à jouir vite : chaque génération avait la prétention de mener à fin ce qu’elle avait commencé, au lieu de se consacrer, comme le moyen âge, à de vastes travaux anonymes exigeant, pour leur réalisation, un siècle ou deux. D’autre part, il ne faut pas nous dissimuler que nous avons affaire à une époque délicate plutôt que robuste, n’ayant pas la force musculaire nécessaire pour réaliser quelque entreprise cydopéenne : de là vient qu’elle procède quelque peu par à-coups, dans des moments d’excitation fébrile, et qu’en dehors d’églises ou de palais d’une exécution facile, elle nous a laissé tant d’amorces et tant de tronçons. Prenons ces grandes constructions d’utilité publique dans lesquelles les anciens Romains s’étaient immortalisés : les viaducs, les aqueducs, les ponts; le quinzième siècle s’est borné à réparer, à raccommoder, sans se sentir la force de créer. C’est ce que firent à Rome, pour les aqueducs, les papes Nicolas Y, Paul II et Sixte IV; tout au

plus ce dernier entreprit-il la reconstruction du « Pons Quinti », travail qui n’avait rien d’insolite et qui fut terminé au bout de deux ans (1473-1475). Eh bien, cet effort parut tellement gigantesque aux contemporains, que le poète Aurelio Brandolini le place, dans de fort méchants vers, au-dessus des travaux de Xerxès sur l’Hellespont et au-dessus du pont de Baies. D’après Vasari, le pape Nicolas V aurait médité d’établir sur le pont Saint-Ange une galerie couverte; mais il en fut de ce projet comme de tant d’autres nourris par ce bâtisseur insigne : il avait peut-être à peine reçu un commencement d’exécution

lorsque Nicolas V mourut.

En parlant des grands travaux d’çdilité, il faut bien se garder d’oublier les portes monumentales donnant accès dans une cité ou servant à marquer l’entrée de quelque grande voie de communication. De ce nombre sont, à Pérouse, la porte Saint- Pierre, construite en 1473 par Agostino di Duccio et Polidoro di Stefano, d’une simplicité déjà toute classique, avec le corps principal en retraite, les deux ailes accentuées par des pilastres, une baie rappelant celle de Saint-François de Rimini et une corniche composée de denticules et d’oves; à Rome, la Porte du Peuple, reconstruite sous le pape Sixte IV; à Naples, la « Porta Capuana ».

La Fontaine de la Première Renaissance comprend trois variétés : la fontaine adossée au mur, dans le genre de la fontaine Gaja, sculptée à Sienne par Jacopo délia Quercia, et de la fontaine Trevi à Rome, restaurée sous les papes Nicolas V et Sixte IV ; la fontaine à margelle, dans laquelle on puise l’eau au moyen d’un seau attaché à une corde (exemples : la fontaine de Pienza, avec la date 1462; celles des cloîtres florentins ou romains, celles de Venise, où la margelle affecte d’ordinaire la forme d’un chapiteau1), enfin le jet d’eau. Dans cette dernière catégorie rentrent la fontaine du palais Pazzi, sculptée par Donatello, aujourd’hui au musée national de Florence, celle de la villa de Castello attribuée à Antonio Rossellino, puis les fontaines (détruites) de la place de Saint- Pierre à Rome, exécutées sous le pape Alexandre VI. Parfois l’eau s’échappait d’ouvertures pratiquées dans les statues qui couronnaient ce dernier genre de

Fontaine de la place de Pienza.

1. Une collection de ces fontaines vénitiennes est gravée dans l’ouvrage de M. Yriarte : Venise, p. 100-101.

Porte Saint-Pierre a Pérouse

fontaines; telle était la destination du célèbre Enfant au dauphin, sculpté par Verrocchio pour la ville de Careggi, aujourd’hui dans la cour du Palais Vieux de Florence, ou encore d’une statuette d’enfant dans l’attitude du Mannekenpis de Bruxelles, statuette appartenant à l’école de Donatello et récemment acquise par le Louvre (une réplique se trouve au musée de Douai).

On peut affirmer que, sans connaître des aménagements de jets d’eau aussi grandioses que ceux de Versailles, de Saint-Cloud, de Caserte, les amateurs italiens se plaisaient dès lors dans les raffinements les plus ingénieux.

Le Palais Vieux de Florence a plus ou moins ffispiré la plupart des palais de la Renaissance. Essayons de définir, et rien n’est plus facile, le principe suivi par son architecte, Arnolfo di Cambio : plus les pleins seront considérables, plus l’attention se portera sur les ouvertures, c’est-à-dire sur les fenêtres; aussi, sur un fond uni d’une telle étendue, n’importe quelle solution de continuité s’imposera- 1- elle à l’attention. Tel est notamment le secret de l’effet que produit le palais Strozzi. Bramante, au palais de la Chancellerie et au palais Giraud, a également donné une importance énorme aux pleins comparés aux ouvertures, et ce principe se retrouve au palais Farnèse, avec la hauteur énorme des murs au-dessus des fenêtres de chaque étage.

On ne saurait nier que dans cette société polie et raffinée, avec ses préoccupations de plaisir et d’élégance, le palais florentin de Brunellesco, de Michelozzo et de Benedetto da Majano, ne soit une contradiction et comme un anachronisme. Combien certains palais vénitiens contemporains, bien que construits en style gothique, la Ca d’Oro entre autres, ne paraissent-ils pas plus légers et plus véritablement modernes!

Quant aux mâchecoulis, qui continuent à figurer sur un certain nombre de constructions civiles (je ne parle naturellement pas des châteaux forts proprement dits, tels que ceux de Ferrare, de Rimini ou de Milan), on ne les conserve plus qu’à titre d’ornement. Dans cette catégorie rentrent les villas des Médicis aux environs de Florence et le palais de Saint-Marc à Rome.

Une école rivale, qui a pour chef Alberti, cherche au contraire à mettre le plus de lumière possible sur la façade des palais au moyen de jours nombreux et de pilastres rompant la monotonie de l’appareil. Elle se persuade que moins l’édifice a de fenêtres, plus il sera sévère et imposant; plus il en aura, plus il sera aimable et riant.

Dans les deux camps d’ailleurs, même horreur pour les effets violents et pour le relief. Alberti aussi bien que Brunellesco n’admet que les façades calmes, reposées, tour à tour élégantes ou fières, jamais mouvementées. Les uns et les autres en arrivent à ne plus modeler qu’avec les blocs plus ou moins épais de Yopus rusticum (Benedetto da Majano, au palais Strozzi, a poussé cet art jusqu’à la virtuosité), ou avec des pilastres à peine apparents.

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