Italie Les Primitifs
DÉCOUVERTE DE LA VRAIE CROIX. FRESQUE DE PlERO DELLA FRANCESCA. (ÉgLISE SaINT-FrANÇOIS A AREZZO.)
sculpteur et architecte Niccolô Lamberti, qui lui revient de Florence transformé en champion de la Renaissance. A Benedetto da Majano elle commande l’élégant portique du couvent de Sainte-Marie des Grâces.
Même spectacle à Borgo San Sepolcro, patrie de Piero délia Francesca, et à Cortone, patrie de Signorelli. Cette dernière ville eut en outre l’honneur de servir d’asile pendant quelques années à Fra Angelico, et la bonne inspiration de confier à Francesco di Giorgio Martini la construction de la belle église, si pure dans sa froideur, de la « Madonna del Calcinajo ».
Castiglione Fiorentino fait tour à tour appel à Lazzaro Vasari, à Bartolomeo délia Gatta et à Signorelli.
Montepulciano doit à Michelozzo l’important mausolée du secrétaire apostolique Bartolomeo Aragazzi; Pienza, à Bernard Rossellino sa cathédrale et son palais; le couvent de Montoliveto Maggiore, dans l’âpre solitude de Chiusuri, à Signorelli une partie des fresques de son cloître.
Qui connaît les bourgs ou les monastères perdus du Casentin : Poppi, Bib— biena, Stia, la Vernia, les Camaldules? Qui peut se flatter d’avoir entrevu, ne fût-ce qu’en courant, les trésors dont ils regorgent ? Partout, en effet, des chefsd’œuvre qui feraient l’honneur d’un grand musée : terres cuites des délia Robbia; fresques ou retables de quelque primitif, tel que Domenico Ghirlandajo; mausolées sculptés par un des habiles « marmorarii » florentins. Dans cette région féconde-et ce siècle béni, la sève jaillissait abondamment jusqu’aux moindres extrémités.
Lucques l’industrieuse, la ville pittoresque et active, se détachant en plaine sur un fond de montagnes d’une beauté incomparable, la patrie antique des changeurs et des ouvriers en soie, se repose sur le Siennois Giacomo délia Quercia et sur un enfant du pays, Civitale, pour faire triompher la cause de l’art moderne.
Le nom de Paolo Guinigi, seigneur de Lucques, et le plus riche peut-être des Italiens au début du quinzième siècle (il avait placé rien qu’à Venise la somme énorme de 202 100 ducats, soit une dizaine de millions de francs, au pouvoir actuel de l’argent), se rattache au mausolée d’Ilaria del Caretto, sa seconde épouse (il fut marié quatre fois), aux travaux de la cathédrale, à la construction du palais, ainsi qu’à de nombreuses autres œuvres d’art1. Dans son trésor, diamants, rubis, émeraudes, perles se comptaient par centaines; sa bibliothèque renfermait 86 manuscrits, presque tous d’auteurs classiques; il possédait, outre une pierre gravée (une « corniole »), un « idolo di marmo » sur un piédestal de cuivre. Le linge, d’une richesse extraordinaire, venait de Reims, de Bourgogne et surtout de Paris (« guardanappe parigine sottilissime », etc.), les tapisseries d’Arras. Chassé en 1480, ce Crésus mourut misérablement dans une prison de Pavie, à peu d’années de là.
l. Bibl. : P. Bongi, di Paolo Guinigi e. dette sue riccheççe. Lucques, 1871. — (Enrico Ridolfi), Guida di Lucca. Lucques, Giusti, 1877. — Du même auteur : l'Arte in Lucca studiata nélla sua cattedrale. Lucques, Canovetti, 1882, in-8°.